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dimanche 15 avril 2018

L'extrait du... 15 Avril


Dany Laferrière - Chronique de la dérive douce (Grasset)



"Nathalie qui marche
comme si elle avait un compte personnel
à régler avec chaque homme qu'elle croise
sur son chemin, se révèle très pudique au lit.
C'est qu'elle dépense tout dans la rue."




samedi 29 avril 2017

Lecture : Dany Laferrière - L'énigme du retour

Toute l’oeuvre romanesque de Dany Laferrière est frappée du sceau de l’exil. Sa vie entière entre Haïti et le Québec a été déterminée par l’exil : tout d’abord celui de son père, contraint à quitter le pays à cause de François Duvalier, dit « Papa Doc » et de ses sinistres tontons Macoute, puis celui du fils poussé au même exil à cause de « Baby Doc », le propre fils du dictateur. 
Dans ce récit romancé, tous les thèmes habituels de l’auteur sont abordés : la filiation, l’écriture, le pays natal et donc, bien sûr, l’exil. Et les conséquences de l’exil sur le statut d’écrivain. « Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je suis passé par la fenêtre du roman »

Le narrateur de cette histoire retourne en Haïti pour y enterrer ce père qu’il n’a pas connu mais qui a influencé toute sa vie d’homme, d’auteur et d’exilé. Trois conditions qui s’entremêlent : l’annonce du décès du père permet à l’homme de se remettre à écrire. Et de s’interroger sur tous les moteurs qui poussent un homme à continuer de vivre, à un écrivain de continuer d’écrire. Et puis bien sûr c’est le moment du retour en Haïti, si longtemps après l’avoir quitté, contraint pour échapper à la mort. Le moment de se confronter à tous les fantasmes que le temps a érigé en frontières floues entre le Québec et Haïti. Malgré les douleurs, les absences, les pères inconnus et les mères par delà la géographie des terres et le sang des hommes. « Écrit-on hors de son pays pour se consoler ? / je doute de toute vocation d’écrivain en exil » 
Dans ce roman récompensé par un Prix Médicis en 2009, Dany Laferrière laisse un peu tomber les allégories sexuelles et fantasques à tout va de ses précédents ouvrages et se fait plus grave, plus introspectif, et peut être plus brillant encore. Il y aborde les racines d’un être et les limites d’une conscience politique autant qu’intellectuelle. Il y convoque Aimé Césaire bien sûr : l’exil et la négritude rassemblent à travers les âges ces deux écrivains et ces deux poètes avant que l’auteur ne prenne ses distances d’avec le chantre martiniquais du retour au pays natal. 
Très différent de ses romans précédents, L’énigme du retour est à mon sens le plus réussi des romans de Dany Laferrière, peut-être le plus vrai - si l’on considère que la vérité est une notion dotée de sens.

Dany Laferrière - L’énigme du retour, Grasset, 304 pages, 18.3 €

mardi 6 décembre 2016

Lecture : Dany Laferrière - Le cri des oiseaux fous

Ce n'est pas tous les jours que je lis un immortel. Dany Laferrière a en effet été élu à l'Académie Française en décembre 2013 et y a été reçu en mai 2015, devenant ainsi le premier auteur d'origine haïtienne à entrer sous la coupole.
En revanche je commence à devenir un fidèle de l'auteur Québecois, ayant notamment beaucoup aimé ses "Mythologies américaines" et son "Journal d'un écrivain en pyjama". 
 
