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jeudi 12 mars 2020

L'extrait du... 12 mars

"Une bande de mecs comme nous est allée traquer le cerf et l’orignal au Canada. Il fallait que quelqu’un se charge de la cuisine, sinon ils mourraient tous de faim.
Ils tirèrent à la courte paille qui ferait à manger pendant que les autres chasseraient de l’aube au crépuscule. (…) c’était mon père qui avait tiré la courte paille. Papa savait cuisiner. (…)

Les chasseurs se mirent d’accord : quiconque se plaindrait de la cuisine de mon père deviendrait cuisinier à son tour. Mon père préparait donc des repas de moins en moins bons pendant que les autres s’éclataient comme des petits fous dans la forêt. Même quand le souper était infect, les chasseurs le qualifiaient de délice à se lécher les babines, lui donnaient des claques dans le dos et tout le tralala.
Un matin, après leur départ, mon père trouva une grosse bouse d’orignal toute fraîche. Il la fit frire dans de l’huile de moteur. Le soir, il la servit comme s’il s’était agi d’un pâté en croûte encore fumant.
Le premier qui goûta recracha tout. Il n’avait pas pu s’en empêcher ! Il postillonna :
« Nom de Dieu ! On dirait de la bouse d’orignal frite dans de l’huile de moteur ! »
Puis il ajouta :
« C’est fameux ! Fameux !»"

Kurt Vonnegut - Tremblement de temps 
(Super 8 - trad. Aude Pasquier)

lundi 22 avril 2019

L'extrait du... 22 avril

"Mon beau-père avait été placé sur un tabouret d'une dizaine de centimètres. La corde lui avait été passée autour du cou et tendue fermement autour d'une branche de pommier en bourgeons. Le tabouret lui avait été ensuite retiré d'un coup de pied. il avait pu danser sur la pointe des pieds pendant qu'il s'étranglait.
Bien fait ?
Il avait été ranimé huit fois et pendu neuf.
Ce n'est qu'après la huitième pendaison que c'était envolé ce qui lui restait de courage et de dignité. ce n'est qu'après la huitième pendaison qu'il s'était comporté comme un enfant martyrisé."


Kurt Vonnegut - Nuit mère (Gallmeister)

mardi 5 mars 2019

L'extrait du... 5 mars

"Ne renoncez pas aux livres. Ils sont si agréables - ce poids amical. La douce résistance de leurs pages quand vous les tournez du bout de vos doigts sensibles. Une grande part de notre cerveau sert à décider si ce que nos mains touchent est bon ou non pour nous. N'importe quel cerveau normalement constitué sait que les livres sont bons pour la santé."

Kurt Vonnegut - "Elle est pas belle la vie ?"

vendredi 21 octobre 2016

Appuyer sur le bouton

Faudrait sûrement appuyer sur le bouton. Ou plutôt sur les boutons. Pour faire taire ce bruit de fond insupportable des médias hystériques pilotés par des actionnaires putassiers et livrés à des chroniqueurs serviles et haineux. Pas un jour ne passe sans que l'on soit agressé par leurs slogans dans l'air du temps, à grands coups de messages sur tous les supports où nous traînons l'ennui de ces interstices de temps saucissonnés par le miracle du/de la/des RTT. 
Entre les prochaines échéances électorales risibles et grotesques de notre minuscule pays au nombril galactique, et celles de ce grand pays qu'on appelle les USA et rempli d'immigrés qui l'ont oublié, difficile de garder la patate.
Contre l'absurdité du quotidien et n'ayant pas encore trouvé le moyen d'appuyer sur le bouton rouge qui éteindra pour de bon tout ce vaste foutoir, il nous reste le rêve littéraire. Je radote mais quand on a trouvé un moyen de survivre, on s'y raccroche avec tout ce qu'on a de couilles et de cœur.

Même si j'éprouve un certain ressentiment pour l'Amérique de Wall Street et son libéralisme sauvage et inhumain, je ne peux m'empêcher d'être attiré comme un aimant par les perspectives des grands espaces qui ont inspiré quelques uns de mes livres de chevet et la majorité des mes auteurs favoris. 
Alors ce matin pour vous aérer l'esprit et appuyer sur un bouton qui ne coûte pas cher mais qui fait son effet, je vous conseille deux excellents bouquins en provenance de l'autre côté de la grande flaque : 

Un homme sans patrie de Kurt Vonnegut (traduit par Pierre Guglielmina chez Denoël). J'ai acheté ce bouquin il y a près de dix ans dans une librairie lyonnaise qui n'existe plus mais qu'importe, il faudra que je le relise. Dans ce livre qui relève du pamphlet, Vonnegut décrit une Amérique devenue complètement tarée à force de suivre les prérogatives de Washington. C'est brillant et acerbe comme il faut. Et à un mois des élections prochaines d'une folle va-t-en-guerre ou d'un raciste peroxydé, c'est plus que jamais nécessaire à lire. 

Une odysée américaine de Jim Harrison (traduit par Brice Matthieussent chez Flammarion). J'ai relu au printemps dernier ce livre brillant d'un auteur hélas disparu mais qui hantera à coup sûr encore longtemps les étagères de nos bibliothèques. Big Jim livre dans ce road movie une histoire brillante d'un homme amoureux de la vie qui part s'y confronter en traversant son pays. C'est, je l'avoue, à cause de livres tels que celui-ci que j'ai eu envie d'écrire "Brûler à Black Rock", en essayant de cacher au plus profond un bout de déception de n'être pas né américain pour moi aussi pouvoir vivre dans un road-movie débridé. 

Alors en attendant vous aussi une éventuelle autre vie, lisez-donc ces deux bouquins !