Sur la piste aux étoiles aujourd’hui pour le plus grand bonheur des petits et des grands, le caméléon ventriloque, le lion cycliste, l’ours jongleur se succèderont devant vous dans des tours tous plus incroyables les uns que les autres. La boutique à confiserie restera ouverte durant l’intégralité du spectacle pour régaler vos papilles et durant l’entracte le président de la république en personne viendra au centre de la piste vous interpréter un morceau de claquettes. Et maintenant applaudissez !
C’est une voie ferrée borgne et édentée qui court sur deux cent soixante kilomètres : une paille dans l’œil du cartographe pressé. Elle enjambe une rivière qui serpente entre les monts séparant deux départements et les voies de circulation plus modernes l’ont oubliée. N’y circule plus qu’un vieux train pour seconder le travail des bœufs qui charrient le bois d’un hameau à l’autre. Comme à l’abri du reste du monde, les indigènes se gardent bien d’ébruiter l’affaire, craignant la furie des tour-opérateurs et les téléphones brandis au bout de perches.
Fatigué de jouer l’homme serpillère en semaine, il occupait ses dimanches à marcher sur le sentiers rocailleux d’un Sud andalou plus sec qu’une vieille éponge tombée derrière un meuble. Marchant des heures à la rage du soleil, la peau autour de son cœur se tannait en même temps qu’elle s’opacifiait. Là pour quelques heures, sur les pistes poussiéreuses, il pensait tenir en main son destin avant de rentrer chez lui et de préparer sa maigre sacoche pour le lendemain, les doigts tremblants.
Lorsque les eucalyptus auront tous brûlé il faudra bien que les koalas se décident à se prendre par la main et à se trouver un vrai boulot. En Australie je ne sais pas mais chez nous il n’y a pas d’eucalyptus mais il parait qu’il suffit de traverser la rue pour en trouver, du boulot.
L’avocat fume sa cigarette dans la salle des pas perdus, plongé dans ses réflexions sur l’affaire en cours : sauver sa cliente de la prison ne va pas être une tâche facile. Qu’elle ait dérobé un régime de bananes, certes, qu’elle les ait placées au congélateur, passe encore… Mais pourquoi diable a-t-il fallu qu’elle y fourre encore vivants les singes capucins fournis avec les bananes ?
Au sortir de l’église, le boucher de Saint Philippin vit fondre sur lui une grue au cou distendu en provenance d’un improbable pays indemne de toute dépression automnale. Malgré l’évidente imminence du choc, l’oiseau planait en toute quiétude, fendant l’air d’un auguste vol dénué de tout mouvement parasite. L’observant converger vers son crâne, l’homme pieux fut soudain frappé par une sorte d’épiphanie volatile lui intimant l’ordre d’abandonner la boucherie pour se consacrer à l’élevage d’animaux ovipares de la classe des vertébrés tétrapodes. Mais le bec de la grue se planta dans son front, tuant là l'homme et ses projets.
Rétif à toute idée d’organisation du temps au prétexte qu’il était un fox terrier, Brutus monta les marches du palais de justice de Lyon en ignorant que la date du jour était le 15 mars. Depuis qu’un accident pétrochimique avait empoisonné trois cent mille habitants de l’agglomération, la ville se retrouvait livrée aux bêtes. Brutus lui-même, poussé par la faim découvrait depuis peu la prédation intraguilde et à ce titre il se rua sur son propre père assis sur les marches et le dévora en conservant toutefois un port altier, comme le dictait son ascendance anglaise.
On lui demanda de se présenter à l’arrêt de bus, place de la République à 9h15. Elle ignorait de quelle ligne de bus il s’agissait et toute la nuit elle retourna la question dans son lit, matérialisant l’endroit, se relevant pour imprimer le plan de circulation et l’étudier, sélectionnant les six lignes de bus putatives et cherchant laquelle correspondrait le mieux à celle qu’utiliseraient des ravisseurs. Il s’agissait d’un exercice difficile pour quelqu’un qui n’avait jamais rien ravi à personne. Alors elle laissa la chance décider pour elle et jeta un dé avant de se rendormir.
C’est un bord de rivière qui pourrait en être un autre, un bout d’affluent de quelque chose dans une campagne où le soleil obéit aux injonctions des poètes. Certains viennent potron-minet pour en capturer un morceau et le mettre dans une boite pour plus tard, comme ces restes de repas que l’on met dans une boite au restaurant pour emmener chez soi. Et les chevaux morts qui jonchent le chemin de halage, qui va les ramener chez eux ?
En séchant, la peinture a dessiné sur la table du jardin une croix maladroite ni vraiment rouge ni tout à fait jaune. Le vieil indien paralysé qui n’observe plus le monde qu’à un mètre vingt de hauteur considère le renflement coloré puis appuie sur ses roues pour s’en approcher avant de tourner autour en ahanant dans une langue obscure. Et lorsque les premières gouttes de pluie s’abattent dans le jardin, inondant la table, il se met à rire comme la première fois.