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samedi 19 décembre 2020

L'extrait du... 19 Décembre

un truc vraiment horrible,
c’est
de se retrouver au lit
nuit après nuit
avec une femme que l’on n’a plus
envie de baiser.

elles vieillissent, elles ne ressemblent plus
à rien -elles ont même tendance à
ronfler, à perdre
leur entrain.

alors, dans le lit, il arrive qu’en se retournant,
vos pieds touchent parfois les siens –
bon sang, c’est affreux !-
et la nuit est là dehors
derrière les rideaux
qui vous enferme ensemble 
dans la 
tombe.

et le matin vous allez dans la
salle de bains, passez dans le couloir, parlez,
tenez des propos bizarres sur des œufs frits et des moteurs
à démarrer.

mais assis face à face
il y a 2 étrangers
fourrant des toasts dans leurs bouches
brûlant leurs têtes et leurs tripes douloureuses avec du 
café.

dans 10 millions de foyers en Amérique
c’est la même chose :
deux vies desséchées s’appuyant l’une sur
l’autre
et nulle part où 
aller.

vous montez dans la voiture
vous vous rendez au boulot
et là-bas il y a encore plus d’étrangers, la plupart
maris et femmes de quelqu’un
d’autre, et à côté de la guillotine du travail, ils
flirtent et plaisantent et se pincent, et parfois même
réussissent à aller baiser en vitesse quelque part-
ils ne peuvent pas le faire chez eux-
puis ils
retournent chez eux
en attendant Noël ou la fête du travail ou
dimanche ou
quelque chose.

Charles Bukowski - Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines 

jeudi 14 novembre 2019

Lecture : Tempête pour les morts et les vivants

Le Bukowski nouveau est arrivé. Un peu en avance sur le troisième jeudi de Novembre qui est réservé au Beaujolais nouveau, toujours avec ses notes de fruits rouges mais jamais les mêmes. Pour le Bukowski c'est malgré tout un miracle (commercial, comme ne manqueront pas de le préciser les esprits chafouins) compte tenu du fait que mort, un écrivain écrit moins. L'américain amateur de bibine et de femmes est mort depuis un quart de siècle et nous livre un recueil de poèmes depuis l'au-delà. C'est bien sûr une vision approximative des choses. Jusqu'à preuve du contraire, dans l'au-delà on ne fait plus rien. En revanche les ayant droits et les éditeurs continuent d'exploiter le filon du commerce d'un auteur qui ne laisse pas indifférent. Génie maudit pour les uns, alcoolique dénué de talent pour les autres, Buk a toujours divisé les amateurs de littérature. Faussement insensible à sa légende, souvent copié, il a toujours renvoyé dos à dos fans et détracteurs lors de déclarations abruptes et teintées d'alcool. Promenant un regard jamais dupe sur le grand écart social que son succès lui a permis, restant un homme qui se considérait poète avant toute chose. Peu à l'aise avec sa propre image publique, estimant que la place d'un auteur se trouve derrière sa machine à écrire et non derrière une caméra, il a néanmoins assuré une partie de son succès en Europe grâce à son passage mouvementé sur le plateau d'Apostrophes en septembre 1978.

