Jonas n’aimait pas qu’on lui parle de baleines, de mythes et de légendes. Quand l’un des clients du bar s’y risquait, Jonas faisait craquer ses phalanges et fondait sur l’impertinent en maugréant « C’est assez ! C’est assez ! »
Aussi, personne ne s’attendait à le voir prendre la poudre d’escampette avec une biologiste animale spécialiste des cétacés. Et ce qu’ils ignoraient, c’est que chaque soir, elle lisait à Jonas un livre épais de contes et légendes pour l’aider à s’endormir.
Chaque matin, un peu avant 11h00, on le voit passer, tout dépenaillé, le visage rubicond, les cheveux emmêlés par l’effort. Lancé dans la grande ligne droite, il pédale comme un forcené, arcbouté sur sa bicyclette. Puis, dans la descente, on le voit filer comme le vent, jamais il ne ralentit à l’approche du virage.
Il a de la chance, il a toujours fait beau. Pas de feuilles mortes, pas de pluie. Alors nous, on boit l’anisette en terrasse et on demande à Gérard de faire la danse de la pluie. Histoire qu’on se marre un peu
Elle aurait dû s’appeler Ghislaine, mais son père, un ministre grâce auquel la peine de mort fut abolie, disparut dans un accident de la circulation à la sortie de Châteauroux, trois mois après sa naissance.
S’étant habituée au confort et aux dorures du palais, sa veuve se hâta de trouver un remplaçant. Celui-ci accepta de reconnaître la fille de son prédécesseur, à condition qu’il pût changer son prénom. La veuve ne refusa pas, et parce que l’homme détestait le ministre dont le patronyme resterait à jamais associé à l’abolition de la peine de mort, il choisit de la rebaptiser Guillotine.
Pierre Z était un exemple d’intégration.
Fuyant la Pologne bombardée avec ses parents, il échappa aux soldats aboyeurs et débarqua à Chambéry où ses parents réclamèrent l’asile politique qui leur fut consenti. On fit corriger son prénom d’origine Pietr en Pierre, mais on ne put obtenir gain de cause pour franciser un patronyme qui valait cent points au scrabble. Pierre devint d’ailleurs un champion de ce jeu, écumant les concours régionaux jusqu’à atteindre la finale télévisée à Paris. Il avait alors dix-neuf ans, découvrit la capitale, les filles faciles, l’alcool et devint souteneur.
Un exemple d’intégration.
Comme tout bon psychopathe qui se respecte, Aurélien L occupa une partie de son enfance à démembrer des animaux puis à les disséquer encore vivants.
Lorsqu’il eut dix-sept ans, il agressa sexuellement deux jeunes touristes britanniques mais son père étant préfet de Gironde, l’affaire fut étouffée.
C’est ensuite que les choses se mirent à empirer, lorsqu’à vingt ans, Aurélien devint le plus jeune élu et embrassa une carrière politique qui devait l’emmener au sommet de l’Etat…
Dès le réveil, les choses tournèrent de travers. Horace S ne reconnut pas la sonnerie. Dans la salle de bains, la douche ne se trouvait pas à gauche de la porte, mais à droite. Son dressing avait migré à l’autre bout de l’appartement. Il trouva sa cafetière branchée sur une prise qu’il n’avait encore jamais vue.
Lorsqu’il sortit de chez lui, il découvrit une cabine téléphonique installée sur le trottoir. Il eut à peine le temps de réaliser qu’une double voie passait maintenant devant chez lui qu’il fut renversé par une automobile qui le tua sur le coup.
L’habitude lui est venue comme un mauvais coup de froid. Il ne pouvait plus prononcer trois phrases sans qu’une de ces expressions ne fleurisse sur ses lèvres. « Sucrer les fraises, payer en monnaie de singe, être sur la sellette, un nom à coucher dehors,... »
Excédée, sa femme qui rêvait d’exotisme demanda le divorce. Mais elle mourut dans un accident de voiture avant même la dissolution de leur mariage. Lorsqu’il apprit qu’elle n’avait pas un sou d’avance, le mari fataliste déclara au notaire « eh ben c’est pas le Pérou ! » avant de lui demander un calva.
Chaque fois qu’Armelle V. aperçoit un eucalyptus, elle est prise d’une irrépressible envie de massacrer le premier animal qui lui tombe sous la main. Les plus éminents psychiatres se sont penchés sur son cas. Tous, après l’avoir reçue, sont devenus chasseurs et passent maintenant leurs vacances dans des safaris sanglants où ils massacrent à tour de bras fauves et herbivores.
Armelle V, elle, a trouvé refuge dans un plat pays dépourvu d’eucalyptus et où les animaux les plus étranges pullulent, à Bruxelles, au sein de la Commission Européenne.
Après être successivement parvenu à éradiquer la faim dans le monde, grâce à des céréales miraculeuses ne nécessitant que très peu d’eau pour un rendement extraordinaire, puis mis au point un vaccin venant à bout de la plupart des cancers, Henri P. adoré des foules a été élu premier président de l’Europe Unifié. Pour des centaines de millions de citoyens, l’espoir fut immense.
Las ! Henri P. révéla lors d’une interview télévisée qu’il détestait le football. Six jours plus tard, il fut lâchement écrasé par un supporter d'un club professionnel de football... sous les vivats des témoins.
Frappé d’une étrange maladie depuis l’enfance qui le pousse à dessiner sur les surfaces vierges, Lucien subit très souvent la répression policière qui l’interpelle en pleine séance de graffiti urbain.
Récemment admis en centre psychiatrique, il s’est vu retirer stylos, feutres et crayons. Alors il se mutile avec une fourchette volée au réfectoire et il trace des hiéroglyphes absurdes sur les murs des couloirs, de ses doigts trempés de sang.