
lectures, écritures, avis, combats perdus d'avance et instantanés périmés, morts-nés et autres occlusions de conscience en attendant la suite.
dimanche 31 mai 2020
Journapalm 295

samedi 30 mai 2020
Journapalm 294

Le lundi de pentecôte pourtant sa voiture n’a pas retrouvé la maison. Ironie du destin diront les compagnons de beuverie, il est mort en s’encastrant dans le mur de la fabrique de bière sans alcool.
vendredi 29 mai 2020
L'extrait du... 29 mai

"Nous vous renvoyons votre roman, non parce qu'il n'est pas publiable, mais parce que le marché, actuellement, n'est guère réceptif à des histoires de camionneurs ivres transportant du bois, de bouseux et de chasse au cerf. […]"
C'était signé par un quelconque connard. Je n'ai pas lu son nom. J'ai glissé une feuille de papier dans ma machine et j'ai rédigé ma réponse :
"Vous, monsieur, n'êtes qu'un ignare. Comment pouvez-vous savoir que ça ne se vendra pas, bordel, si vous n'essayez même pas ? Et puis, est-ce que vous croyez que je peux vous en chier un autre en cinq minutes ? Ce putain de roman m'a pris deux ans de travail. Avez-vous la moindre idée de ce que ça coûte à quelqu'un ? Vous aimez jouer au Dieu tout-puissant avec nous, là-haut. Vous avez gardé mon manuscrit trois mois sans même le faire passer à des éditeurs. Alors que moi, pendant ce temps-là, je croyais que quelqu'un se tâtait pour l'acheter. Je regrette que vous ne soyez pas dans le coin. Je vous botterais le cul. Je vous le défoncerais à coups de pompes et j'y ferais un trou boueux que j'essuierais avec mes semelles. Espèce de bouffeur de merde. Je vous souhaite de perdre votre job. De toute façon vous le faites comme un con. Je souhaite que votre femme vous file la chaude-pisse. J'aimerais bien que vous fassiez mon boulot et moi le vôtre. Ça vous dirait de peindre quelques maisons par quarante degrés ? Je peux vous garantir que c'est pas si marrant que ça. Je vous souhaite de vous faire écraser par un taxi en rentrant chez vous. Et puis de crever au bout d'un mois dans des douleurs atroces."
J'ai remonté la feuille et je l'ai lue. Elle m'a paru pas mal. Elle exprimait exactement ce que j'éprouvais. Grâce à elle, je me sentais bien mieux. Je l'ai relue, puis je l'ai sortie de la machine, je l'ai déchirée et je l'ai jetée. »
Larry Brown - 92 jours (Gallimard, trad. Pierre Furlan)
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Journapalm 293

Lorsque le pilote en commanda un troisième, la fille derrière le bar manifesta de l'agacement.
- Vous devriez peut être arrêter là, vous n’avez pas un vol pour la Terre ?
- Et alors ? t’as de la famille dans le vaisseau ?
- Non mais ma mère est d’origine poulpe…
jeudi 28 mai 2020
Journapalm 292

