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mardi 31 janvier 2017

Lecture : William Saroyan - Maman je t'adore

William Saroyan (1908-1981) est un auteur attachant qu'il faut s'empresser de lire et de relire en ces temps de pessimisme ambiant. Son œuvre est traversée par une vague de nostalgie optimiste qui célèbre les sentiments simples, les bonheurs quotidiens. Sans jamais verser dans le sentimentalisme outrancier et ces ambiances mollassonnes qui inondent les étagères des librairies des romans d'aujourd'hui. 
Je reviens toujours à Saroyan, comme à un pilier, une fondation, un repère. Chaque fois que je lis ou que je relis un livre de cet auteur, je me laisse emporter dans un tourbillon de bienveillance et de sérénité. A ce titre les extraordinaires "Papa tu es fou" ou "Folie dans la famille" ou encore "La comédie humaine" figurent au panthéon des titres de l'écrivain. 
Saroyan évoque l'enfance dans la plupart de ses ouvrages, et les temps difficiles des années 30 aux États-Unis. Ne comptez toutefois pas sur lui pour verser dans le larmoyant et le nombrilisme bobo - pas comme une certaine littérature dont les magazines bienpensants nous abreuvent de succès immérités. Saroyan a les pieds sur terre et aussi des convictions. Comme celle qui l'a poussé à refuser le prix Pulitzer pour ses talents de dramaturge. Mais il a laissé une partie de sa tête dans les méandres multicolores de son enfance. C'est sûrement pour cette raison que dans la plupart de ses romans, les enfants sont des personnages importants et très bien incarnés.

"Maman je t'adore" est un récit initiatique qui forme le pendant féminin de "Papa tu es fou", republié également chez Zulma tout récemment. L'histoire est celle d'une petite fille qui accompagne sa maman à la conquête de Broadway. On y découvre les coulisses de la scène mythique, les trafics en tous genres et les personnages hauts en couleur qui y défilent. Le tout à travers les yeux d'une petite fille de neuf ans qui vit seule avec sa mère mais qui a déjà toute la sagesse d'une jeune femme. 
Saroyan déploie dans ce roman des recettes identiques à celles élaborées dans "Papa tu es fou". Toutefois j'ai trouvé que l'ensemble manquait de liant et souffrait de moments de faiblesse auquel ce dernier titre avait échappé. Des longueurs qui m'ont un peu gêné alors que je m'attendais à retrouver le formidable feu d'artifice de "Papa tu es fou". Autre aspect qui m'a gêné mais qui n'est pas à mettre sur le compte de l'auteur : mon exemplaire Zulma souffrait d'un gros problème d'édition. La page 144 atteinte, j'ai eu la désagréable surprise de trouver en lieu et place de la page 145 la page 49 qui recommençait. Et de même pour les suivantes jusqu'à la page 96 avant de revenir à la page 193. Au final, un trou de 48 pages vraiment ennuyeux pour la lecture. A noter que j'ai signalé le problème aux éditions Zulma le 1er janvier et qu'à ce jour je n'ai toujours pas reçu de réponse.

Quatrième de couverture :
« Je pèse trente kilos et Mama Girl en pèse soixante. Elle a trente-trois ans, mais elle se fâche si je le dis. “J’ai vingt-deux ans, et tu le sais bien. – Si tu as vingt-deux ans, moi je ne suis pas encore née alors, puisque tu avais vingt-quatre ans à ma naissance. Tu me l’as dit toi-même. – Je mentais, répond Mama Girl, je n’ai pas voulu te dire que je t’avais eue à treize ans, c’est tout.” »

lundi 26 septembre 2016

Lecture : William Saroyan - Papa tu es fou

Dans "Papa, tu es fou", William Saroyan nous donne deux leçons: 
- nul besoin d'écrire des pavés de 500 ou 600 pages pour être efficace. 
- aimez la vie car elle est absurde et il faut rire, aimer et écrire pour en profiter.
Avec 140 pages seulement, l'auteur américain d'origine arménienne nous embarque dans un récit tendre et émouvant, léger et passionné sur l'art de l'écriture ainsi que sur les rapports père-fils.

