mercredi 31 mai 2017

Indigestion (ou presque) de tricolore

Récemment ici-même au moment de dresser le bilan de mes lectures de l'année 2016 je me faisais la remarque que je lisais peu d'auteurs français. Ceci dit, je n'ai pas attendu de faire ce bilan comptable pour m'en rendre compte.
Un concours de circonstances favorables vient de me donner l'occasion de me replonger dans une certaine littérature contemporaire tricolore. 
En effet, un stock de nombreux congés à solder avant la fin du mois du mai combiné à une visite dans une bourse aux livres à 1 euro ont constitué les facteurs déclenchants d'une incroyable boulimie de lecture. Ajoutons-y aussi la fin de l'écriture du troisième jet de "MANX" qui m'a libéré un peu de temps l'espace de quelques semaines... Au final ce sont donc 43 livres lus en l'espace de deux mois dont 27 pour le seul mois de mai. D'accord je l'avoue, rares furent les gros pavés, la littérature française moderne se plait à faire court (parfois pour ne rien dire mais ceci est un autre débat).

Sur ces 43 bouquins, 32 ont été écrits par des auteurs francophones, un ratio franchement inhabituel pour moi, plutôt habitué à puiser dans la littérature anglo-saxonne. Autant le dire tout de suite, il y a à boire et à manger dans ce blougi boulga de lectures. J'ai été impressionné par l'aisance stylistique de Jérôme Ferrari et de son "Sermon sur la chute de RomePrix Goncourt 2012, aux éditions Actes Sud. Pour une fois, j'ai donc été impressionné par un lauréat d'un grand prix littéraire. C'est assez rare pour être souligné. Il faut dire que les longues phrases (parfois trop longues et trop riches) de Ferrari sont parfois étonnantes. Extrait : Et ce soir-là, à table, elle ne pensait pas à lui en évoquant la richesse exceptionnelle d'un site laissé à l'abandon depuis des années, les trophées, la cuirasse ceinte du long manteau de bronze, les têtes de Gorgone disparues au fronton des fontaines de marbre, les colonnades des basiliques, et elle parlait de la gentillesse de ses collègues algériens dont elle veillait à ne pas écorcher les noms, Meziane Karadja, Lydia Dahmani, Souad Bouziane, Massinissa Guermat, de leur dévouement, du talent et de la foi avec lesquels ils faisaient surgir de cet amas de pierres muettes, pour les enfants des écoles primaires, une cité pleine de vie et, sous les yeux des enfants, l'herbe jaune se couvrait de dallages et de mosaïques, le vieux roi numide passait sur son grand cheval mélancolique en rêvant au baiser perdu de Sophonisbe et, des siècles plus tard, au bout de la longue nuit païenne, les fidèles ressuscités se pressaient les uns contre les autres et contre les chancels, en attendant que s'élevât parmi eux, dans la nef lumineuse, la voix de l'évêque qui les aimait...

Bon, à côté de ce titre étonnant, d'autres ne me laisseront pas de grands souvenirs et je ne leur ferai pas l'affront de les citer. Je me demande juste comment certains font pour réussir à placer des textes aussi plats, aussi inintéressants... Bref, passons. 

- Emmanuel Carrère m'a un peu ennuyé avec sa biographie de Philip K.Dick ("Je suis vivant et vous êtes morts") qui finit par tourner très vite en rond. En revanche le même Emmanuel Carrère m'a touché avec son "D'autres vies que les miennes" malgré le côté parfois larmoyant de son écriture journalistique et son ton névrosé.
- Sylvain Tesson m'a fait rêver avec son étonnant voyage immobile dans une cabane sur le lac Baïkal "Dans les forêts de Sibérie".
- Jean-Louis Fournier m'a remué les tripes avec son récit "Où on va, papa" qui raconte d'un point de vue très personnel et très réussi sa vie de père de deux enfants handicapés mentaux.
- Philippe Claudel m'a intéressé avec son récit de visites en prisons dans "Le bruit des trousseaux" et j'ai moyennement apprécié son "La petite fille de Monsieur Linh" qui sonne comme une ritournelle un peu facile sur le droit à la différence.
- Patrick Modiano m'a laissé circonspect en lisant son "Accident nocturne"... Je n'arrive pas à aimer ni à ne pas aimer, il faudra peut-être que je lise un autre livre de cet auteur encensé par bien des critiques... ou pas.
- Pascal Garnier m'a scotché et vraiment marqué, notamment avec "Lune captive dans un oeil mort" et "Cartons" qui sont des bijoux de romans intelligents, stylés et vraiment réussis. J'ai renouvelé l'expérience avec 6 autres livres du même regretté Garnier, dont la moitié est au-moins aussi intéressante. Un auteur qui entre directement dans mon panthéon, tout en haut des auteurs français.
- Amélie Nothomb m'a réconcilié avec une auteur que j'avais délaissée après l'avoir découverte il y a plus de vingt ans à l'occasion de son premier bouquin. J'ai particulièrement apprécié "Biographie de la faim" parmi les 4 livres de la belge lus en cette période. Malgré des tics d'écriture un peu pénibles.

