samedi 31 décembre 2016

Lecture : Jean Echenoz - Cherokee

Alors je sais... On va me dire que je ne laisse pas leurs chances aux auteurs contemporains Français. Et que je me répète quand je dis que dans notre beau pays donneur de leçons en matière de culture, tout ouvrage distingué par un prix se révèle, 9 fois sur 10, un mauvais roman. Oui, peut être. Non, sûrement... Et ce n'est pas ce brave Jean Echenoz qui me fera changer d'avis avec ce "Cherokee" publié en 1983.
L'agréable découverte de "Envoyée Spéciale" en début d'année 2016 et il y a quelques années le joli "Courir" du même Echenoz m'ont conduit à décider que cet auteur et moi, on avait peut être un moyen de s'entendre. 
Sous l'élégante maquette des éditions de Minuit, "Cherokee" se veut un polar parisien qui adopte le style humoristique et décalé qui fera la marque de fabrique d'Echenoz. Ok. Sauf que cette histoire m'a rapidement ennuyée, je n'ai ressenti aucune sensation, pas davantage qu'une quelconque tendresse pour l'un des (innombrables) personnages de ce roman. C'est mou, c'est long, et cela ressemble à une punition par un dimanche pluvieux de novembre.
Encore un livre décoré d'un prix (Médicis 83 en l’occurrence) qui confirme ma crainte de lecteur devant les livres primés.

mercredi 28 décembre 2016

Lecture : David Vann - Dernier jour sur Terre

Amateurs du Monthy Python Flying Circus, passez votre chemin ou bien soyez un bon schizophrène comme moi : avec David Vann on ne se fend pas trop la poire. Ses livres sont noirs, ses personnages intenses, et la désespérance jamais bien loin de la surface du quotidien. Bon voilà, ça c'est dit. 
Mais David Vann est un sacré bon auteur. Quand même, ben ouais ! Faut le dire parce que l'air de rien le garçon est en train de se tailler une sacrée réputation dans le milieu du roman noir. Son Sukkwand Island était une merveille, son "Dernier jour sur Terre" est un délice.

Egalement publié en VF chez l'excellente maison Gallmeister, traduit par Laura Derajinski, ce bouquin se veut une plongée âpre dans une tragédie réelle qui s'est déroulée en 2008 lorsque dans son université américaine, Steve Kazmierczak a ouvert le feu sur une classe, tuant 5 personnes, en blessant 18 autres avant de retourner son arme contre lui. Là où David Vann est fort, et ce qui fait tout le charme de ce bouquin, c'est qu'il réussit à mettre en parallèle le destin de ce tueur de 27 ans avec son propre destin, lui l'écrivain qui à l'âge de 13 ans a perdu son père, suicidé dont il hérite de sa collection d'armes à feu.
Jonglant entre l'itinéraire sanglant de Kazmierczak et le sien, David Vann ne fait aucun faux pas dans une exercice pourtant périlleux et casse gueule à souhait. Il n'en fait jamais trop, il ne tombe ni dans le sentimentalisme suranné, ni dans le pathos dégoulinant. David Vann écrit vrai et on est tout de suite embarqué dans son monde déroutant et complexe qui s'insinue dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine pour en extirper les bouts les plus crus et les agiter pour réveiller nos consciences. Sans même donner l'impression de le faire, agissant en douceur et avec tact, tel un Arsène Lupin de la cambriole. 
Situé quelque part entre l'enquête et le roman, ce récit est une grande réussite dont feraient bien de s'inspirer tous les tâcherons qui pondent à la chaîne des exo fictions et des enquêtes roboratives pourtant encensées par la critique médiatique en France ces derniers mois. 
Décidément, l'Amérique n'en finit plus de nous donner des écrivains de génie et merci à Gallmeister d'être la maison d'édition qu'il manquait aux lecteurs de l'hexagone pour les découvrir. Je n'ai pas fini de sitôt de lire les productions de cette maison-là que je vous encourage à découvrir toutes affaires cessantes si ce n'est déjà fait. 