Interrogée par la police, la jeune femme aurait déclaré qu’elle recherchait la tombe du grand Georges dont elle aimait tout particulièrement le Supplique. On lui rétorqua qu’elle aurait dû pour cela se rendre directement au cimetière de la ville.
« L’idée m’a effleuré, admit-elle visiblement très déçue. Mais je la trouvais bien trop conventionnelle. »
mercredi 27 mai 2020
Richard vous attend !
Il parait qu'il faut un pitch pour vendre un livre, que ça aide. Je ne suis
pas très à l'aise avec cet exercice. Lorsqu'il faut pondre un argumentaire à
coller en quatrième de couverture d'un livre, je me sens au pied d'une
ascension qui me parait plus difficile que celle de l'écriture du livre lui-même.
Résumer une histoire, réduire des personnages que l'on a côtoyés parfois des
centaines de pages en une ou deux phrases me parait au-dessus de mes forces.
D'ailleurs lorsque j'entre dans une librairie, je ne lis jamais les quatrièmes
de couvertures.
Quoi qu'il en soit, je vais tenter l'exercice pour présenter
"Richard, vu de dos".
Ce bouquin va vous parler de Richard (forcément), un septuagénaire qui vit seul ou
plutôt avec ses chiens, dans une maison isolée d'un hameau imaginaire mais
bien réel (à moins que ce ne soit le contraire) dans les gorges de la
Jonte. Bon, mais forcément, ça ne remplit pas 160 pages l'histoire de Richard et de ses chiens, alors j'y ai ajouté des amis, une obsession étrange et un secret bien gardé. Sans oublier une histoire de famille. Bon, voilà, je recommence à vouloir trop en dire ou pas assez, ou mal, ou tout à la fois. Le mieux que vous ayez à faire reste peut-être de commander le livre et de le lire pour connaître l'histoire de Richard.
Version papier ou version kindle uniquement disponibles sur Amazon puisque c'est la filiale du géant impérialiste qui désormais imprimera à la demande mes livres (tous les autres seront progressivement disponibles dans le même format et au même endroit). C'est un peu moins cher pour vous, un peu plus simple pour moi. Merci de diffuser le lien à qui bon vous semblera pour ménager un bon accueil à Richard, à ses chiens et aux gorges de la Jonte !
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Journapalm 291

- Pas question, ai-je répondu, dis-lui que j’ai le vertige.
mardi 26 mai 2020
Richard bientôt déconfiné !

"Richard, vu de dos", dernier roman en date aura donc subi un confinement mais aussi un déconfinement pendant lequel il aura affronté un changement d'imprimeur... On peut dire que pas grand chose ne lui aura été épargné, lui qui a également connu deux faux départs entre fin août et début octobre 2019 lorsque j'ai jeté deux débuts de manuscrits et une bonne centaine de pages au total.
Mais qu'importe, ce bouquin sera enfin disponible en version papier et en version kindle d'ici 48 heures... Les ultimes confirmations et validations ont été faites ce matin à réception du bon à tirer. Plus d'informations sur le livre et les liens pour se le procurer dans la semaine...
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Journapalm 290

Désormais réfugié politique, il vit des droits d’auteur de son livre « Ma femme est un ours comme les autres » qui déchaine les passions des féministes et des ligues de défense des animaux sauvages.
lundi 25 mai 2020
L'extrait du... 25 mai

Emmanuel Venet - Rien (Verdier)
Journapalm 289

dimanche 24 mai 2020
Journapalm 288

Il a donc fondé la société « Tigre ou Violon » spécialisée dans les missions d’assassinats à la demande.
Après deux mois à peine, il compte plus de trois cent clients. Incroyable le nombre de personnes prêtes à assassiner quelqu’un pour une simple question de marque sur la place publique.
samedi 23 mai 2020
Journapalm 287

Un dimanche matin de mai ils ont éclos à la surface du grand bassin des jardins du Luxembourg avec un « flop » exotique, occasionnant un mini tsunami qui a fait chavirer un voilier miniature.
vendredi 22 mai 2020
L'extrait du... 22 mai

La piscine est bordée sur ses largeurs de cactées géantes en pots et, sur une de ses longueurs, une barrière végétale constituée de volumineux agaves en rang la protège des regards extérieurs. Alentour se déploie une terrasse en marbre antidérapant ponctuée de jarres vernissées dans lesquelles se développent du Melianthus major ou du Fatsia japonica. Des fauteuils en fibre de chanvre, chaises longues en cuir de lézard noir et tables basses en ronce de benjoin définissent un salon d’été, autour d’une desserte supportant nombre d’alcools faibles et forts, sodas, boissons énergétiques, avec un seau à glace en vermeil repoussé au flanc duquel, tendrement, le soleil vient de poser un lascif reflet. On est chez les riches, il fait beau."
Jean Echenoz - Vie de Gérard Fulmard (Minuit)
Journapalm 286

jeudi 21 mai 2020
Journapalm 285

mercredi 20 mai 2020
Journapalm 284

Mais la veille de Noël, Paul n’est pas rentré à Brest. Victime d’une défaillance, la voiture autonome s’est encastrée sur le pilier d’un pont autoroutier. La boite noire montrerait qu’elle cherchait à regarder le film, elle aussi.
mardi 19 mai 2020
Journapalm 283

