Parce qu’il rêvait de tuer un rhinocéros à l’occasion d’un safari et qu’elle ne jurait que par l’exotisme d’une promenade en bateau sur un fleuve étranger, ils pensaient leurs bonheurs individuels irréconciliables. Pourtant lors de leur voyage en Egypte, elle parvint à droguer son époux puis à l’aide d’un complice indigène, à lui faire revêtir un costume de rhinocéros. Ensuite elle put jouir du spectacle de son mari sur le rivage, essayant d’échapper à un trio de lionnes pendant qu’elle profitait du soleil depuis le pont supérieur d’un bateau de croisière.
Son chien était un Jack Russel qu’il appela Kurt pour le clin d’oeil cinématographique mais chaque fois qu’il indiquait le nom de son chien, la personne en face ne comprenait pas l’allusion. Parfois, il donnait un indice : comme l’acteur ! Alors on lui jetait des regards inquiets et un peu affolés avant de lui demander : comme Kurt Douglas ? Alors il secouait la tête, ramassait la balle en mousse et la renvoyait à son Jack Russel.
Sous une carapace de mousse et de branchages brisés en guise d’armure, les restes de gamins tombés au nom d’une idée. Les hommes les ont depuis longtemps oubliés. Seuls les chiens déterrent quelques ossements au hasard d’un jeu lors d’une promenade dominicale d’automne à laquelle on s’adonne pour tromper l’ennui. Les chiens rongent les os anciens en grognant de satisfaction et leurs maîtres pensent qu’il s’agit là des restes d’une bête morte dans la forêt. On ne meurt pas toujours au nom d’une idée.
Il aboyait à des heures indues, se roulait dans la poussière des carrières avant de se jeter dans le canal creusé devant leur maison. Depuis son retour du front, le père de mon ami Mathieu adoptait un comportement étrange sur lequel son épouse et ses deux fils jetaient des regards d’abattement honteux. On fit venir de nombreux médecins mais tous échouèrent à le soulager. Ce fut le vétérinaire qui vint le piquer après une nouvelle crise de rage. Peu de temps après, Mathieu, son frère et leur mère déménagèrent près d’un chenil.
D’après le rapport de gendarmerie, elle a été éblouie un peu après avoir dépassé l’aire de repos. C’est à ce moment qu’elle aurait perdu le contrôle de sa voiture avant de s’encaster dans le rail de sécurité qui sépare l’autoroute en deux. Sous les roues de la voiture en miettes, dans le chaos de tôles froissées, on a retrouvé un ours mort équipé d’une frontale passée autour de son crâne, la lumière de celle-ci encore allumée. À douze kilomètres de là, les membres du cirque Zoltan cherche toujours Arnold, l’ours star de leur spectacle et adepte de footings matinaux.
Son truc c’est le tuba, et si vous lui demandez, il vous dira que c’est comme ça. Il a commencé par le tuba qui lui permettait de respirer la tête sous l’eau lorsque enfant, il plongeait près de Mandelieu où il vivait alors avec ses parents. De fil en aiguille, il s’est passionné pour l’apnée. Sa capacité pulmonaire atteint aujourd’hui des valeurs record aussi, pour se détendre, entre deux compétitions a t-il décidé d’apprendre à jouer du tuba. Cette année, il jouera même dans un orchestre de rue à l’occasion du corso fleuri de Nice.
La mort ne retire pas son chapeau, elle dit qu’elle a d’autres priorités mais pas d’autres chats à fouetter car elle est allergique aux poils. La mort a un emploi du temps à respecter, elle ne s’amuse pas à improviser. Sinon elle aurait été actrice d’improvisation plutôt que la mort. C’est un travail sérieux, consigné dans l’Atlas du Monde comme il se doit : on ne peut pas changer les plans sans les multiples coups de tampon de plusieurs commissions. La vie est devenue si compliquée que même la mort ploie sous les lourdeurs administratives.
En ouvrant l’armoire dans le bureau du deuxième étage, elle a senti l’odeur de la naphtaline qui s’échappait de la boite en plastique. En ouvrant celle-ci, elle a trouvé à l’intérieur des cartons humides des photos gondolées, clichés d’un temps en couleurs dans la chaleur de la Grèce. Elle se souvient de l’odeur des oliviers et de la blancheur des maisons recouvertes de chaux. Et elle trouve bien dommage qu’après tout ce temps, ce dont elle se souviendra de cette maison en fermant les yeux, ce sera l’odeur des boules de naphtaline.
Ce matin en entrant dans le métro, j’ai aperçu un homme bedonnant assis sur un siège minuscule. Il regardait autour de lui, tendu, son corps massif comme prêt à couler par trente mètres de fond. Il avait le teint pâle et de longs cheveux filasse, pareil à un décor de campagne dont il aurait hérité à la suite de l’accident d’un vague membre de sa famille.
Quand le métro a ralenti, l’homme s’est levé avec difficulté puis il a poussé un grincement aigu et il est tombé raide mort là, dans les coulisses du monde.
Au marché de la ville on trouve des lapins aux yeux rouges et des tortues savantes. Certaines de celles-ci sont capables de résoudre une équation du second degré tout en mangeant une feuille de laitue. En théorie. Car jusqu’à ce jour, toutes les tortues ont été dévorées vivantes par les lapins aux yeux rouges avant qu’elles n’aient le temps de montrer leur talent.