Extrait : "Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendais le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, une Magnum .300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. Je la portais dans le couloir, à travers la cuisine et le garde-manger jusque dans le garage, où j’allumais la lumière pour l’observer, une carabine à ours avec une lunette de visée, achetée en Alaska pour chasser les grizzlys."

Calendrier de l'avent : Jour 24

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 24/24 : Richard Brautigan - La vengeance de la pelouse








Bon. Nous y voilà. Le jour 24 dans un calendrier de l'avent, c'est le D DAY.
Dans les calendriers de mes enfants, c'est là que sont cachés les plus gros jouets, les plus gros morceaux de chocolat. 
J'ai déjà abordé ici l'impact qu'a eu la découverte de Richard Brautigan dans ma libération de l'écriture. Pas sûr que je me serais remis à écrire pour de bon si je n'avais pas croisé ce bouquin-là au début des années 2000, après avoir laissé tomber quelques temps cette tâche ingrate et tellement difficile que constitue l'écriture de fiction.
Je fais donc partie de la confrérie des adorateurs de Brautigan qui constitue avec John Fante, William Saroyan et Charles Bukowski mon carré d'as en matière d'auteurs favoris. Même si Larry Brown les talonne et que j'aurais pu ajouter "Père et fils" du regretté Brown si j'avais décidé d'ajouter un 25ème jour à ce calendrier de l'avent. Mais bref, passons. 
Brautigan, c'est extraordinaire de poésie, de concision, de tendresse. Sans oublier des métaphores qui désarçonnent et qui troublent, de petites perles d'inventivité et d'originalité. 
Dans ce bouquin, 62 nouvelles éclairs qui vous feront passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. 
J'aurais également pu évoquer le recueil bilingue et exhaustif de son oeuvre poétique qui est paru en novembre au Castor Astral mais j'ai eu le bouquin au pied du sapin de Noël et je ne l'ai pas encore lu. Même si je sais déjà que ça va être un incontournable.  

Extraits :
"Il avait dépassé de beaucoup l'âge normal de mourir.
Il était sur le chemin de la mort depuis si longtemps qu'il s'y était perdu"


"Ses yeux coulaient avec cette expression humaine qu'ont les chiens quand, après avoir vécu avec les gens trop longtemps, ils finissent par leur ressembler dans ce qu'ils ont de pire."

"On dit qu'au printemps, il vient à l'imagination des jeunes gens des idées d'amour. Peut-être, s'il leur reste assez de temps, y a t-il aussi un peu de place dans leur imagination pour une tasse de café."

"La vie est aussi simple que de traverser le Nouveau-Mexique à bord d'une Jeep d'emprunt, avec, près de moi, une fille si jolie que, chaque fois que je la regarde, je me sens bien des pieds à la tête."

mardi 27 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 23

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 23/24 : (Anonyme) - Le roman de Renart








C'est peut être avec celui-là que j'ai vraiment découvert les joies de la lecture. 
Classique parmi les classiques sans le côté "intouchable et nombriliste" qui accompagne trop souvent les bouquins dits "classiques".
Mon premier émoi de lecture il y a plus de 30 ans... mais une relecture plus qu'enrichissante avec les yeux d'un adulte.


Extrait :
"Profitant de l'absence d'Ysengrin, Renart prétend éprouver de l'amour pour la louve Hersent qui se laisse séduire et lui cède. Non content de son forfait, le goupil s'en prend aux louveteaux qu'il humilie un à un. Sitôt de retour, Ysengrin s'élance avec Hersent à la poursuite de Renart. Mais leurs chemins divergent et la louve se retrouve coincée dans un terrier trop étroit. Sous prétexte de la dégager, Renart abuse à nouveau d'elle, mais cette fois sous les yeux mêmes d'Ysengrin ! Renart se sauve après l'avoir moqué et ridiculisé"