lundi 18 mai 2020
L'extrait du... 18 mai

Paul Auster - 4321 (Actes Sud, trad. Gérard Meudal)
Journapalm 282

Les adhésions affluaient lorsque le 4 janvier, il reçut un courrier d’un avocat du Massachussetts l’informant qu’un certain Paul Munster, président de l’ABD (Association des Boulangers Déracinés) portait plainte contre lui pour usurpation d’acronyme boulanger.
Le 8 janvier, pour les départager, fut fondée l’ABD (Association des Boulangers Duellistes). Unique survivant des protagonistes de cette histoire.
dimanche 17 mai 2020
Journapalm 281

- Papa, on part quand en Afrique ?
Je ne peux pas lui répondre « jamais ma chérie » puisque jamais est un mot interdit depuis que nous avons accueilli deux martiens pour les dernières fêtes de Pâques. Alors à la place je lui sers un grand bol de céréales saturé d’acides gras et de sucres.
Je sens que l’été va être rudement long.
samedi 16 mai 2020
Autoédition : Victoire d'Amazon

Je viens de céder aux sirènes de la plateforme KDP, la filiale d'Amazon qui se spécialise dans l'édition à la demande de livres papier et numérique. Pour quelqu'un qui se fait un point d'honneur à ne RIEN commander chez Amazon, ça la fout mal. Bon, techniquement, je continue à ne RIEN leur commander mais c'est une simple vue de l'esprit. Alors, comment on en est arrivé là, comment j'ai lâché les services de la plateforme "Lulu" avec laquelle j'ai autoédité tous mes livres ?
Pendant le confinement j'ai reçu plusieurs mails de Lulu m'informant que suite à des modifications sur les structures des fichiers utilisés pour fabriquer mes livres, il convenait de faire des vérifications car peut être mes livres ne sont plus imprimables. Comme j'étais en pleine correction de "Richard, vu de dos", je ne m'en suis pas occupé tout de suite.
Vers le 20 avril, j'avais fini la correction et j'ai donc lancé l'édition du bon à tirer de ce nouveau roman sur le site Lulu. Avec à la clé pas mal de difficultés car le site a complètement changé son ergonomie (pour faire franchement pire) mais j'ai réussi à finaliser le bon à tirer. Confinement en cours, j'ai attendu trois semaines pour recevoir ce dernier. Entre temps, je ne m'occupe plus de tout cela, et je bascule sur l'écriture d'une nouvelle - réécrite deux fois et terminée depuis.
13 mai : le bon à tirer arrive enfin. Et là, je constate plusieurs problèmes : interlignes qui ont sauté, saut de page oublié... Et en prime quelques coquilles qui ont échappé à mes dernières séances de relecture. Tel Pénélope se remettant une nouvelle fois à l'ouvrage pour corriger, j'édite une nouvelle version du fichier Word utilisé. Et là, après une heure à tout vérifier, je m'apprête à télécharger le fichier sur Lulu quand je constate que depuis la nouvelle plateforme, on ne peut plus utiliser de fichier DOC comme avant, mais uniquement des fichiers PDF. En tournant sur le site je constate que les changements ne s'arrêtent pas là, car plusieurs de mes livres ont des alertes sur le processus de distribution (alors que je n'avais jamais eu un seul problème en plusieurs années d'utilisation). Un peu à cran, je transforme donc le DOC en PDF en râlant car oui, je vieillis et je développe une tendance à la crispation dès que je fais face à une perte de temps impromptue (pléonasme ? à voir) En tous les cas mon temps disponible, je préfère le passer à lire ou à écrire qu'à faire de la mise en page sur un site à la ramasse.
Le PDF se charge, il faut attendre que les automates de vérification de la plateforme rendent leur verdict. J'attends quelques instants et là, messages d'erreur sur la transparence incorrecte de mon fichier, plus d'autres messages d'erreur exotiques et franchement pénibles car sibyllins et sans aucune aide pour en trouver la cause... C'en est trop, je rends mon tablier. Merde à Lulu et compagnie !

