mercredi 22 novembre 2017

L'extrait du... 22 Novembre

Charles Bukowksi - Piégé ( in L'amour est un chien de l'enfer (Grasset) ) 

un chien blessé
heurté par une voiture et qui se traîne
vers le trottoir
hurlant à la
mort
et devant tant de sang
qui coule de sa bouche et de son cul
vous frissonez.

je n'en crois pas mes yeux mais
je continue à rouler
comme si j'allais descendre le chercher
pour m'en occuper
m'occuper de ce chien agonisant sur Arcadia
sur un trottoir
alors que son sang s'infiltrerait
de partout, mouillant ma chemise,
mon pantalon, mon caleçon,
mes chaussettes, mes chaus-
sures. mais c'est juste
une velléité.
qui plus est, je songe au numéro 2
dans la première course
et j'essaie de deviner ce que ça donnerait
combiné avec le 9
dans la deuxième. c'est une journée
à me rapporter
140 $
du coup j'abandonne à sa solitude
ce chien agonisant
quasiment en face
du centre commercial
où les dames chic
s'amusent à marchander
tandis que le premier flocon
de neige tombe sur
la Sierra Madre.

samedi 18 novembre 2017

Knut, Ukyo & Ulysse

Je viens de terminer la correction de deux nouvelle écrites cet été et cet automne, juste après avoir publié "Des chardons dans la garrigue".

- La première, intitulée "Knut homme échasses", reprend le personnage de Knut  le coureur qui apparaissait dans le roman "Brûler à Black Rock". L'histoire se déroule à Boulder, dans le Colorado. La nouvelle fait 40000 signes. 

- La seconde, "Ukyo Ulysse Express" a pour cadre une île des Cyclades et s'intéresse à la rencontre de deux hommes que tout oppose. Je me suis efforcé de l'écrire au présent en guise d'exercice pour un prochain roman. Cette nouvelle fait 80000 signes (contre 100000 pour la première version).

Je vais maintenant commencer à travailler sur les préparatifs de mon prochain roman. Et certainement écrire une autre nouvelle dans le même temps.


jeudi 16 novembre 2017

L'extrait du... 16 Novembre

La relecture de tous les bouquins de John Fante que je viens d'entreprendre me plonge dans un état de ravissement indescriptible.
Bukowski avait bien raison. Tout y est...


"Tu lis tout le temps, il m'a dit. T'as jamais essayé d'écrire un livre?"
Ca a fait tilt. Dès cet instant, j'ai voulu devenir écrivain.

"J'en écris un en ce moment même", j'ai dit.
Il a voulu savoir quel genre de livre.
"Ma prose n'est pas à vendre, j'ai répondu. J'écris pour la postérité.
- J'ignorais ça, il a fait. T'écris quoi? Des nouvelles? Ou de la fiction pure?
- Les deux. J'suis ambidextre.
- Oh! J'ignorais ça aussi."


John Fante - La route de Los Angeles

jeudi 2 novembre 2017

Le retour de John

De retour d'un périple dans l'ouest américain qui s'est achevé à Los Angeles, j'ai décidé de me replonger dans la lecture de John Fante. J'ai peuplé les heures imbéciles passées dans le Boeing 777 à l'aller comme au retour à tenter de conserver mon enthousiasme en lisant "Les frères Karamazov" de ce bon vieux Fédor. Mais une fois de retour sur le sol français, j'ai vu avec émotion les 2 premiers volumes de l'intégrale des romans de Fante qui m'attendaient sur ma table de nuit. Et comme les choses sont parfois bien faites, le premier roman du premier tome de cette intégrale en trois volumes de chez Bourgois démarre avec "La route de Los Angeles". 
Relire (je devrais plutôt dire re-relire) John Fante reste un plaisir sans cesse renouvelé dont je ne me lasse pas. C'est la quatrième fois en vingt ans que je lis ce premier roman que pourtant l'auteur n'a publié que quelques années avant sa mort, au milieu des années 80. Aujourd'hui, je ne peux qu'admettre la réalité : sans John Fante, jamais je ne me serais remis à écrire. Et jamais je n'aurais autant aimé lire. 
Je ne saurais que vous encourager à vous plonger dans l'oeuvre de John Fante, très souvent et injustement saluée par la critique bobo branchouille que pour "Mon chien stupide" qui reste certes un roman sympathique mais qui n'a pas la verve ni l'emphase dramatique, ni même la rage - en un mot le caractère - de ce premier roman ou du formidable "Demande à la poussière". Mais qu'importe. Soyons magnanime. Tout est bon chez Fante. La preuve avec un extrait de "La route de Los Angeles" traduit par le toujours inspiré et incontournable Brice Matthieussent. 
Il s'agit de l'extrait d'une lettre que le narrateur, Arturo Bandini, laisse à sa mère à la fin du roman pour expliquer son départ de la maison où il vit seul avec sa génitrice et sa sœur. 

" Chère femme qui m'a donné la vie,
les vexations et les perturbations insupportables de cette soirée se sont subséquemment résolues en un état qui me précipite, moi, Arturo Bandini, vers une décision aussi gargantuesque que pantagruélique. 
Je vous en informe donc en termes décisifs. Ergo, je vous quitte sur l'heure, ainsi que votre charmante fille (ma soeur bien-aimée Mona) pour partir à la recherche des fabuleux usufruits de ma carrière naissante dans la plus profonde des solitudes. En d'autres termes, ce soir je pars pour la métropole orientale - notre Los Angeles, la cité des anges... Bien que sans le sou, je vous somme en termes catégoriques de mettre un terme à votre anxiété cérébrale relative à mon destin, car il repose véritablement entre les mains des dieux immortels. Au fil des ans, j'ai fait une lamentable découverte: vivre avec vous et Mona est totalement délétère et incompatible avec le but élevé et magnanime de l'Art "

vendredi 13 octobre 2017

Changement d'horizons...

