vendredi 31 janvier 2020

SoRichard : 2ème jet & 11 jours

Après onze jours de réécriture, j'ai atteint le premier tiers du deuxième jet de "SoRichard", nom de code du roman en cours. 
11 jours, 100 000 signes. Facile ! Bon, c'est pas l'Everest mais avec le travail alimentaire et le quotidien à gérer, c'est toujours ça de pris. L'objectif d'avoir terminé la réécriture avant la fin du mois de Février est toujours atteignable.

21/01 :   9400 signes
22/01 :   6400 signes
23/01 :   8900 signes
24/01 :   3000 signes
25/01 : 10800 signes
26/01 : 13900 signes 
27/01 :   5500 signes
28/01 :   8000 signes
29/01 :   5600 signes
30/01 :   7000 signes
31/01 : 13100 signes

Journapalm 174

Robert voulait devenir le syndicaliste le plus radical et le plus incorruptible de l’histoire. Chaque soir avant de s’endormir il lisait les livres de chevet des marxistes les plus célèbres du siècle. Chaque matin après avoir déféqué dans ses toilettes décorées de la carte d’état-major datant de l’époque bénie de Staline, il exécutait une génuflexion devant le portrait de Karl Marx accroché sur la porte. En tête des cortèges, pilier de grève jusqu’au-boutiste, il devint le cauchemar de son patron. Mais quand ce dernier lui offrit une épaisse enveloppe de billets pour baiser sa femme, il accepta.

jeudi 30 janvier 2020

Lecture : Auður Ava Ólafsdóttir - Le rouge vif de la rhubarbe

La dramaturge, poète et romancière islandaise Auður Ava Ólafsdóttir qui a passé une partie de sa jeunesse étudiante à Paris a publié un premier roman en 1998, à l’âge de quarante ans, dont le titre original Upphækkuð jörð, littéralement "Terre surélevée" n’a été traduit qu’en 2016 chez Zulma sous le titre « Le rouge vif de la rhubarbe ». C’est-à-dire après la publication en français de ses trois romans suivants.

C’est le premier contact que je noue avec cette autrice nordique. Plus le temps passe et plus j’apprécie les écrivains qui savent aller à l’essentiel et ne pas étirer leurs intrigues sur des centaines et des centaines de pages… En la matière, ce petit roman pèse moins de 160 pages, une longueur parfaite. L’histoire est celle d’une jeune fille de quatorze ans qui vit dans la campagne islandaise loin d’une mère qui travaille à l’étranger, et confiée à la garde d’une femme qui vit chichement dans ce morceau de terre isolée, et qui s’occupe en confectionnant de la confiture de rhubarbe. Inutile de chercher du suspense ou une intrigue forte dans ce court roman, il s’agit d’une œuvre qui joue sur les atmosphères douces amères, un brin mélancoliques. Le schéma narratif se résume à une succession de pièces narrées les unes à la suite des autres, pour former une sorte de patchwork à l’intérieur duquel évoluent les quelques personnages qui en constituent l’univers. L’héroïne adolescente souffre d’un problème congénital touchant ses jambes et dont on apprendra l’origine plus tard dans le livre. Elle se déplace avec des béquilles en rêvant d’escalader la montagne toute proche pour voir plus loin, métaphore évidente de son besoin d’évasion. Pour retrouver sa mère absente ? Un père inconnu ?

Auður Ava Ólafsdóttir raconte une histoire simple en décrivant des odeurs, des scènes quotidiennes, avec une émotion et des nuances qui m’ont rappelé la plume du québécois Jaques Poulin dont j’avais lu quelques livres à la fin des années 90 chez Actes Sud.
Le personnage de la mère reste un peu distant, elle envoie des lettres à sa fille qui permettent d’entretenir un lien que l’on sent un peu brisé ou tout au moins désincarné. On espère parfois que les choses vont évoluer mais finalement ce livre suit une route qui lui est propre, loin de toute considération d’efficacité ou de grand chantier littéraire. Ce n’est clairement pas l’objet de ce roman, qui offre une parenthèse d’un peu plus de deux heures pour découvrir un paysage calme et reposant, parfois un peu naïf. Un voyage immobile qui fait du bien par là où il passe.
J’ai d’ores et déjà ajouté « Rosa Candida », autre roman de Auður Ava Ólafsdóttir à ma pile de lectures en attente.

