mardi 30 juin 2026

Journapalm 2505

Après avoir été licencié de son précédent boulot dans une usine, Henri ne pensait pas trouver un job plus dégradant. Il avait économisé durement pendant des années et placé l’argent hérité de ses parents sur un compte qui rapportait. Puis il avait acheté une licence de taxi en se disant que maintenant, il serait le patron.
Aujourd’hui il conduit son taxi dans les artères de la ville et ses clients sont des robots domestiques auxquels leurs maîtres débordés ont confié leur chien avec mission de lui faire découvrir la ville.

lundi 29 juin 2026

Journapalm 2504

Entre les barres d’immeubles, des cours intérieures depuis lesquelles on entend les gosses crier et pleurer. L’été, le soleil cogne là-dessus comme un four à thermostat huit. Et cette chaleur dingue rebondit d’un mur à l’autre du lever du jour à la tombée de la nuit.
Nathan F vit là depuis qu’il est né, mais l’année prochaine il partira faire des études à l’étranger. En attendant, il suffoque dans le sac plastique que les dealers lui ont enroulé sur la tête. Il cherche son air et une raison d’espérer.

dimanche 28 juin 2026

Journapalm 2503

Max-Émilien S a vu le jour sur les rives du Lac Léman, dans une charmante bourgade suisse où la vie s’écoule sans heurt ni incident. Ses parents, horlogers réputés depuis cinq générations, sont des citoyens modèles qui roulent en voiture électrique, votent pour des partis consensuels et n’utilisent jamais la climatisation pour préserver la planète. Max-Émilien, lui, veut voir grand : coloniser Mars et y envoyer des homoncules créés en laboratoires et équipés de capteurs électroniques tous reliés à une montre fabriquée dans les ateliers familiaux. Certains affirment qu’il fera passer Elon Musk pour un vieux schnock périmé.

samedi 27 juin 2026

Journapalm 2502

Nicolas P fut élevé dans un chenil. Ses parents dirigeaient en effet une pension canine avec dévotion et ne prenaient jamais de repos. Le soir pour s’endormir, Nicolas comptait les spitz et les dogues, les caniches et les lévriers.
Lorsqu’il eut douze ans, l’assistance sociale s’inquiéta du fait que pour s’exprimer, Nicolas aboyait. Mais ses parents très pointus dans leur domaine firent remarquer à la préposée de l’assistance que si leur fils aboyait, il maitrisait à la perfection plus de deux cents idiomes et aboiements d’origine différentes. Plus tard, il deviendrait interprète cyno-humain, il ne fallait donc pas s’inquiéter.

vendredi 26 juin 2026

Journapalm 2501

On voyait courir David L d’un bout à l’autre de la ville. Quelle que soit la météo, il allait et venait dans son survêtement satiné bleu pétrole qui paraissait sortir d’un carton moisi de son grenier. Lorsqu’ils l’apercevaient, et parce qu’ils redoutaient d’être contaminés, les gens se jetaient dans les bas-côtés.
Et lorsque David L est mort, renversé par une El Dorado vert bouteille, la ville a accompli un bond de cinquante ans dans le futur. En un claquement de doigts.

jeudi 25 juin 2026

Journapalm 2500

Malgré son nez crochu et ses furoncles gros comme des œufs de caille un peu partout sur son visage et autour de la bouche, Marie-Thérèse V parvint à trouver un homme disposé à l’épouser. Il travaillait dans la fonction publique et possédait un plan d’épargne logement ainsi qu’une voiture électrique. Bien sûr, Marie-Thérèse ignorait que durant ses heures de loisir, il écrivait des encyclopédies sur les sorcières et qu’il lui arrivait d’en brûler le samedi soir.

mercredi 24 juin 2026

Journapalm 2499

Les parents de Gaston ne parvenaient plus à gérer leur fils. Un fonctionnaire du ministère leur suggéra de consulter un spécialiste : si leur fils leur causait tant de problèmes, il était sûrement très intelligent et il fallait le diagnostiquer au plus vite. Il leur énuméra des acronymes barbares pour étayer ses propos.
Devant le spécialiste des génies qui s’ignorent, Gaston urina sur le siège puis se roula par-terre en demandant pourquoi on ne le laissait jamais manger ses excréments. On lui fit aussitôt sauter deux classes avant de l’inscrire dans un chenil pour enfants à haut potentiel.

mardi 23 juin 2026

Journapalm 2498

De son géniteur, elle ne conserve que le patronyme. Tout le reste, elle a préféré le mettre au fond d’un sac plastique bleu de congélation et le jeter dans la vaste déchèterie à ciel ouvert de Martigues. 
Elsa McCartney pourrait être célèbre mais son géniteur n’a aucun lien avec le célèbre bassiste gaucher de Liverpool. Pire, Edward McCartney détestait la musique moderne. Il préférait le bruit des allumettes que l’on gratte et l’odeur de l’essence que l’on verse sur l’enfance de sa fille.

lundi 22 juin 2026

Journapalm 2497

Il prévoyait de marcher la journée et de se reposer lorsque le soleil serait couché, mais ces nuits d’été, maigres comme un chat efflanqué, furent difficiles. Il s’éloignait de la route à la lueur de la lune, trouvait un renfoncement d’herbes sèches dans lequel il attendait le sommeil.
Parti depuis une semaine de la ville sans eau ni vivres, il s’apprêtait à remporter son pari fou. Mais c’était sans compter sur le passage d’un ours qui n’avait pas lu le journal et qui ignorait donc tout de l’exploit qu’accomplissait l’homme qui, ce matin-là, constitua son petit-dejeuner.

dimanche 21 juin 2026

Journapalm 2496

Gauvain S ne supportait pas son prénom qu’il trouvait plus daté qu’une aubergine oubliée dans un grenier surchauffé. Il s’en plaignit plusieurs fois à ses parents mais ceux-ci, militants végan depuis dix ans, lui répondirent à chaque fois que les aubergines aidaient à éliminer les radicaux libres et qu'il ne fallait pas les déconsidérer.
Lorsqu’il eut dix-sept ans, Gauvain rejoignit une association politique du nom de Radicaux Libres et avec leur aide, il découpa ses parents à la scie sauteuse le jour de la fête de l’aubergine.