Dany Laferrière a écrit "Le cri des oiseaux fous" en 2000 mais ce bouquin édité en France par l'excellente maison d'édition aujourd'hui disparue "Le serpent à plumes" était épuisé. Une très bonne occasion pour les éditions Zulma de remédier à ce problème en proposant en 2016 une nouvelle édition de ce roman. 
Roman important pour l'auteur car il raconte par le menu ses dernières 24 heures en Haïti avant de fuir le pays. 
Alors âgé de 23 ans, un de ses meilleurs amis vient d'être assassiné par les Tontons Macoutes, la milice du régime de Duvalier, dit Baby Doc, qui a succédé à son père Papa Doc à la tête d'Haïti. Père et fils ont ainsi tenu les rênes du pouvoir Haïtien de 1957 à 1986 et ont obligé le père de Dany Laferrière en son temps puis l'auteur lui-même à s'exiler pour sauver leurs vies. 
Ce livre, compte rendu romancé mais qu'on devine très proche de la réalité des choses, est l'occasion pour Laferrière de se souvenir des sentiments qui l'habitaient au moment où dans le secret le plus total, il devait se résoudre à quitter les siens pour s'exiler au Québec. 
Vingt-quatre heures d'adieux qu'il ne peut pas formuler tels quels pour ne pas risquer de se compromettre, lorsqu'en faisant le tour de ses amis et de ses connaissances, lui seul sait qu'il ne les reverra probablement jamais. C'est l'occasion pour l'auteur d'invoquer les regrets, la culpabilité ressentie, mais aussi cette sensation que certaines choses nous échappent quoi que nous puissions y faire.
Ce livre est joyeux et mélancolique à la fois, tourné sur un passé qui s'évanouit déjà et un avenir incertain auquel on ne peut pas résister. On y retrouve les obsessions de Laferrière pour le goût des jeunes filles, l'amour maternel, les liens père fils, l'exil et l'injustice de la tyrannie étatique. Un grand bouquin de Laferrière qui n'est certes pas exempt de quelques longueurs mais ceux qui ont déjà lu l'auteur savent que son enthousiasme en fait aussi le charme.  

lundi 1 août 2016

Lecture : Dany Laferrière - Je suis un écrivain japonais

J'ai un faible pour Dany. Non, pas celui éructant et vociférant, rouge à l'intérieur et vert à l'extérieur qui disait à la télévision qu'il aimait caresser les enfants. Je parle d'un autre Dany, bien plus fréquentable. C'est bien sûr de Dany Laferrière que je veux causer, celui qui est devenu immortel depuis 2013, excusez du peu. Cet écrivain né en Haïti en 1953 a été contraint de s'exiler au Canada pour échapper à la dictature de Jean-Claude Duvalier, dit "Baby Doc" qui poursuivait l'oeuvre anti-démocratique de feu son père, "Papa Doc". Comme la plupart des auteurs contraints à quitter le pays natal, l'oeuvre de Dany Laferrière est parcourue par une douce mélancolie à l'évocation de ce paradis perdu. Mais Laferrière ne verse jamais dans la tristesse, sa plume est alerte et joyeuse, à l'image de ce grand rire caverneux qui le caractérise lorsque l'on écoute l'une de ses nombreuses interviews sur le net.

J'ai découvert Dany Laferrière à l'époque des éditions du Serpent à Plumes et depuis il fait partie de ce cercle d'auteurs dont je prends plaisir à parcourir l'oeuvre lentement, sans me précipiter à tout lire d'une traite. Il faut déguster. 
Au menu aujourd'hui : "Je suis un écrivain japonais", roman écrit en 2008 dans lequel le narrateur raconte toutes les péripéties qui lui tombent dessus dès lors qu'il annonce le titre du prochain roman qu'il compte écrire et qui est : "Je suis un écrivain japonais". 
L'un des thèmes centraux de ce livre est l'identité, sujet cher à l'auteur et qu'il explore ici à travers les conceptions identitaires croisées des japonais, des européens, et des américains... de la Grande Amérique (comprendre : Amérique du Nord et Caraïbes). 
J'ignore si Dany Laferrière aura un jour fait le tour de cette vaste question - sûrement que non car elle est un pilier de son oeuvre. Il y a dans ce roman quelques phrases bien trouvées, mais globalement il ne se passe rien. Pas grave, il n'est pas nécessaire pour un livre de nous envoyer à la figure des tonnes de péripéties toutes plus acrobatiques les unes que les autres. Toutefois, il m'a semblé que l'auteur avait tendance à se répéter un peu trop, à tourner en rond en quelque sorte. Le narrateur de ce roman prend des bains, ne fait pas grand chose, il n'écrit même pas puisque depuis qu'il a annoncé le titre de son prochain livre, il doit se justifier devant des hordes vociférantes ou au contraire se défaire de fans trop enthousiastes. Bon... Et après ? Les anecdotes réchauffées ont tendance à devenir indigestes, c'est un peu ce qu'il se passe dans ce livre. Je n'ai pas réussi à me défaire de l'impression assez désagréable que Dany Laferrière avait écrit très vite ce livre, le bâclant un peu. Alors certes, du Laferrière bâclé reste mieux que pas mal d'auteurs appliqués mais quand même, je sors un poil déçu par cette lecture. Qu'importe, deux rééditions récentes d'autres romans de l'auteur viennent de sortir des presses des éditions Zulma, ce sera l'occasion pour moi de replonger dans l'univers coloré, bibliophile et enthousiaste de Laferrière.