Extrait :
"Elle avait promis à maintes reprises de ne pas descendre seule traîner sur le ponton. Avec ses béquilles, elle risquait de trébucher sur les déchets de poisson et de tomber dans la mer. 
— Le ressac t’emportera, lui disait Nína.
Personne n’aurait pu imaginer qu’au lieu du ponton, Ágústína mettrait le cap sur sa plage privée. C’est qu’elle est du genre téméraire. À la voir crapahuter avec ses béquilles, on aurait pu croire le contraire. Pendant ce temps-là, Nína épluchait les pommes de terre sans se douter de rien."
(...)
"Les doigts de pied au bord extrême et les genoux tremblants de vertige. À quelques brasses au-dessous d'elle, il y a un nid d'aigle. Elle touche de l'orteil une pierre, qui hésite sur l'arête avant de basculer. L'oiseau prend lentement un essor majestueux, comme un hélicoptère de sauvetage à la recherche d'une petite fille perdue dans la montagne. Non, comme un vieux bombardier blindé. L'ombre lourde de sa voilure pèse sur elle et occulte un bref instant le soleil tout neuf. Quand on est parvenu à trente mille pieds d'altitude, les fleurs de givre s' épanouissent distinctement sur le hublot de l'avion."

(Zulma, trad.Catherine Eyjólfsson)

Journapalm 173

Nous avons décollé un 13 juillet en début de nuit. Sous le cul du Boeing éclataient les feux d’artifice de la région parisienne. Dans le silence ouaté de l’avion, des explosions muettes sans odeur de poudre brûlée, juste des champignons de couleurs qui apparaissaient et disparaissaient au hasard de l’obscurité. 
J’ai somnolé un peu et quand j’ai rouvert les yeux, je n’étais plus là. Dans le bourdonnement du moyen-courrier, nous foncions vers l’Islande et derrière les hublots, le jour éternel de l’été polaire nous attirait comme des aimants. Sans le savoir, nous quittions la France pour toujours.

mercredi 29 janvier 2020

Journapalm 172

 
Bastien n’en peut plus. Encore des haricots verts ? Mais j’en ai mangé à midi à la cantine ! Sa génitrice est inflexible, elle n’a rien prévu d’autre et ne souhaite pas chercher un légume de substitution. Elle a sa conscience pour elle : les légumes verts c’est bon pour la santé.
L’âme amère, Bastien mange ses haricots résigné et dégoûté. La nuit, lorsque sa mère sera endormie, il ira piétiner les plants de haricots dans le jardin. Mais avant de sortir, il enfilera les chaussures de son frère aux semelles bien distinctives. 

mardi 28 janvier 2020

Lecture : William Carlos Williams - Paterson

William Carlos Williams (1883-1963) fut diplômé de médecine de l’université de Pennsylvanie en 1906, puis vint en Europe y apprendre la pédiatrie à l’université de Leipzig. Ensuite il pratiqua la médecine durant quarante années dans son village du New Jersey. L’histoire pourrait s’arrêter là et si tel était le cas, personne ne parlerait plus de cet homme mort depuis soixante ans. Sauf que William Carlos Williams pratiqua en parallèle de son activité principale de médecin une intense carrière littéraire qui le vit toucher à la poésie, au journalisme, à la fiction et à l’essai.