Dans les semaines à venir j'essayerai de laisser ici-même des petits avis un peu plus étayés sur les lectures qui m'ont le plus marqué. Et en attendant je me suis remis à l'anglo-saxon avec un roman noir du grand Larry Brown. Histoire de couper après cette boulimie tricolore.

mardi 30 mai 2017

Lecture : Jack Kerouac - Satori à Paris

Lorsqu'il convient d'évoquer la production littéraire de Jack Kerouac, de façon immanquable, c'est "Sur la route" qui est cité. Et ensuite, en règle générale, arrivent pêle-mêle "Les clochards célestes", "Mexico City Blues" et "Visions de Cody". C'est une sorte de classement un peu inévitable : on n'y échappe pas (et à juste titre). 
"Satori à Paris" a été écrit par Kerouac en 1966 soit presque une décennie après le célèbre et solaire "Sur la route" qui cristallisait toute la fougue d'une beat generation dont l'écrivain américain était alors le phare. 
Pour comprendre comme il se doit ce roman court foncièrement autobiographique, il faut rappeler le véritable nom de Kerouac : Jean-Louis Lebris de Kérouac. Car oui, ce bon vieux Jack a des ancêtres français, bretons de surcroît. Ce livre est le récit de ses pérégrinations françaises lorsqu'il s'est rendu en 1965 à Paris puis en Bretagne à la recherche de ses racines et notamment de l'origine de son patronyme complet. A la fin de sa vie, Kerouac s'est lancé à corps perdu dans une recherche des origines qu'il n'a pas pu mener jusqu'à son terme.
J'avais déjà lu ce petit bouquin il y a des années et j'en avais gardé un très bon souvenir. La relecture n'a fait que confirmer ce premier avis. Kerouac y déploie son enthousiasme (souvent alcoolisé) à travers les rues de Paris, les paysages bretons. On ressent son humanité transpirer dans toutes ces pages, notamment quand il rencontre des anonymes avec lesquels il ressent une proximité spirituelle qui concourt à entretenir ce satori exprimé tout au long du bouquin. La chaleur humaine et le besoin absolu de tendresse, de relations, de l'auteur en fait un personnage attachant en diable. On restera toutefois un peu sur sa faim lorsqu'il sera temps de refermer le livre, comme si après avoir sympathisé avec un gars rencontré dans le bar d'une ville étrangère, on le perdait de vue au petit matin, évanoui dans des venelles humides et un peu froides d'une ville inconnue. 

ExtraitEtudiant les cartes, décidant d'aller à pied partout, de manger, de retrouver la patrie de mes ancêtres à la Bibliothèque, et puis de me rendre en Bretagne, là où ils avaient vécu et où la mer, à n'en point douter, baignait encore les rochers. - J'avais prévu qu'au bout de cinq jours passés à Paris, je descendrais à cette auberge au bord de l'Océan, dans le Finistère, et sortirais à minuit, enveloppé dans mon imperméable, coiffé de mon chapeau, muni de mon carnet et d'un crayon et d'un grand sac en plastique pour écrire à l'intérieur - en somme, en mettant la main, le carnet et le crayon dans le sac - écrire au sec, pendant que la pluie tomberait sur le reste de mon corps. Et je transcrirais les sons de la mer, cette seconde partie du poème - La Mer - intitulée "La Mer, dernière partie, les sons de l'Atlantique, Bretagne", auprès de Carnac, ou de Concarneau ou à la pointe de Penmarch, ou encore à Douarnenez, à Plouzaimedeau, Brest ou Saint-Malo. - Là, dans ma valise, le sac en plastique, les deux crayons, les mines de rechange, le carnet, l'écharpe, le pull, l'imperméable dans la penderie, et les chaussures chaudes. 