En résumé c'est très simple : KDP (filiale d'Amazon) est la plateforme plébiscitée en France et ailleurs car c'est à la fois la plus simple et la moins chère. Elle permet en outre de transformer un livre papier en ebook en un clic. Grosse crise d'introspection (Amazon c'est le diable!) et puis je craque. Tant pis, Amazon a gagné, je vais faire comme les autres, je vais choisir la facilité et surtout le prix le moins cher pour mes rares lecteurs.
Pour déculpabiliser, je me dis que de toute façon, les autres plateformes appartiennent elles aussi à des géants de l'édition ou du numérique. Et que bon, on parle de quoi au fond, cinq exemplaires de chaque roman que je vais vendre ? Moi, tout petit auteur modeste inconnu et moucheron je ne vais pas aller combattre les chimères avec ma bite et mon couteau. Alors voilà, j'envoie le fichier DOC de "Richard, vu de dos" corrigé sur la plateforme KDP. Et là, franchement, faut reconnaître que c'est autrement mieux fichu que sur Lulu. Tout est clair, facile, ça se charge sans erreur et même l'étape de conception des couvertures est plus ergonomique. Quant à l'outil de vérification avant validation, il est carrément très bien fichu. Et lors de la simulation du prix, celui-ci est tout de suite divisé par deux par rapport à Lulu. Bon, reste maintenant à recevoir le bon à tirer pour savoir si vraiment c'est impeccable. Et si ça l'est, alors je vais supprimer mon compte Lulu et remettre à disposition tous mes livres avec KDP...
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publication
Journapalm 280

Dans son rêve, des créatures fantastiques, à la fois amphibies et ailées, déchirent les flots et crachent du feu. Malgré sa bravoure, il finit par succomber dans de chaudes souffrances.
Se réveillant d’un coup, il appele sa femme et lui demande de le pardonner. Promis, ils vont retrouver leur vie morne et inintéressante, c’est plus sûr.
vendredi 15 mai 2020
Journapalm 279

Arrivée devant le feu rouge, il rétrograde et s’arrête.
- Hé chérie, réveille-toi ! Dis, on réserve le camping pour juillet ? Ils disent qu’on peut.
- Je crois pas que ça soit vraiment prudent avec le virus. Pourquoi pas à la montagne, plutôt ?
jeudi 14 mai 2020
Journapalm 278

L’enquête dira ce que fichait cet éléphant dans le centre-ville de Marseille. En revanche les experts sont formels sur un point : les éléphants ne savent pas lire les panneaux de signalisation.
mercredi 13 mai 2020
Journapalm 277

C’est en arrivant dans la cuisine qu’elle aperçoit le corps de son mari découpé en morceaux dans des sacs posés au sol. Sur ce parquet neuf auquel elle n’est pas encore habitué et qui la ravit chaque matin lorsqu’elle le découvre.
mardi 12 mai 2020
L'extrait du... 12 mai

Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
– C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures videsEt que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants."
Léopold Sédar Senghor - Ethiopiques (Le Seuil)
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Léopold Sédar Senghor,
Poésie
Journapalm 276

Quelques heures après l’arrêt du confinement, il a décidé que cela ne changerait rien pour lui. La grosse bête réparée est ressortie de son trou pour courir dans les centres commerciaux épancher sa soif mercantile. Lui, il est retourné dans les bois.
lundi 11 mai 2020
Journapalm 275

Cèpes, giroles et oronges constituent leur triptyque royal, auquel s’ajoutent une flopée d’autres champignons comestibles. Sur ce territoire de plusieurs cantons, la famille R n’admet aucune concurrence. Et si certains essayent, les forêts et les bois constituent d’excellents tombeaux naturels favorisant la poussée des champignons.
dimanche 10 mai 2020
Journapalm 274

samedi 9 mai 2020
Journapalm 273

vendredi 8 mai 2020
Journapalm 272

Arrivé au cœur de l’aridité solitaire à dos de chameau grabataire, il a posé les pieds au sol avec le sentiment de toucher le paradis. Jouissant du silence et de la solitude quelques instants avant qu’une caravane de plusieurs centaines de marchands ambulants ne vienne s’installer autour de lui, marquant le début de la grande braderie annuelle du désert.
jeudi 7 mai 2020
Journapalm 271