Lecture : Jacky Schwartzmann - Mauvais coûts

Tous les chemins mènent à l'écriture. C'est logique, l'écriture c'est la base. Enfin d'accord je prêche pour ma paroisse mais bon... Jacky Schwartzmann n'est pas seulement une identité à faire péter les scores d'un concours de scrabble à la maison de retraite de Paray le Monial. Je tiens à préciser que j'ai choisi cette commune tout à fait par hasard, écrivant la première qui m'est passée par la tête et dont les habitants sont appelés les Parodiens - du coup certains d'entre vous auront appris quelque chose en lisant ces lignes et ça c'est déjà pas mal. Mais je poursuis car il serait dommage de passer à côté de l'objectif principal de cette petite chronique : vous donner envie de lire "Mauvais coûts".
Alors d'accord j'évente la surprise de la sentence mais on s'en fiche, je ne suis aucune logique. Alors à part cette histoire de scrabble, l'auteur derrière Jacky Schwartzmann est né en 1972 et a obtenu un DEUG de philosophie à la faculté de Besançon. Tous les chemins mènes à l'écriture donc, et même la philosophie ! Après son diplôme, l'homme arrête ses études pour se consacrer à l'écriture, enchaîne les petits boulots pour vivre et envoie ses manuscrits jusqu'à gagner en 2003 un concours du premier roman. Bon. Quand je lis ça, je me dis que ce type a eu à 20 ans la vie que j'aurais aimée avoir si j'avais eu les couilles de le faire. Et je ne parle même pas de gagner un concours ou de se faire publier. Juste d'avoir les tripes pour aller à l'essentiel. Enfin bref.

"Mauvais coûts" a été publié en 2016 par l'éditeur lyonnais "La fosse aux ours" - éditeur chez qui je pourrais envoyer le manuscrit de "Brûler à Black Rock" ou même le manuscrit final du projet "Manx" en cours d'écriture... (encore une histoire de tripes ou de couilles j'imagine). 
Il s'agit d'un petit roman furieusement noir qui s'attaque aux pratiques en vigueur dans les grandes entreprises sous couvert d'une fiction que l'on imagine à peine exagérée. Le narrateur est un acheteur sans scrupule pour le compte d'une multinationale où les relations humaines sont à l'état de guerre de tranchée entre services. Promenant un regard désabusé sur la décrépitude qu'est devenue sa vie familiale et professionnelle, il s'enfonce dans une sorte de folie quotidienne qui ressemble trait pour trait à la folie quotidienne de tous ceux qui l'entourent... jusqu'à l'explosion libératrice (ou pas!). 
Le style est volontairement sec, un brin provocateur, et on sent que l'auteur a pris un vrai plaisir à dépeindre ces décisions débiles qui président aux vies des employés d'une multinationale, la folie du système hiérarchique castrateur des n+1, l'absurdité des tâches quotidiennes confiées à des collaborateurs dépassés par chaque décision qui les impacte. On ne lâche plus ce bouquin très addictif, vite lu et qui laisse un arrière goût étrange dans la bouche, quelque part entre un enthousiasme jubilatoire et un sale goût de réalité à peine travestie pour tous ceux qui bossent dans une multinationale et qui sont confrontés aux travers décrits dans ce bouquin. J'avais l'impression que le narrateur de ce bouquin décrivait ma propre entreprise et ça parlera donc à beaucoup de lecteurs perdus dans une vie "remplissage de frigo" qui à force d'absurdité en devient hilarante.

Extrait : "Je terminai ma visite par l'atelier, où les gars aux mains noires et calleuses et aux convictions mouvantes tentaient de travailler un peu entre deux revendications. Je l'aimais bien, l'atelier. J'aimais bien les vingt têtes de veau qui y officiaient et qui rivalisaient d'originalité pour trouver un moyen de faire chier l'ennemi public numéro 1 : le comité de direction, dit le CODIR. Ils étaient très forts. La plupart bénéficiaient de postes aménagés, du fait de handicap tous plus aberrants les uns que les autres. Gilles ne pouvait pas soulever de poids supérieur à trois kilos et il n'avait pas le droit de visser ou dévisser, à cause de ses coudes. Il servait à pas grand chose. Il était là, il était juste là. Sylvain, un gaillard fort comme un bœuf, avait le dos en vrac et ne pouvait pas rester debout plus de vingt minutes - sauf le dimanche, jour de foot... Et j'en passe. La palme revenait à Giuseppe, un vieux rital malin qui avait un certificat médical le dispensant de balayer l'atelier. Oui. A cause de la poussière. Giuseppe avait trouvé un médecin assez con pour lui signer ça. Un ophtalmo, en fait. Ses yeux ne supportant pas la poussière, la pratique du balayage lui était interdite."