Jack Kerouac - Satori à Paris, Folio, 160 pages, 6.6 €

vendredi 26 mai 2017

Lecture : Jean Teulé - Longues peines

Longtemps j'ai pensé que Jean Teulé était un trublion de la télévision qui multipliait les supports (écrans, écrits) car je l'associais à son passage le samedi dans l'émission "L'assiette anglaise" à la fin des années 80 ou, de mémoire, il animait une chronique hebdomadaire. Je n'ai compris que récemment que le Jean Teulé que je voyais sur les couvertures de quelques livres historiques était le même que ce personnage à la verve touffue et aux bouclettes rebelles.

Dans l'optique d'un prochain projet de roman (cf page projets) je commence à me documenter (de loin) sur la prison et à la faveur de recherches sur le net, j'ai sélectionné plusieurs ouvrages à parcourir sur le sujet, qu'il s'agisse de fiction et de non fiction. 

"Longues peines" est un récit romanesque tiré d'une histoire vraie que Teulé a écrit en 2001. Il y parle de prison et de la cellule n°108 que partagent quatre hommes d'une maison d'arrêt de province. Partant de faits réels et d'histoires authentiques, Teulé fait fonctionner la machine à fantasme et on sent bien qu'il ne s'agit pas d'un exercice difficile pour lui. Tout d'abord tenue, l'histoire part alors très vite dans des acrobaties foutraques et délirantes qui relèvent du fantasme pur, et qui troublent les cartes de la frontière entre réalité et fiction. C'est un peu dommage car le bouquin perd son côté reportage et documentaire qui m'avait attiré en premier lieu. Ce roman court est écrit avec dynamisme et ne laisse aucun répit au lecteur. Pas de longueur ni de douceur dans ce monde de la prison, Teulé se fait plaisir dans un récit certes percutant mais un peu trop délirant à mon goût. J'aurais aimé un peu plus de retenue et de subtilité et moins de raccourcis et de facilité. 


Extrait : Le nouveau cocellulaire de la cent huit, assis sur le lit de droite, aurait dû être surpris par ce qu'il entendait, mais Pierre-Marie Popineau semblait indifférent à tout, même à sa lèvre tuméfiée, même à ses côtes fêlées...
Kaczmarek, beau grand mec blond et athlétique allongé sur le dos, doigts croisés sous la nuque, tourna la tête vers Popineau - soixante-deux ans :- Bon, qu'on t'affranchisse tout de suite, vieux. Lui, à la fenêtre, il a sans doute coulé trois femmes dans le béton. Moi, j'ai rendu une fille hémiplégique et tué son mec à coups de poing la veille de leur mariage. Et toi ?Apprenant les délits commis par ses jeunes cocellulaires, Popineau, effaré, a regardé vers la porte pour s'enfuir. Comme elle était close et sans serrure, il a tourné la tête vers la fenêtre. C'est alors que Kaczmarek découvrit le pansement à l'oreille gauche de Pierre-Marie :- Ah, d'accord, c'est ça... Alors toi, ici, vieux, tu vas pas t'amuser...Popineau s'en était aperçu. Arrivé il y a moins d'une heure, il s'était déjà fait trancher l'oreille, battre dans la cour et jeter par-dessus la rambarde des coursives.

Jean Teulé - Longues Peines, Pocket, 190 pages, 6€

mercredi 24 mai 2017

Zoom sur les sorties... Mai #1

Depuis un moment déjà je souhaite signaler les nouveautés ou rééditions qui me semblent marquantes dans le planning chargé des sorties de livres. Sauf cas exceptionnel, je m'attacherai surtout aux littératures (étrangères et française) ainsi qu'à la poésie, laissant de côté le théâtre et les livres hors du champ de la littérature (au sens large).
Pour démarrer cette rubrique qui sera récurrente au fil des mois à venir, quelques sorties pour accompagner ce mois de mai :


Romain Gary - Le vin des morts
Parution en poche chez Folio du premier roman écrit par Romain Gary (avant 1938) qui fut inédit jusqu'en 2014. On a coutume de dire que les livres inconnus d'auteurs qui ne le sont pas ont une bonne raison d'être restés inconnus... 
"Le vin des morts" est un roman de jeunesse réputé mineur pour ses qualités littéraires, mais qui présente néanmoins des clés pour l'exploration de l'univers futur de l'auteur. 
Parution : 18 mai 2017 chez Folio, 288 pages.