- Je sais bien madame mais tout de même, en plein supermarché...
- C’est arrivé comme ça je vous dis, je n’ai pas calculé !
- Oui mais tout de même. De là à fracasser le crâne de votre mari avec un espadon !
- Mais j’étais devant le rayon surgelés, c’est comme ça, je n’y peux rien !
mercredi 6 mai 2020
Perdu au supermarché : la version de Ginsberg

I'm all lost
I'm all lost
I'm all lost
I'm all lost in the supermarket (...)
En 1979, les Clash chantaient qu'ils étaient paumés dans le supermarché. Mais plus de vint ans auparavant, de l'autre côté de la grande mare étiquetée Océan, Allen Ginsberg écrivait un poème rempli lui aussi de supermarché, de grande distribution américaine et de Walt Whitman. En voici un extrait, tiré de la version de Christian Bourgois Howl et autres poèmes (traduction Robert Cordier).
Voilà ce qui me vient à ton propos ce soir, Walt Whitman, car j’ai arpenté les contre-allées, gêné par un mal de tête, et j’ai regardé la pleine lune à travers les arbres. Fatigué et affamé, cherchant des images à consommer, je suis entré dans un supermarché aux fruits de néon, en rêvant à tes énumérations !
Quelles pêches et quelles éclipses ! Des familles entières qui font leur course en pleine nuit ! Des allées pleines de maris ! Les femmes dans les avocats, les bébés dans les tomates — et toi, Garcia Lorca… Que faisais-tu parmi les pastèques ?
Je t’ai vu, sans enfants, Walt Whitman, vieux tripoteur solitaire, farfouiller dans les viandes du réfrigérateur, tout en matant les jeunes livreurs.
Je t’ai entendu poser des questions à chacun. Qui a tué ces côtes de porc ? Combien les bananes ? Veux-tu être mon bon ange ? J’ai fait des allées et venues entre les étincelantes piles de boîtes de conserve en te suivant, suivi à mon tour, imaginais-je, par le vigile du magasin.
Nous avons parcouru ensemble des allées dégagées, unis par nos chimères solitaires, goûté des artichauts, savouré des friandises glacées, sans jamais passer à la caisse.
Où aller maintenant, Walt Whitman ? Les portes ferment dans une heure. Quelle direction indique ta barbe ce soir ? (Je pose la main sur un livre de toi, je rêve à ton odyssée dans un supermarché et je me sens idiot.)
Marcherons-nous toute la nuit dans des rues désertes ? Les arbres ajoutent de l’ombre à l’ombre ; les lumières dans les maisons seront éteintes et nous nous sentirons tous deux solitaires.
Flânerons-nous en regrettant l’Amérique de l’Amour, le long d’automobiles bleues, jusqu’à notre petite maison silencieuse ?
Ah, cher père, chère barbe-grise, vieux professeur de courage,
Quelle Amérique était la tienne, quand Charon a cessé de pousser son bac, que tu es descendu sur la berge fumante et que tu as regardé son bateau disparaître sur les eaux noires du Léthé ?"
I'm all lost
I'm all lost
I'm all lost in the supermarket (...)
En 1979, les Clash chantaient qu'ils étaient paumés dans le supermarché. Mais plus de vint ans auparavant, de l'autre côté de la grande mare étiquetée Océan, Allen Ginsberg écrivait un poème rempli lui aussi de supermarché, de grande distribution américaine et de Walt Whitman. En voici un extrait, tiré de la version de Christian Bourgois Howl et autres poèmes (traduction Robert Cordier).
"Un supermarché en Californie
Voilà ce qui me vient à ton propos ce soir, Walt Whitman, car j’ai arpenté les contre-allées, gêné par un mal de tête, et j’ai regardé la pleine lune à travers les arbres. Fatigué et affamé, cherchant des images à consommer, je suis entré dans un supermarché aux fruits de néon, en rêvant à tes énumérations !
Quelles pêches et quelles éclipses ! Des familles entières qui font leur course en pleine nuit ! Des allées pleines de maris ! Les femmes dans les avocats, les bébés dans les tomates — et toi, Garcia Lorca… Que faisais-tu parmi les pastèques ?
Je t’ai vu, sans enfants, Walt Whitman, vieux tripoteur solitaire, farfouiller dans les viandes du réfrigérateur, tout en matant les jeunes livreurs.
Je t’ai entendu poser des questions à chacun. Qui a tué ces côtes de porc ? Combien les bananes ? Veux-tu être mon bon ange ? J’ai fait des allées et venues entre les étincelantes piles de boîtes de conserve en te suivant, suivi à mon tour, imaginais-je, par le vigile du magasin.
Nous avons parcouru ensemble des allées dégagées, unis par nos chimères solitaires, goûté des artichauts, savouré des friandises glacées, sans jamais passer à la caisse.
Où aller maintenant, Walt Whitman ? Les portes ferment dans une heure. Quelle direction indique ta barbe ce soir ? (Je pose la main sur un livre de toi, je rêve à ton odyssée dans un supermarché et je me sens idiot.)
Marcherons-nous toute la nuit dans des rues désertes ? Les arbres ajoutent de l’ombre à l’ombre ; les lumières dans les maisons seront éteintes et nous nous sentirons tous deux solitaires.
Flânerons-nous en regrettant l’Amérique de l’Amour, le long d’automobiles bleues, jusqu’à notre petite maison silencieuse ?
Ah, cher père, chère barbe-grise, vieux professeur de courage,
Quelle Amérique était la tienne, quand Charon a cessé de pousser son bac, que tu es descendu sur la berge fumante et que tu as regardé son bateau disparaître sur les eaux noires du Léthé ?"
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Poésie
Journapalm 270