Personnage ambigu, Bukowski n'a toutefois jamais dévié d'une certaine idée de la littérature, considérant la poésie comme sa forme la plus pure. Je l'ai découvert peu après sa mort, au milieu des années 90 en lisant le double recueil "L'amour est un chien de l'enfer" publié aux Cahiers Rouges chez Grasset. Depuis j'ai lu tous les bouquins de l'auteur publiés en France. 
Le nom de Bukowski est ressorti dans le rayon Actualités des éditions du Diable Vauvert en 2017 à l'occasion de la publication de l'ouvrage "Sur l'écriture". Bouquin hautement recommandable pour tout amateur de l'auteur comme pour tout amateur d'écriture, ce recueil offrait des textes - inédits pour la plupart - de Bukowski concernant l'art de l'écriture. 
Deux ans plus tard, le Diable Vauvert remet le couvert avec un bouquin de poèmes qui marquera peut-être la fin des publications posthumes inédites de Buk. 
Reprenant certains textes déjà parus mais une majorité d'inédits récupérés dans des revues confidentielles, ce bouquin bien que parfois inégal reste à lire. On peut se poser des questions sur certains choix de traduction lorsqu'on a accès aux versions originales des textes. Le style de Buk semble en effet parfois transformé par la traduction en des lignes un peu trop littéraires, menaçant de leur faire perdre leur impact naturel. Traduire, est-ce nécessairement trahir ? C'est un exercice difficile, et mon propos n'est pas de jeter l'opprobre sur le travail souvent ingrat des traducteurs. Mais de fait, je n'ai pas retrouvé de poème puissant et définitif comme c'est le cas dans des publications anciennes de l'auteur. Ou bien me suis je trop habitué après avoir trop lu Buk. Je crois plutôt qu'on ne peut / doit pas lire de la poésie en un bloc monolithique comme on le fait avec la littérature. C'est encore plus vrai avec Bukowski. Pour conserver leur impact, ses textes doivent être lus en picorant un jour ou deux puis en lisant autre chose et en y revenant plus tard.
Mais qu'importe, le Bukowski nouveau est arrivé, c'est parfois un peu folklorique mais ça permet de passer un bon moment avec un auteur qu'on aime lire. Et c'est bien meilleur que le Beaujolais nouveau. Et puis avec Buk tout le monde trouve toujours un texte ou deux qui font mouche. Comme ça... 

Extrait : 
"Comme ça

une des plus belles blondes du grand écran 
des seins incroyables des hanches des jambes une taille
la totale, 
dans cet accident de voiture
sa tête s’est détachée de son
corps -
comme ça -
il y avait sa tête qui roulait sur le côté de
la route,
avec du rouge à lèvres, les sourcils épilés, la
poudre à bronzer,
un bandana dans les cheveux, elle a roulé sur le
côté
comme un ballon de plage
et le corps resté assis dans la voiture 
avec ces seins ces hanches ces jambes cette taille,
la totale,
et puis à la chambre mortuaire ils ont rassemblé les morceaux,
recousu la tête 
sur le corps,
seigneur, a dit le type avec le fil,
quel gâchis.
puis il est sorti, s’est payé un hamburger, des frites et deux tasses de café,
noir."



Charles Bukowski - Tempête pour les morts et les vivants 
(Diable Vauvert - trad. Romain Monnery)


mercredi 16 janvier 2019

L'extrait du... 15 janvier

"L'horreur, ce n'est pas la mort, mais la vie que mènent les gens avant de rendre leur dernier soupir. Ils n'ont aucune considération pour elle et ne cessent de lui pisser, de lui chier dessus. Des copulateurs sans conscience. Ils ne s'obsèdent que sur la baise, le cinoche, le fric, la famille, tout ce qui tourne autour du sexe. Sous leur crâne, on ne trouve que du coton. Ils gobent tout, Dieu comme la patrie, sans jamais se poser la moindre question. Mieux, ils ont vite oublié ce que penser voulait dire, préférant abandonner à d'autres le soin de le faire. Du coton, vous dis-je, plein le cerveau ! Ils respirent la laideur, parlent et se déplacent de manière tout aussi hideuse. Faites leur donc entendre de la bonne musique, eh bien ils se gratteront l'oreille. La majeure partie des morts l'étaient déjà de leur vivant. Le jour venu, ils n'ont pas senti la différence."