Calendrier de l'avent : Jour 22

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 22/24 : John Fante - Bandini







Extrait :
"Le petit-déjeuner pour trois garçons et un homme. Il s’appelait Arturo, mais détestait ce prénom ; il aurait aimé s’appeler John. Son nom de famille était Bandini, mais il aurait préféré Jones. Sa mère et son père étaient italiens, il les aurait voulu américains. Son père était poseur de briques, il l’eût préféré lanceur pour les Chicago Cubs. Ils habitaient Rocklin, Colorado, dix mille habitants, et il voulait habiter Denver, à trente milles de là. Son visage était couvert de taches de rousseur qu’il haïssait. Il fréquentait une école catholique, il aurait préféré une école publique. Sa petite amie s’appelait Rosa, mais elle le détestait. Enfant de chœur, il était un vrai diable et haïssait les enfants de chœur. Il voulait être bon garçon, mais il redoutait d’être bon garçon, car il craignait que ses amis ne le traitent de bon garçon. Il s’appelait Arturo et il aimait son père, mais il vivait dans la hantise du jour où il serait assez costaud pour rosser son père. Il adorait son père, mais prenait sa mère pour une mijaurée doublée d’une idiote."

lundi 26 décembre 2016

Lecture : Philip Roth - Goodbye Columbus

Il y a quelques années (c'était en 2012) Philip Roth a décidé de ne plus écrire. Alors que cette décision se révélerait une bénédiction pour certains tâcherons d'écrivains que la bienséance m'interdit de nommer, en ce qui concerne un auteur du calibre et du talent de Roth, cela a de quoi laisser perplexe. Auteur encensé par la critique et adulé par les lecteurs - notamment en France - régulièrement cité dans les favoris du Nobel de Littérature, une pareille décision a de quoi interpeller. 
En annonçant cette nouvelle qui a estomaqué le petit monde de la littérature, il précisait dans une interview donnée aux Inrocks : Je n’ai pas l’intention d’écrire dans les dix prochaines années. Pour tout vous avouer, j’en ai fini. "Némésis" sera mon dernier livre. Regardez E.M. Forster, il a arrêté d’écrire de la fiction vers l’âge de 40 ans. Et moi qui enchaînais livre sur livre, je n’ai rien écrit depuis trois ans. J’ai préféré travailler à mes archives pour les remettre à mon biographe. 
Allant même plus loin, Philip Roth annonçait la mort proche du roman et son intention de non seulement ne plus en écrire, mais également de ne plus en lire. Alors en attendant de lire son hypothétique biographie, il nous reste une liste de plus de 25 romans et de recueils de nouvelles à nous mettre sous la dent.

J'ai découvert Philip Roth avec "Pastorale américaine", sixième roman du cycle de Nathan Zuckerman mais qui peut tout à fait se lire de façon indépendante, ce que j'ai d'ailleurs fait au début des années 2000. Ce bouquin-là reste à mes yeux ce que j'ai lu de mieux de l'auteur.

Toutefois, à l'image de ce que je suis également en train de faire avec Jim Harrison, j'essaye de lire les livres de Roth dans leur ordre chronologique ou à peu près. Au menu donc : "Goodbye Columbus", un recueil de six nouvelles écrites entre 1957 et 1959.
Dans cette édition de poche Folio Gallimard traduite par Céline Zins, le Roth moderne (de maintenant) se penche sur ces textes de jeunesse dans une préface en forme de mea culpa. Dans ces feuillets qui précèdent les six textes, il y annonce avec une fausse modestie typique combien ces nouvelles sont imparfaites et un reflet de ce qu'il ne faut pas faire quand on écrit. Il va sans dire que beaucoup d'auteurs aimeraient mal écrire comme Roth. Néanmoins, il n'a pas tout à fait tort : certaines de ces nouvelles sont maladroites et relèvent plus du tâtonnement d'un auteur qui cherche sa voix et non de l'oeuvre majeure comme il en écrira par la suite. Pourtant déjà on trouve dans ces textes les thèmes chers à Roth qu'il n'aura de cesse d'explorer plus profondément ensuite : la place du juif dans l'Amérique de l'après guerre et la place du sexe dans la vie d'un homme, juif de surcroît. Ceux qui ne connaîtraient pas Roth pourraient être refroidis par ce programme et encore une fois, ces nouvelles ne constituent pas ses meilleurs textes. Toutefois, la seule nouvelle "Défenseur de la foi" mérite à elle seule la lecture de ce recueil. Dans ce texte qui place la question de la religion juive dans l'armée de l'oncle Sam, on retrouve déjà l'humour corrosif et fin, le regard critique et aiguisé d'un grand écrivain en devenir. Les autres textes m'ont moins marqué. Cependant, il faut lire ce recueil comme ce qu'il est : les premiers essais littéraires d'un auteur majeur de la littérature mondiale moderne. Et qui plus est, un auteur qui est retraité depuis 2012.  