Rompant avec ses contemporains succombant aux délices de la vieille Europe, marquant sa différence avec Ezra Pound et T.S. Eliot, Williams va tracer sa propre route qui est avant tout celle d’un homme à la recherche de ses racines. Né d’un père anglais et d’une mère portoricaine, il ne se sent pas américain dans l’âme. Est-ce ce besoin d’origines qui va le pousser à décomposer la poésie au point de la moderniser à lui seul ? Bousculant les habitudes de l’époque, il agrémente ses poèmes d’éléments du concret et ose de nouvelles métriques poétiques. L’expérimentation se faisant chez lui habitude et sacerdoce, il fonde le mouvement objectiviste. Chantre de la poésie contemporaine, il va devenir une influence revendiquée pour de nombreux auteurs de la génération suivante (dont Allen Gisberg et Gary Snyder).
Paterson, New Jersey
« Paterson » est le nom de la ville de sa région de naissance qui sera également celle de sa mort. C'est également le titre de ce qui est pour de nombreux critiques, de son œuvre phare, publiée en cinq parties entre 1946 et 1958. Traduite en France en 1981, épuisée, il faut attendre 2005 pour que les éditions José Corti la rééditent.
Il s’agit d’un très long poème qui s’étire géographiquement des Chutes du Passaic, près de Paterson, jusqu’à New York. Composé de multiples parties où les passages en vers et en prose sont enchâssés dans une sorte de montage, ce poème alterne donc la versification (scènes urbaines) et la prose (articles, extraits de journaux ou de notes, correspondance). Forme inédite de la poésie, cette façon qu’ont les deux composantes de se répondre apporte un ton résolument moderne pour lire des lignes qui ont pourtant été rédigées dans l’après-guerre. L’objectivisme de Williams prend tout son sens dans ces vers. Lu en une seule traite, le recueil souffre parfois d’impressions de redites et de longueurs qui nuisent à la qualité subjective ressentie. C’est de mon point de vue une lecture qui doit se faire en plusieurs fois, entrecoupée d’autres ouvrages, pour mesurer toute la richesse stylistique et formelle que Williams y déploie.
On devine que l’entreprise de traduction française menée par Yves di Manno en 1981 (et qui a été revue pour cette réédition) n’a surement pas été de tout repos.

Extraits

"Car il existe un vent ou l'esprit d'un vent
dans chaque livre qui renvoie l'écho de la vie
jusqu'ici, un grand vent qui emplit les conduits
auriculaires jusqu'à ce que nous croyions entendre un vent
réel 

entraîner notre esprit."
(...) 
"Le monde est le lieu d'élection du poème.
Quand le soleil se lève, il se lève dans le poème
et quand il se couche l'obscurité descend
et le poème s'assombrit, 

on allume les lampes, les chats rôdent et les hommes
lisent, lisent - ou marmonnent, contemplent
ce que révèlent les lumières minuscules ou ce
ce qu'elles cachent ou ce que leurs mains cherchent 
dans le noir. "

William Carlos Williams – Paterson 
(José Corti, trad. Y.di Manno)

Journapalm 171

 
Quinze minutes de gloire chacun, prédisait Warhol… L’homme du vingt-et-unième siècle peut brûler un cierge chaque matin en l’honneur du dieu Youtube. Le site au logo rouge ne soigne pas davantage la solitude que les pilules bleues qui réveillent ses corps caverneux mais il aide à accomplir la prophétie Warholienne. 
Celui-là qui fait des tractions dans le vide en haut d’une grue a pris le soin de régler sa caméra pour bien cadrer son exploit. Manque de chance il chute avant la quinzième minutes. Comble de malchance, sa mort sera hors cadre. 

lundi 27 janvier 2020

Journapalm 170

La tradition voulait familiale voulait qu’il aille couper un sapin de noël le premier samedi de décembre. On n’en dérogeait pas : chaque année, le premier samedi de décembre, il montait dans sa voiture, rabattait la banquette arrière et partait en forêt. 
Une année, n’y tenant plus, il dit à son épouse qu’il existait des sapins artificiels plus écologiques. Le regard qu’elle lui adressa clôtura la discussion. Alors ce samedi-là, il découpa son épouse avant de partir et l’enterra à la place du sapin qu’il préleva. Scellant un pacte avec la forêt : s’il revenait, ce serait avec son fils. 

dimanche 26 janvier 2020

L'extrait du... 26 janvier

"Plus que jamais je suis perdu dans une Europe aveugle, indifférente au sort des nouveaux apatrides. Mes rêves de capitalisme et de monde libre, de voyage et de villes des arts et des lettres sont devenus des mouchoirs en papier usagés, utiles pendant un bref instant mais gênants après l’utilisation. Rien que des cendres. J’ai échangé la fin du communisme pour le crépuscule du capitalisme."

Velibor Čolić - Manuel d'exil (Gallimard)

Journapalm 169

« Mais si tu verras on va s’amuser, y’a plein de choses à voir à Paris, y’a même un métro aérien. » 
Jérémie ne voulait pas du tout passer les vacances à Paris. Il préférait rester ici avec ses copains d’école pour faire du vélo sur leur piste. Tout de même le métro aérien l’intriguait. Il s’imagina harnaché à un fauteuil dans un wagon accomplissant loopings et tonneaux à des vitesses prodigieuses. 
Après avoir vécu de l’intérieur la réalité du métro aérien, il écrivit à son père sur la carte postale "Paris ça craint".