Leur histoire vouée à l’échec s’est achevée à Plougonvelin, sur la pointe Saint-Mathieu… Pas vraiment à mi-chemin de Paris et de la Californie, mais avec le cri des mouettes du Finistère pour bande son.
mardi 5 mai 2020
L'extrait du... 5 mai

"La dictature parfaite: une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader.
Un système d'esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude."
Aldous Huxley - Le meilleur des mondes
(Pocket, Trad.Jules Castier)
Journapalm 269

Bien des années plus tard, cherchant de la place dans le salon, elle suggéra de monter les albums au grenier. Il comprit que le moment était venu de faire sa valise.
lundi 4 mai 2020
Journapalm 268

Cette fois, Alain l’accompagne dans une urne métallique. Lorsqu’elle renverse celle-ci au-dessus du vide, les cendres s'envolent en un éclair. Et elle pense que c'est tout de même drôlement rapide pour des funérailles aussi chères.
dimanche 3 mai 2020
Journapalm 267

- C’est troublant que tu aies précisément oublié celui-ci.
- Pourquoi ?
- La devise du New Hampshire est : Vivre libre ou mourir.
- Et alors ?
- Et alors je te quitte. Je vais m’installer à Manchester.
- En Angleterre ?
- Non justement, dans le New Hampshire.
samedi 2 mai 2020
Journapalm 266

Une lueur d’espoir brilla dans l’œil maternel lorsque Albert se mit à lire « Jouer du piano ivre comme d'un instrument à percussion jusqu'à ce que les doigts saignent un peu » de Bukowski.
Elle espérait qu’il s’agissait d’une méthode moderne qui ferait aimer le piano à son fils. Mais en plus de rester éloigné de tout instrument de musique, Albert se mit à picoler davantage.
vendredi 1 mai 2020
Journapalm 265

Armée d’un canon à confettis elle vise au hasard dans le ciel d’ébène et tire. Le couvercle produit un plop pastique puis les confettis s’éparpillent au-dessus d’elle avant de retomber. Alors elle rentre chez elle, trempée de confettis collants : ce-matin, la pluie est multicolore.
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