Calendrier de l'avent : Jour 21

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 21/24 : William Golding - Sa majesté des mouches





Quatrième de couverture :

"Une bande de garçons de six à douze ans se trouve jetée par un naufrage sur une île déserte montagneuse, où poussent des arbres tropicaux et gîtent des animaux sauvages. L'aventure apparaît d'abord aux enfants comme de merveilleuses vacances. On peut se nourrir de fruits, se baigner, jouer à Robinson. 
Mais il faut s'organiser. Suivant les meilleures traditions des collèges anglais, on élit un chef. C'est Ralph, qui s'entoure de Porcinet, «l'intellectuel» un peu ridicule, et de Simon. Mais bientôt un rival de Ralph se porte à la tête d'une bande rivale, et la bagarre entre les deux bandes devient rapidement si grave que Simon et Porcinet sont tués. Ralph échappe de justesse, sauvé par l'arrivée des adultes. Ce roman remarquable a un sens allégorique qu'il n'est pas difficile de comprendre : c'est l'aventure des sociétés humaines qui est tragiquement mise en scène par les enfants. Mais l'œuvre vaut avant tout par la description de leur comportement et par l'atmosphère de joie, de mystère et d'effroi qui la baigne."

mardi 20 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 20

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 20/24 : Jorge Luis Borges - Fictions





Extrait :

"Une des écoles de Tlön en arrive à nier le temps ; elle raisonne ainsi : le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent. Une autre école déclare que tout le temps est déjà révolu et que notre vie est à peine le souvenir ou le reflet crépusculaire, et sans doute faussé et mutilé, d’un processus irrécupérable. Une autre, que l’histoire de l’univers – et dans celle-ci nos vies et le plus ténu détail de nos vies – est le texte que produit un dieu subalterne pour s’entendre avec le démon. Un autre, que l’univers est comparable à ces cryptographies dans lesquelles tous les symboles n’ont pas la même valeur et que seul est vrai ce qui arrive tous les trois cents nuits. Une autre, que pendant que nous dormons ici, nous sommes éveillés ailleurs et qu’ainsi chaque homme est deux hommes."

lundi 19 décembre 2016

Calendrier de l'avent : Jour 19

Petite série de 24 minuscules billets en forme de calendrier de l'avent pour célébrer les 24 meilleurs bouquins de mon panthéon. Sans prétention autre que celle de s'amuser en donnant des conseils de lecture. Pas d'ordre qualitatif non plus. Bref, auberge espagnole : chacun picore ce qu'il veut.

Jour 19/24 : Charles Bukowski - L'amour est un chien de l'enfer









Extrait :
je pense à des voitures garées dans
un parking
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à des poêles à frire
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à quelqu'un te faisant l'amour
en mon absence
 
quand je pense à ma propre mort
j'ai de la peine à respirer
 
quand je pense à ma propre mort
je pense à tous les autres qui attendent la leur
 
quand je pense à ma propre mort
je pense que je ne pourrai plus
jamais boire de l'eau
 
quand je pense à ma propre mort
l'air devient tout blanc
 
et les cafards dans la cuisine
se mettent à trembler
et quelqu'un devra jeter
mes sous-vêtements propres ou sales
à la poubelle.