Bruno K pensait, depuis son plus jeune âge, qu’il était un fourmilier. On le voyait fureter à quatre pattes dans le jardin, son nez posé sur la terre, sa langue aspirant les insectes passant à sa portée.
Le jour de ses dix ans, invité chez son oncle Jean, il explora le vaste jardin, cherchant des fourmis. L’oncle Jean qui avait toujours pensé que Bruno était un sanglier lui envoya deux coups de fusil à bout portant.
Les cornes sont apparues après sept jours : au début de petits renflements discrets, puis des tresses rigides, similaires aux branches noueuses d’un arbre. C’est à ce moment-là que les parents ont commencé à s’inquiéter.
Les sabots et la queue fourchue ont poussé peu de temps après son premier anniversaire. Affolés, les parents ont multiplié les appels à l’aide mais sans résultat.
Deux ans plus tard, le jour du jugement dernier, leur fils démoniaque s’est enfui au volant d’une voiture électrique dans une secte écologiste. Rassurés, les parents ont pu souffler. Leur rejeton n’était donc pas l’antéchrist.
Elle lui recommanda, pour soigner ses hémorroïdes, de procéder à des bains de siège réguliers, si possible à l’eau de mer puisée dans une crique à proximité de Cadaqués où il habitait. Parce qu’il avait confiance en elle, il l’écouta.
Hélas, en prélevant l’eau de mer dans la crique indiquée, il préleva aussi, sans le réaliser, un ver carnivore qui s’immisça dans son anatomie et qui le dévora de l’intérieur en six heures. Sans laisser aucune trace. Du travail propre.
Son frère roulait en Citroën CX et pensait que cela était un marqueur fort de réussite sociale. Il occupait un poste à responsabilités dans une grande entreprise du CAC40. Il se disait socialiste pour épater les petites secrétaires dont il changeait comme de chaussettes. Il est mort le 31 décembre dans la vallée de Chevreuse, percuté par un chômeur de longue durée en Citroën Visa qui, lui, s’en est sorti vivant.
Certains changent, murissent et se bonifient avec l’âge. Face à la démission progressive de toutes les fonctions qu’un corps jeune savait assurer, ils font preuve de philosophie et de sagesse. Mais pas lui. Il vieillit sans jamais montrer le moindre signe d’amélioration. Il s’entête dans la voie de l’inconséquence, de la bêtise et de la vulgarité. Ce qui explique sûrement son succès à chaque nouvelle élection.
Le temps a effacé les traces de son passage comme la neige aurait recouvert ses empreintes de pas sur la terre humide. Certains affirment qu’il n’était pas d’origine humaine, d’autres prétendent qu’il était une création de l’industrie du numérique. Personne ne sait vraiment où se cache la vérité mais ce qui est certain, c’est que dans le bureau ovale, il ne reste plus que sa casquette rouge comme témoignage de son existence.
Le vieux Simon prétend avoir achevé la navette spatiale qu’il dit assembler dans son garage depuis trente ans. Il annonce à ses amis que cette fois, tout est terminé et qu’elle est prête à prendre son envol.
- Et tu vas faire quoi, une fois là haut ? demande Marcel.
- Moi ? Je vais profiter, pardi !
- Profiter de quoi ? C’est le vide spatial là-haut !
- T’as rien compris Marcel. Moi je reste ici, c’est Catherine que je vais foutre dans la navette !
Synthétiseur de bauxite, voilà ce que Jason répondait, enfant, lorsqu’on lui demandait ce qu’il ferait plus tard. Alors les adultes adoptaient des mines perplexes, contrites, amusées parfois, interloquées souvent, mais jamais personne ne lui témoigna le moindre soutien. Dépité, Jason devint un enfant solitaire et renfermé qui, à vingt ans, émigra en Australie où il devint chercheur d’or et boxeur de kangourous.
Ils l’ont accompagnée jusqu’au virage qui précédait l’arrêt de bus. À cette époque de l’année, les journées sont courtes et la nuit tombe vite. Ils lui ont répété les messages de prudence et ils lui ont demandé de tenir sa droite et de porter son gilet jaune à bandes réfléchissantes.
Mais les rhinocéros ne respectent plus rien de nos jours, ils déboulent sans crier gare sur les routes départementales. Elle n’avait aucune chance…
Monsieur Tulle, qui vivait à Limoges, eut l’étrange idée de baptiser son fils Taran. Il pensait que fort d’une pareille identité, l’enfant développerait des capacités hors normes de souplesse et d’agilité. Las ! Taran Tulle développa une passion pour les vermicelles jusqu’à se mettre à manger la terre du potager dans laquelle se contorsionnaient d’épais lombrics gluants. Il fut dévoré par une taupe carnivore un jour de Pâques où tout le monde cherchait des œufs en chocolat dans le jardin.