Ian McEwan - Dans une coque de noix :
L'auteur britannique Ian McEwan est souvent considéré comme l'auteur anglais le plus talentueux de ce début de siècle. Ouch, rien de moins. Néanmoins je ne serai pas loin de partager cet avis malgré son caractère un peu trop définitif et très peu objectif.
Dans ce nouvel opus, McEwan se propose de revisiter Hamlet en faisant fait parler un embryon sur le point de sortir du ventre de sa mère et qui entend les sombres desseins que prévoit sa future génétrice à l'endroit de son père. Rien de moins (bis). 
Parution : 18 avril 2017 chez Gallimard, 224 pages.




Richard Brautigan - Journal japonais / Il pleut en amour 
J'ai tout récemment parlé encore ici même de Brautigan et notamment des poésies de Brautigan. Pour ceux qui hésiteraient à se lancer dans la monumentale édition bilingue à laquelle je faisais référence, voici un moyen plus léger de se frotter à l'univers du poète californien.
Ce bouquin rassemble "Journal japonais" et "Il pleut en amour" : un recueil de haïkus et un recueil de poèmes dans la veine de la poésie burlesque et naïve chère à l'auteur.
Parution : 13 Avril 2017 chez Points, 416 pages.


Georges Perec - Œuvres 
Comment passer sous silence la publication simultanée de deux volumes de Pérec dans la prestigieuse collection de la Pléiade ? 
Pérec qu'on ne présente plus, Pérec de l'Oulipo et du reste, Pérec des défis les plus fous lancés à la forme littéraire, au jeu et à l'amour du mot. 
Le volume 1 contient :  Les Choses - Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour? - Un homme qui dort - La Disparition - Les revenentes - Espèces d'espaces - W ou Le souvenir d'enfance - Je me souviens.
Le volume 2 contient : La Vie mode d'emploi - Un cabinet d'amateur - La Clôture et autres poèmes - L'Éternité. Appendice : Tentative d'épuisement d'un lieu parisien - Le Voyage d'hiver - Ellis Island - L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation - L'Augmentation.
Parution : 11 Avril 2017 chez Gallimard Pléiade, 1184 et 1280 pages.

mardi 23 mai 2017

Lecture : Michel Houellebecq - Les particules élémentaires

Bruno et Michel sont deux demi-frères qui ont mis du temps à se retrouver, blackboulés dans des vies bien séparées. Le premier est divorcé, professeur de littérature et surtout totalement, irrémédiablement, absolument obnubilé par la recherche frénétique de la jouissance sexuelle. Le second est un scientifique en rupture avec la société, traumatisé par la mort de sa grand-mère qui l'a élevé et incapable d'entretenir une relation normale avec qui que ce soit. 
Sur cette idée de base, Michel Houellebecq a signé il y a vingt ans (1998) un roman tout à fait incroyable qui aurait tout à fait pu lui octroyer le Goncourt (prix qu'il gagnera néanmoins en 2010 avec "La carte et le territoire", un roman bien plus sage et moins personnel qu'il semblerait presque avoir lissé pour séduire les membres du jury). Mais passons sur ces considérations anecdotiques, ce n'est pas un prix qui fait un bon bouquin, ça se saurait...

