Drame des fêtes de Pâques en Alsace. Un œuf de cigogne en chocolat élaboré par un artisan réputé de Colmar fait une chute de deux mètres entre l’atelier et la boutique du chocolatier. L’œuf se fissure et un bébé cigogne s’extirpe de la coquille percée avec grande difficulté. Aveugle à cause du diabète causé par le chocolat recouvrant son œuf, le bébé cigogne doit être euthanasié.
Ils ont quitté leur ville d’adoption sur les berges du lac Ontario et sauté dans un train en partance pour le grand ouest, des paquets de rêves en pelotes serrées au fond de leurs poches. Les nuages industriels ont laissé place aux cimes enneigés et aux sombres vallées de conifères. Là, dans le lénifiant vrombissement et les odeurs des machines, ils ont réalisé qu’ils ne souhaitaient plus retourner à leur vie d’avant.
Pour réussir son suicide, il mit toutes les chances de son côté. Après avoir bu une bouteille de St Joseph, il avala une large rasade de sirop antitussif puis monta dans un Cessna piloté par un complice qui gagna le ciel, à la verticale d’un océan infesté de requins. C’est alors qu’il sauta. Quelques jours plus tard une mission scientifique financée par un musée océanographique filma le comportement inhabituel de requins que l’on découvrit en proie à une forme animale de délirium tremens.
Elle imaginait, sans trop savoir pourquoi, que la fin du monde aurait un goût de noisette. Sans plus d’explication, elle ajoutait que c’était la raison pour laquelle elle préférait emporter son parapluie. « Au cas où » précisait-t-elle avec un regard malicieux comme l’ont les jeunes enfants et les vieilles dames. On l’a perdue un jeudi de novembre, dans un bosquet de noisetiers, sous un ciel limpide et froid. Elle avait oublié son parapluie en bas de l’escalier.
Les doigts sur la ferraille, la pulpe blanche pressée d’en finir dans un instrument aux inclinaisons meurtrières, tu attends le dernier moment, lorsque les trépidations se la jouent allegro dans ta main blanche, vidée de sang et de sens, quand elle n’est plus qu’une feuille zombifiée que le vent d’automne fait trembler. Et là, tu retires la main de la machine pour la lever au-dessus de toi, à la manière d’un trophée remporté de haute lutte, rempli d’un étonnement aux allures d’épiphanie. Et quand le vrombissement de la machine remplit l’espace, tu trembles à peine.
Elle pensait pouvoir apprendre le saxophone en trente jours. Parce que franchement, disait-elle, trente jours c’est quand même pas rien, mais c’est pas non plus la mer à boire. Alors elle partit chercher un saxo d’occasion, pleine d’enthousiasme et de fraîcheur.
Les trente premières minutes furent une catastrophe mais elle s’acharna sur son instrument une heure de plus avant de produire un son plutôt qu’un bruit. Quand elle apprit que Charlie Parker jouait plus de douze heures par jour, elle remisa le saxophone et alluma la télévision.
Du château de Prague au château Frontenac de Québec se sont écoulés vingt ans. Deux décennies passées dans un mixeur grand comme le monde, pour en ressortir en poussières de souvenirs. Encore jeune homme à Prague, il arpentait la vieille ville des heures durant, à pieds, dans un sens puis dans l’autre, sans jamais s’interrompre, désireux de tout voir de la ville de Kafka. À Québec il ne descendait de sa voiture automatique climatisée que pour aller admirer les canons aux pieds du château et le Saint-Laurent, indolent, tout en bas, comme un vieux serpent endormi.
Elle répétait souvent que le monde commençait et finissait en haut de la falaise d’Étretat, aussi sûr que deux et deux font quatre. Je lui répondais qu’on ne peut pas appliquer à une opinion personnelle basée sur une impression la rigueur de l’arithmétique. Alors elle me regardait un moment, silencieuse, comme si elle observait une bestiole disséquée en cours de sciences puis elle se mettait à rire. Ensuite, elle se mettait sur son ordinateur et commandait deux billets de train pour Étretat.
Après six heures de route, nous étions assis à l’intérieur de ce bar, quelque part sur l’Intersate 80, dans un coin anonyme de l’Iowa. Mon cul réduit à l’état de chiffon sec me rappelant l’inconfort des banquettes en skaï marron.
Elle, fumant cigarette sur cigarette, ne tenait pas en place, lorgnant vers le parking toutes les dix secondes, guettant l’arrivée de la voiture qui nous suivait. Il fallait pourtant bien s’arrêter, boire un café, manger quelque chose. Nos assiettes d’œufs au bacon arrivaient enfin mais quand la serveuse perdit l’équilibre et les renversa, je compris que nous étions coincés.
On le disait être né pour tailler les arbres. Après être passé dans ses doigts, les thuyas aux éclats anarchiques semblaient ennoblis, devenus des figures géométriques parfaites. Il maniait le taille-haie électrique avec la dextérité d’un artiste génial peignant une belle toile. On faisait appel à lui dans tout le pays pour lui confier ses thuyas et jamais il ne décevait ses clients. Personne n’explique pourquoi après avoir terminé une nouvelle œuvre dans le vaste jardin d’un couple de généticiens, il a taillé en pointe le crâne de ses clients avant d’enfoncer leurs corps dans la ramure d’un cyprès.