Elle joue sa vie à pile ou face, saute d’un champ de courses à une table de poker. Son chien, elle l’a baptisé Full House.
Les gens qu’elle croise autour d’un match de boxe sur lequel elle parie gros croient que Full House est un joueur de blues. Elle dit qu’elle partira quand elle le voudra, que ce sera sa décision mais que cela tombera un vendredi 13 après avoir égorgé un chat noir.
Son père était arbitre de football, sa mère procureur d’une république bananière, la vie est parfois faite de mystères.
Pour éviter la petite mort du dimanche soir, Patrick R décida de démissionner de son emploi. Les choses, pourtant, ne tardèrent pas à empirer, son épouse lui reprochant de mener leur foyer à sa perte. Patrick décida de prostituer son épouse pour compenser la perte financière.
Après deux mois de honte et de désespoir, l’épouse recruta un gitan sans emploi et le paya pour exécuter son mari. Mais l’apprenti tueur souffrait de la dépression du dimanche soir et il lui fallait sept jours pour se remettre. Si bien qu’il n’était jamais en forme pour accomplir sa mission.
Chaque matin il se réveillait, étonné d’être encore en vie. Après avoir combattu dans deux guerres, il avait désormais 104 ans, un drôle d’âge qui ressemblait à une petite automobile Peugeot.
Ces dernières années, sa santé déclinait mais il gardait toute sa tête. Aussi, lorsque le médecin – un gamin de 58 ans – lui annonça que selon toute vraisemblance, il était immortel, il ne gouta guère la plaisanterie. De colère et d’ennui, son coeur cessa de battre… et le vieil homme regardait avec incrédulité le tracé plat sur l’écran de surveillance.
L’ivresse des voyages lui vint alors qu’il n’avait que cinq ans. Assis sur un vieux poney condamné à tourner en rond autour d’un mât lors d’une fête foraine de village, l’animal avait décidé de quitter son emplacement et de s’aventurer sur la route. L’enfant apeuré cramponné à la crinière rêche de l’animal regardait avec appréhension les voitures freiner et contourner le poney débonnaire. Sans réaliser que le virus de l’aventure était justement en train de s’inoculer en lui, le même qui, trois décennies plus tard, le conduirait dans les zones les plus reculées du monde.
Malgré son assiduité aux barrières de Las Ventas, mais aussi aux abords des arènes madrilènes, Henri J n’y a jamais croisé le fantôme d’Hemingway.
De retour à Barcelone, il n’a pas davantage aperçu, dans le renfoncement d’une porte cochère ou à l’ombre d’une façade gaudiesque le fantôme de Bolaño.
Sa déception ne l’empêchera toutefois pas d’aller au terme de son projet de biographies de fantômes d’écrivains. Et pas seulement parce que l’apocryphe est sa nouvelle religion.
Pilote émérite, le caporal Jason V, basé à l’unité aérienne de Salon de Provence, descendait d’une longue lignée de militaires. Leur arbre généalogique remontait jusqu’au Moyen-Âge et ses ascendants partageaient tous un étrange et funeste dessein : celui de mourir embroché par la lance, l’épée, la dague ou la baïonnette ennemie.
En choisissant l’armée de l’air plutôt que l’infanterie, Jason se pensait à l’abri d’une telle mort. Mais son avion fut abattu lors d’un raid défensif contre l’envahisseur et son parachute se mit en torche à la verticale des Dentelles de Montmirail.
Émile Z aurait pu devenir marathonien international, perchiste olympique ou lanceur de marteau détenteur de records. Ses parents, athlètes biélorusses aux palmarès sportifs longs comme un défilé militaire sur la Place Rouge, lui avaient transmis les gènes adéquats.
Mais Émile Z vibrait pour les études et devint architecte. Lorsque le décathlonien Yuri Popov perdit le titre de champion olympique aux JO de Munich et rentra au pays, il demanda à Émile Z de lui dessiner les plans de sa nouvelle datcha. Ivre de déshonneur, le père de ce dernier se suicida après avoir égorgé son épouse.
Dès le berceau élevé au milieu des champs d’oliviers et de lavande, Thomas F grandit en gambadant sous un ciel infini et en dormant à la belle étoile sur les sentiers du Ventoux.
Sensible à la langue de Giono son illustre voisin, Thomas F aurait pu devenir poète, artiste ou saltimbanque mais il choisit la politique.
Exilé à Paris pour y faire carrière, on ne le revit plus jamais en Provence et au soir de sa vie, même lui se demandait s’il n’avait pas rêvé son enfance.
Le moteur de l’avion toussa comme un tuberculeux avant de s’enflammer. Quand l’appareil tomba dans un furieux tumulte, Gavin H eut à peine le temps d’abandonner les commandes et de faire sauter la porte de secours. Le vent s’engouffra dans la carlingue en hurlant comme un démon. Gavin attrapa un parachute et sauta dans le vide.
Le réveil sonna à cet instant. Gavin se redressa dans son lit, pantelant, puis se tourna vers son épouse mais s’abstint de lui narrer son cauchemar. Depuis cinq ans qu’elle était morte dans un accident d’avion, elle était devenue hyper sensible.
Née d’un père lanceur de couteaux et d’une mère cracheuse de feu, la petite Romane se découvrit l’étonnant pouvoir de cracher des boules de feu à plus de quinze mètres de distance.
Après avoir fait les beaux jours d’un cirque itinérant, elle fut enlevée par des barbouzes russes qui prélevèrent son ADN et qui, après de multiples manipulations, créèrent des chiens cracheurs de feu qu’ils clonèrent par milliers pour en faire des soldats quadrupèdes.
Parvenant à s’évader, Romane retourna en France et découvrit que son pouvoir s’était envolé. Elle ouvrit un chenil dans le lieu-dit « la brûlée ».