Bref, Michel Houellebecq a frappé un grand coup avec ce bouquin. Après "Extension du domaine de la lutte" qui mettait déjà en place les ressorts qui intriguent le bonhomme, les aspects de notre société malade qui l'interpellent, le romancier va ici encore plus loin. Son propos se généralise, il permet à l'auteur de sortir d'une première intention louable mais encore un peu étroite pour prendre toute la mesure des obsessions qui l'habitent. Certains ont voulu chercher une intrigue dans ce bouquin, il faut pourtant aller un peu plus loin. Les lecteurs qui ne sont pas capables de voir plus loin que le premier degré ne devraient pas être encouragés à ouvrir un bouquin de Houellebecq, à fortiori celui-ci. Le paysage social dépeint dans ce livre est certes plutôt grisonnant, voire grisâtre mais il est d'une cohérence indéniable. 
Que les choses soient claires : je ne suis pas fan de Houellebecq et je me contrefout des querelles de clochers entre intellectuels bobos et crétins bobos qui se déchirent à son endroit. On en a fait des tonnes sur le passage de "L'Islam la religion la plus bête et la plus obscurantiste" en passant sous silence les naufrages des relations humaines vouées à l'échec que ce roman narre avec brio. Houellebecq, à l'inverse de nombreux auteurs amis du show-business, se fiche d'être politiquement correct. Et c'est drôlement agréable. Ce livre-là est le meilleur que j'ai pu lire de cet auteur jusqu'à présent et m'a réconcilié avec la petite déception de "La Carte et le Territoire". Même si les scènes de cul sont un peu trop longues et nombreuses à mon goût mais c'est un détail. 

Extrait : La solution des utopistes – de Platon à Huxley, en passant par Fourier – consiste à éteindre le désir et les souffrances qui s’y rattachent en organisant sa satisfaction immédiate. A l’opposé, la société érotique-publicitaire où nous vivons s’attache à organiser le désir, à développer le désir dans des proportions inouïes, tout en maintenant la satisfaction dans le domaine de la sphère privée. Pour que la société fonctionne, il faut que le désir croisse, s’étende et dévore la vie des hommes.


Michel Houellebecq - Les particules élémentaires, 
Flammarion, 393 pages, 20

lundi 22 mai 2017

Lecture : Richard Brautigan - C'est tout c'que j'ai à déclarer

Richard Brautigan a sa place dans les nuages. Et depuis qu'il a décidé de nous quitter un jour funeste de 1984 du côté de Bolinas, personne ne l'a vraiment remplacé. C'est peut être tant mieux, du reste... Parce que Brautigan, c'est Brautigan et que vous pouvez faire ce que vous voulez, l'aimer ou le détester, ça reste Brautigan, unique et à part dans la littérature américaine. Romancier ? Beat ? Poète ? Un peu des trois sûrement, mais surtout poète. Oui, poète assurément. Et qu'importe les quelques romans qu'il a écrits, qu'importe les milliers de textes ultra courts qu'il a produits, il reste avant tout un poète. 
Brautigan disait de ses poésies qu'il s'agissait de « fleurs de papier avec de l’amour et de la mort ». Insolite au possible, original jusqu'à la caricature, il a signé quelques poèmes tout à fait incroyables, avec une économie de mots et de moyens qui force le respect. Car derrière cette apparente décontraction, l'homme souffrait et savait témoigner de cette incompatibilité chronique de caractère avec l'existence. Obsédé par la mort, il a survécu jusqu'à la révérence finale en se gavant d'amour et de mots, de whisky et de rêves. 

Il est temps que tu t’entraînes
à dormir de nouveau tout seul
et c’est foutrement dur.

Ses productions poétiques sont doucereuses et amères, cyniques et vibrantes, loufoques et désespérées. Elles soufflent le chaud et le froid des émotions humaines, sont vibrantes de vie et nostalgiques du temps qui passe. Lire la poésie de Brautigan, c'est comme monter dans un wagon de montagne russe avec un inspecteur des impôts. 
Avec trois fois rien, Brautigan nous emporte dans ces poésies. Vers des acrobaties syntaxiques, des folies métaphoriques et surtout dans une incroyable puissance stylistique, émouvante et folle. 

Le Castor Astral a publié en novembre 2016 un immense pavé de 800 pages en version bilingue de l'intégralité de la poésie de Brautigan. Il faut réaliser l'ampleur de la tâche car c'est une première mondiale. Ceci n'a à ce jour jamais été fait, et dans aucun autre pays du monde. Même aux USA, il n'existe aucun recueil de l'intégralité des poésies de l'auteur. Alors merci au Castor Astral pour ce beau cadeau.
En fan de Brautigan, j'ai lu ce pavé sur plusieurs semaines, y picorant chaque soir avant de m'endormir quelques lignes pleines de couleurs et de dinguerie. En lisant directement en VO parce qu'il s'agit d'une poésie jouant sur un vocabulaire simple. Il y a tout là-dedans, toute la production poétique d'un homme en marge de tout et il s'agit d'un bouquin essentiel, à coup sûr la plus grande publication poétique de toute l'année 2016 en France. Alors investissez les 32 euros nécessaires pour cette bible ou demandez-le à votre bibliothèque mais faites bon accueil à ce formidable bouquin. 

