Depuis un accident à l’école primaire, Eustache n’aimait pas la confiture de fraises. Il s’était pourtant marié avec Marie-Eve, descendante des plus gros producteurs de fraises du pays. Une union arrangée par les parents d’Eustache, nobles désargentés à la recherche d’un lustre passé.
Les époux qui ne s’aimaient pas décidèrent de plaquer les fraises et leurs familles pour les cocotiers de l’Océan Indien. Marie-Eve devint tenancière de bordel et Eustache trafiquant de drogue.
Leurs affaires fructifièrent tant qu’ils firent des jaloux. On les retrouva morts un matin, empoisonnés à la confiture de fraises trafiquée.
Il pensait qu’il s’agissait d’une boutique un peu obscure dont l’extrémité était simplement interminable. Il n’avait que huit ans, il n’avait encore pas beaucoup visité de boutiques et manquait d’éléments de comparaison.
Celle-ci sentait fort, la faute à tous les fromages qui murissaient dans la cave d’affinage qu’il visitait maintenant. Puis il emprunta un étroit passage et aboutit dans une salle sombre et humide en pierres.
Désormais, il en était sûr, il avait découvert la cave où vivait Batman. Car cela lui paraissait évident : l’homme chauve-souris aimait forcément le fromage.
Caramel tomba du ciel le jour de Pâques.
Le petit Marc, sept ans, assista à la scène tandis qu’il se tenait assis sur les toilettes installées au fond du jardin et dont il laissait toujours la porte ouverte quand il se rendait à la selle, par simple claustrophobie.
Ce dimanche de Pâques, attendant que la gravité et ses intestins fassent le travail, Marc vit le chat tomber du toit où il avait l’habitude de fureter. De ce jour-là, Marc traine la phobie des hauteurs et une constipation chronique.
Accoudé sur le bar, Henry J contemplait les reflets des spots rouges se refléter son verre de whisky. Il n’entendait plus la musique électronique, ou bien cette dysenterie sonore l’endormait, à moins que ce ne fut le Cuty Sark.
Une femme entra, en cuir et bottes de cow-boy à franges. Trente-cinq ans, une cigarette roulée entre les lèvres. Quelqu’un pourrait m’emmener dans le désert du Sonora ?
Henry se souvenait avoir lu un bouquin de Roberto Bolaño qui s’y déroulait. Alors il se retourna et proposa à la femme de l’emmener, le temps de finir son whisky.
Elle pourrait se contenter de stylos BIC à vingt centimes au bazar du quartier. Mais ça n’est pas assez bien pour elle. Du Waterman et de la plume incrustée d’or vingt-quatre carats et pas moins que ça !
Pour écrire des histoires d’intrigantes et d’amours ancillaires à faire passer les téléfilms latino-américains à destination des septuagénaires nostalgiques pour des documentaires réalisés par des calvinistes frigides.
Avoir lu Marcel Aymé, Ionesco et Labiche aurait pu le préparer à bien des déconvenues. Pourtant, lorsqu’il découvrit que son épouse se changeait la nuit en rhinocéros passe-muraille sans bagage, Etienne D se sentit défaillir.
On le ranima en lui faisant respirer des sels mais parce qu’il avait lu Jack London et Hemingway, il s’imagina boxeur à fond de cale dans un transatlantique.
De peur, il se défenestra, oubliant qu’il était un personnage de Paul Auster. Après une chute de vingt-cinq étages, il se noya dans l’Hudson.
Il rêvait souvent qu’il se nommait Hercule Christchurch, moitié grec, moitié maori, qu’il pouvait soulever un poids de soixante-quinze kilos de son seul et surpuissant index.
Pour l’état-civil, il répondait au nom de Clément Chétif, natif de Brioude, il pesait quarante-six kilos depuis trente ans et travaillait comme aide comptable dans un atelier de passementerie.
On le retrouva sans vie, un matin dans son lit, son index enfoncé dans sa narine et l’extrémité du doigt ayant transpercé sa boite crânienne.
Casimir naquit le 29 février d’une année marquée par la recrudescence de la peste bubonique à l’échelle mondiale. Ayant échappé à la mort par des dessous de table versés par ses parents cadres dans la finance au patron d’une clinique privée, il s’échappa à bord d’une montgolfière vers une base militaire de l’Antarctique où il apprit à dépecer les ours polaires et à jouer au bridge. On détecta sur le tard que la toile de la montgolfière était de la peau d’intestin de mouton pestiféré et Casimir mourut, ignoré de tous, par -28 degrés un mercredi matin.
Les traces dans la neige ne sont plus fraiches, déjà elles s’estompent en même temps que tes rêves dont tu ne distingues plus le début et la fin.
Un serpent vert s’est logé dans ton cerveau, profitant de ton sommeil, il a utilisé tes cavités nasales comme porte d’entrée et maintenant il danse entre tes synapses.
Demain le froid te réveillera et tu ouvriras les yeux frigorifié sur une étendue de glace silencieuse et obsessionnelle, en te demandant pourquoi au juste tu as fui la société humaine.
Ça craque, ça vibre, ça se cristallise et ça finit par se fissurer. La structure bouge, enfle : peste bubonique aux purulentes carotides d’acier. Il n’a encore jamais assisté à la mort d’un navire, battu à mort par les coups élastiques et durs à la fois d’un terrible kraken, mais il sait déjà que cela va être douloureux et difficile à supporter.