Le narrateur est garçon de 10 ans qui reçoit en cadeau de la part de son écrivain de père le dernier roman que celui-ci vient d'écrire. Mais pas seulement. Car un livre c'est bien davantage qu'un simple objet... 
« Je me suis levé de table et je me suis mis à danser la gigue : Papa a éclaté de rire, et j’aime l’entendre rire comme ça – comme un type qui écrit, qui a faim et qui est complètement fou. »

Le papa de ce roman est un rêveur, écrivain poète et désargenté qui aime la vie et l'écriture plus que tout. Il n'a de cesse au cours de ce roman que de transmettre ces passions à son fils. Passé maître dans l'art de sublimer chaque moment d'une vie somme toute modeste, ce papa est un prestidigitateur de l'instant. Dans une moindre mesure et sans la portée dramatique de la guerre, il me fait penser au personnage que joue Roberto Benigni dans son film "La vie est belle". Insouciance et jeu pour charmer son fils et l'emporter loin de tout quotidien.

Ecrit il y a bientôt 60 ans, ce roman n'a pas pris une ride et se lit avec une délectation doublé d'un sentiment d'apaisement. Pour tous ceux qui n'ont jamais lu Saroyan, voilà une excellente façon d'y remédier.

mercredi 21 septembre 2016

L'influence de William

La littérature est une histoire de transmission. Souvent nous lisons parce qu'enfants nous avons vu nos parents lire. Et l'on écrit toujours parce qu'un jour, un ou plusieurs auteurs nous ont donné envie d'essayer à notre tour. Je ne crois pas en l'existence d'une littérature déliée de toute antériorité, coupée d'une histoire qui lui soit intimement rattachée. La littérature que l'on écrit aujourd'hui est une conséquence de celle que l'on a lue hier. Et ainsi, par cycles successifs, nous entretenons cette formidable puissance du travail de l'évocation depuis des siècles. 
Il est impossible d'écouter un écrivain ne pas souligner l'influence qu'un prédécesseur a eu pour son oeuvre, et ce n'est pas quelque chose de nouveau. De même un lecteur procède souvent par rapprochements pour découvrir l'univers d'un auteur aux thèmes, au style, à la musique similaire à un autre qu'il a apprécié.
Il y a environ une dizaine d'années j'ai découvert William Saroyan. Auteur américain d'origine arménienne qui a écrit de nombreuses pièces, nouvelles et des romans que quelques critiques et blogs consacrés à la littérature US rattachent au mouvement qui inspira la Beat Generation. Bon, en l'occurrence, on peut tout de même se demander ce qui n'a PAS inspiré Burroughs, Kerouac et Ginsberg tant ces beatniks des lettres semblent avoir condensé et cristallisé des milliers d'influences. 
Mais qu'importe, au début des années 2000 j'ai donc lu plusieurs romans de Saroyan publiés entre 1934 ("L'audacieux jeune homme au trapèze volant") et le milieu des années 40 ("Une comédie humaine", "Folie dans la famille" et "Echapée en roue libre"). J'y ai découvert un romancier à l'écriture douce amère, sensible et drôle, jamais tragique même dans les moments les plus poignants d'une fiction largement inspirée de sa vie de fils d'immigrants arméniens qui a été témoin de la grande dépression de 1930 et de la seconde guerre mondiale.
Je suis justement en train de lire un court roman de Saroyan, plus tardif (1957) au titre révélateur de "Papa tu es fou" et dont je parlerai très bientôt ici. En attendant je ne résiste pas au plaisir d'en extraire une citation pour poser le ton du livre et qui permet aussi de constater en une seule phrase combien Saroyan peut se rapprocher d'auteurs comme Brautigan, Fante et Bukowski.
"Je me suis levé de table et je me suis mis à danser la gigue : Papa a éclaté de rire, et j'aime l'entendre rire comme ça - comme un type qui écrit, qui a faim et qui est complètement fou."