Tous surveillés par des machines d’amour et de grâce
Il me plaît d’imaginer (et
le plus tôt sera le mieux !)
une prairie cybernétique
où mammifères et ordinateurs vivent ensemble dans une harmonie mutuellement programmée
comme de l’eau pure effleurant un ciel serein.
Il me plaît d’imaginer
(tout de suite s’il vous plaît !)
une forêt cybernétique
peuplée de pins et d’électronique où le cerf flâne en paix
au milieu des ordinateurs comme s’ils étaient des fleurs
à boutons rotatifs.

Richard Brautigan - C'est tout c'que j'ai à déclarer
Castor Astral, 780 pages, 32 €

dimanche 21 mai 2017

Investir 19 euros

Ceci est une publicité.
Le miraculé Sylvain Tesson, explorateur romantique et artiste de la plume, alpiniste et solitaire comme je les aime, vient de publier un journal d'aphorismes et de ce que l'auteur a vécu sur la période 2014 à 2017.
"Une très légère oscillation" est donc le journal de l'auteur de superbes livres tels que "Par les chemins noirs", "Dans les "forêts de Sibérie" (chronique de lecture ici-même bientôt) ou encore "S'abandonner à vivre". 
Publié aux éditions EQUATEURS, "Une très légère oscillation" vous soulagera de 19 euros, pour 230 pages ce qui n'est pas cher payé quand on connait la capacité de Tesson l'acrobate pour les ascensions verbales les plus poétiques. 
Pour 19 euros aujourd'hui on n'a plus rien. Sauf un livre. Et c'est sûrement le meilleur moyen de les investir en ce milieu de mois de mai. Moi je dis ça, je dis rien (comme dirait la boulangère adepte des formules toutes faites).

mardi 16 mai 2017

Des nouvelles

Avec le temps... j'avais oublié le bonheur d'écrire de la nouvelle. Depuis plusieurs années, je me suis un peu spécialisé dans l'écriture de très courts textes (chroniques d'une demi-page, poésie en prose) dont "Waterloo en maillot de bain" est un premier recueil, ainsi que dans le roman. La petite pause que je m'accorde dans l'écriture de "MANX" en attendant les retours des béta lecteurs me permet de me rafraichir l'esprit en me frottant à l'exercice de l'écriture de la nouvelle, ce qui ne m'était plus arrivé depuis le milieu des années 90 (ben ouais, ça date!). Un texte court mais pas trop, qui obéit parfois à des règles très strictes érigées par les gardiens du temple. Bon. Forcément moi je suis pas vraiment gardien, du temple, de la galaxie ou de tout autre institution à la con. Du coup je m'affranchis des règles et j'écris comme je le sens. 
J'ai bouclé ce lundi une première version de "KNUT", une nouvelle d'un peu plus de dix mille mots que j'ai écrite à la main en douze jours. Ce n'est certes pas un rythme ahurissant mais qu'importe, j'ai profité de relâcher la pression du roman et ses longues échéances continues. Je comptais réécrire une seconde version de "KNUT" en me mettant à l'ordinateur mais j'ai enchainé avec le début d'une deuxième nouvelle, "PARENTHESE" qui devrait m'occuper deux nouvelles semaines. Je corrigerai donc ces deux nouvelles après la fin de celle-ci et en attendant la suite. 
C'est agréable l'écriture d'une nouvelle. On peut y faire des expériences, tenter de nouvelles pistes d'écriture, de nouvelles formes... Et puis il y a ces personnages qui sont surgis d'une rêverie, à l'occasion d'un voyage en train ou dans l'esprit et qui vont nous accompagner quelques jours à peine, quelques semaines tout au plus. On est en quelque sorte en CDD et c'est très rafraîchissant pour se sortir des longues errances de l'écriture d'un roman (j'ai planché en exclusivité sur "MANX" de Mi-Septembre 2016 à Fin Avril 2017 et ce n'est pas fini). Je redécouvre donc cette écriture là, différente, moins absorbante mais plus festive. Et j'apprécie. Au point d'envisager de boucler un recueil complet de nouvelles avec une dizaine de textes cet hiver, après la publication de "MANX" et... avant de repartir sur un nouveau roman.