Charles Bukowski - Le capitaine est parti déjeuner

mercredi 22 novembre 2017

L'extrait du... 22 Novembre

Charles Bukowksi - Piégé ( in L'amour est un chien de l'enfer (Grasset)

un chien blessé
heurté par une voiture et qui se traîne
vers le trottoir
hurlant à la
mort
et devant tant de sang
qui coule de sa bouche et de son cul
vous frissonez.

je n'en crois pas mes yeux mais
je continue à rouler
comme si j'allais descendre le chercher
pour m'en occuper
m'occuper de ce chien agonisant sur Arcadia
sur un trottoir
alors que son sang s'infiltrerait
de partout, mouillant ma chemise,
mon pantalon, mon caleçon,
mes chaussettes, mes chaus-
sures. mais c'est juste
une velléité.
qui plus est, je songe au numéro 2
dans la première course
et j'essaie de deviner ce que ça donnerait
combiné avec le 9
dans la deuxième. c'est une journée
à me rapporter
140 $
du coup j'abandonne à sa solitude
ce chien agonisant
quasiment en face
du centre commercial
où les dames chic
s'amusent à marchander
tandis que le premier flocon
de neige tombe sur
la Sierra Madre.

mardi 26 septembre 2017

Hank 2.0


Une bonne nouvelle n'arrive jamais seule. Quelques jours seulement après la parution d'un recueil de lettres de Charles Bukowski, on annonce deux inédits prochainement traduits en VF : Sifting through the Madness for the word, the line, the way et Storm for the living and the dead.

La maison d'édition gardoise du Diable Vauvert se chargera à nouveau de ce joli cadeau faits aux amateurs du vieux dégueulasse. Et en plus, Virginie Despentes assurera la traduction du premier. 

Pas de dates annoncées pour l'heures mais on se réjouit de cette excellente nouvelle. Toutes les infos sur le site Actualitté.

mercredi 13 septembre 2017

Encore Hank !

La publication en VF d'un nouveau bouquin autour de Charles Bukowski reste toujours un événement. Et même si j'ai depuis longtemps lu et relu tous les écrits qui sont disponibles dans notre langue, je reste un fan inconditionnel de Hank.
Aussi je ne peux que me réjouir et partager ici même cette annonce de la publication imminente (ce jeudi 14 Septembre) aux éditions du Diable Vauvert d'un bouquin intitulé "Sur l'écriture".

Voici la présentation que la sympathique maison d'édition gardoise en fait sur son site: 
Une anthologie de textes inédits sur l’écriture, le quotidien d’une véritable légende américaine, icône de la contre-culture. Ces lettres aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains pour la première fois publiées, dessinent un portrait intime du grand poète tour à tour poignant, glacial, iconoclaste et souvent hilarant. On y découvre le rapport inquiet au travail, l’érudition littéraire, mais aussi le mordant, l’intransigeance de celui qui a donné voix aux opprimés et dépravés de la société, dans des phrases mémorables ponctuées de moments de grâce. 

Et parce que les extraits restent ce qu'il y a de mieux pour promouvoir un bouquin - surtout lorsqu'il s'agit de Bukowski, en voici un. 
Il s'agit d'une lettre envoyée à James Boyer May le 13 décembre 1959 : 

L’autre soir j’ai reçu la visite d’un éditeur et d’un auteur (Stanley McNail de The Galley Sail Review accompagné d’Alvaro Cardona-Hine) et le fait qu’ils m’aient trouvé négligé, la tête dans le cul, ne peut pas être entièrement de ma faute : le caractère de leur visite était aussi impromptu qu’un lâcher de bombe atomique. Ma question est la suivante : est-ce qu’un auteur à partir du moment où il est publié devient une propriété publique susceptible d’être fouillée sans préavis ou bien détient-il encore quelques droits à une vie privée en tant que citoyen qui paye ses impôts ? Serait-ce vulgaire de dire que le seul avantage à être artiste reste (encore) la possibilité de prendre ses distances vis-à-vis d’une société sur le déclin, ou s’agit-il simplement d’un concept tombé en désuétude ?
Il ne me semble pas que ce soit ignoble ou pédant d’exiger quelque liberté par rapport à l’esprit de clan malsain et la fraternité collante qui sévit dans beaucoup beaucoup de nos soi-disant publications d’avant-garde.

Voilà. Maintenant vous faites comme vous voulez, mais moi je vais courir me l'offrir ce bouquin. 

Sur l’écriture - Charles Bukowski, Au Diable Vauvert. 
338 pages, 20€
Parution le 14 septembre.