mercredi 12 avril 2017

Lecture : Michel Houellebecq - La carte et le territoire

Houellebecq agace, crispe, ou au contraire il attire, charme... Difficile de trouver des avis nuancés lorsqu'il s'agit de parler de la lecture d'un bouquin du monsieur. Faut dire qu'il n'y va pas par quatre chemins pour tracer son sillon : ce n'est pas le romantisme des classiques, pas le modernisme des avant gardistes, pas davantage le nouveau roman de l'école Minuit. Houellebecq fait du Houellebecq, à ce qu'on dit. Bon, alors découvrons tout ça. J'ai choisi "La carte et le territoire" pour une raison bassement matérielle et purement mercantile. Premier bouquin de l'auteur trouvé en occasion. Alors oui, c'est vrai, les bibliothèques c'est pas pour les chiens. Mais moi j'aime bien les chiens et j'aime bien garder les livres que je lis. Même si je fréquente la bibliothèque de mon village et vous savez quoi, y'avait pas un seul Houellebecq dedans. Pourtant ça se vend, ou plutôt ça s'emprunte le Houellebecq. Alors du Levy, du Musso, du Gavalda, ça oui, ça déborde de partout, pire que de la chiure de macaque sur les grilles d'un zoo de banlieue allemande.  
Dans un récent numéro du magazine LIRE, Patrick Rambaud disait de Houellebecq qu'il n'a pas de style. Ailleurs on peut trouver le qualificatif complètement con de "style blanc" comme la littérature que l'on classe sous le même adjectif. Comme la lessive dans un sketch de Coluche. Qu'est ce que c'est chiant de devoir toujours subir les remarques baveuses des psychorigides de l'étiquette ! 

Houellebecq n'est certes pas un styliste ni un légiste des mots. Il ne dissèque rien, sinon la vie contemporaine moderne, triste et grise, là où nous dissimulons notre intolérable solitude sous des tas de fumier spectaculaires et vains.  
Dans ce roman où tout démarre par une panne de chauffe-eau, on nous parle d'un artiste qui photographie les cartes Michelin, qui rencontre une belle russe du nom d'Olga, puis qui se met à peindre des personnalités célèbres parmi lesquelles Michel Houellebecq lui-même. La transmission, l'amour, l'art et sa représentation dans notre société, la fiabilité des chauffe-eau et le rapport à sa propre image : Houellebecq a mis tous les ingrédients dans ce bouquin qui peut paraitre lisse et gentil en comparaison du reste de sa production dont j'ai lu entre temps deux autres romans. J'ai trouvé ce bouquin riche et prometteur, j'aurais aimé que l'auteur se lâche davantage et ne cherche pas à se montrer trop consensuel là où parfois on peut penser qu'il a mis la pédale douce pour ne pas trop s'attirer les foudres de l'Académie. Qu'importe, avec cet exercice de style appliqué et personnel à défaut de génial, Houellebecq a raflé le Goncourt 2010. Une preuve de rien du tout mais un constat. Avec ce bouquin-là, il prouve en tous cas qu'il est un des auteurs français modernes les plus intéressant qu'on puisse lire.

ExtraitVous savez, ce sont les journalistes qui m'ont fait la réputation d'un ivrogne; ce qui est curieux, c'est qu'aucun d'entre eux n'ait jamais réalisé que si je buvais beaucoup en leur présence, c'était uniquement pour parvenir à les supporter. Comment est-ce que vous voudriez soutenir une conversation avec une fiotte comme Jean-Paul Marsouin sans être à peu près ivre mort? Comment est-ce que vous voudriez rencontrer quelqu'un qui travaille pour Marianne ou Le Parisien libéré sans être pris d'une envie de dégueuler immédiate? La presse est quand même d'une stupidité et d'un conformisme insupportables, vous ne trouvez pas ?

Michel Houellebecq - La carte et le territoire, Flammarion, 22.5 €

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