Publications entre parenthèses les deux prochaines semaines pour cause de périple chez l'oncle Sam... RDV fin Octobre !

mercredi 11 octobre 2017

L'extrait du... 11 octobre

Je viens de me plonger dans la lecture des 970 pages de l'édition Folio de "Les frères Karamazov". Un pavé qui devrait remplir de façon efficace les heures de vol entre Lyon et San Fancisco dans les prochains jours. 
C'est l'occasion de signaler un extrait  de ce bouquin écrit en 1880 mais qui reste d'une actualité piquante.

"A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie ; cependant, loin d’atteindre le but, tous les efforts humains n’aboutissent qu’à un suicide total, car, au lieu d’affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète. En effet, en ce siècle, tous sont fractionnés en unités. Chacun s’isole dans son trou, s’écarte des autres, se cache, lui et son bien, s’éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence ; il ignore, l’insensé, que plus il amasse plus il s’enlise dans une impuissance fatale."

vendredi 6 octobre 2017

L'extrait du... 6 Octobre

Ayant achevé hier, après 20 jours de travail moyennement acharné d'écrire le premier jet d'une nouvelle de 100 000 signes environ, provisoirement intitulée "Ulysse", je ne résiste pas au plaisir de diffuser ici-même un extrait du "Ulysse" de Joyce. Il s'agit d'un extrait du Chapitre XII "Les Cyclopes", dans la traduction supervisée par Jacques Aubert pour Folio. 
"A propos de la nouvelle Irlande il devrait commencer par se payer un nouveau chien. Cet animal galeux et boufferont qui passe son temps à renifler et à éternuer partout dans tous les coins et qui gratte ses croûtes et le voilà qui va tourner autour de Bob Doran qui régalait Alf d’un demi et qui se met  à le lécher pour essayer d’obtenir quelque chose. Et ça manque pas. Bob Doran se met à faire le con avec lui :
– Donne la patte ! Donne la papatte,, chienchien ! Mon bon chien. Donne la patte, là, c’est bien ! Donne la papatte !
Et merde ! Foutre de patte qu’il voulait patoche et Alf qui essayait de l’empêcher de dégringoler de ce foutu tabouret sur ce foutu clébard et l’autre qui n’arrêtait pas de radoter sur le dressage par la douceur, un chien de race, un chien bien intelligent : je t’en foutrais, moi. Le voilà qui se met à gratter les vieilles miettes de biscuits dans le fond de la boîte de chez Jacob qu’il avait demandé à Terry d’apporter. Putain il a gobé tout ça comme une vieille paire de bottes et il  tirait un bout de langue long d’un mètre pour en redemander. C’est tout juste s’il n’a pas bouffé la boîte et le reste, ce sacré goulupatte de bâtard."

James Joyce - Ulysse - Folio (1664 pages, 13 €)

mardi 3 octobre 2017

Lecture : Jérôme Ferrari - Le sermon sur la chute de Rome

J'ai déjà dit plusieurs fois ici combien, en tant que lecteur, je me méfiais des béquilles commerciales que sont les bandeaux rouges dont on enveloppe les livres, pour les rendre pareils à des bonbons écoeurants que l'on souhaite malgré tout convaincre les clients d'acheter. Ces bandeaux rouges sont de plusieurs sortes : signaler un prix quelconque (qui peut aller du Goncourt au prix du syndicat de la chasse d'un patelin au nom abscons semblant sortir tout droit du Groland) ou signaler un auteur bankable, une de ces vaches à lait qui font ressembler la littérature à une marelle aux contours bien tracés dans une cour de récré. 
Le corollaire des bandeaux rouges, souvent, ce sont les prix littéraires. Et je ressens pour ceux-ci la même méfiance mâtinée de suspicion (achat de prix, entourloupes de jury vendu...) Et comble du truc, pour un auteur amateur, je ne me cache pas de dire que je préfère cent fois la littérature américaine des grands espaces à une certaine littérature française bobo et chiante. Du coup, vu comme ça, je n'entre pas dans le cœur de cible des lecteurs des Prix Goncourt. 
Nonobstant, deux causes peuvent me faire céder au vice : ma curiosité et ma pingrerie. Ayant trouvé le prix Goncourt 2012 en excellent état pour un misérable euro dans une foire aux livres au printemps, je ne pouvais pas passer à côté. Surtout parce que j'avais entendu beaucoup de bonnes critiques à l'époque de la sortie de  "Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari. Quand on pense, à rebours, qu'en finale du Goncourt il a devancé "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker, on ne peut que se réjouir du choix du jury qui a préféré l'ambition littéraire à l'efficacité hollywoodienne. 
Car ce roman n'est pas qu'un roman, il lorgne de façon singulière vers la philosophie et la fable. Derrière l'intrigue de ces deux amis d'origine Corse qui décident d'abandonner leurs études de philosophie pour ouvrir un bar dans un village de l'île de beauté, Jérôme Ferrari s'interroge sur l'âme Corse, sur la singularité de vivre sur une île, de cette insularité caractéristique, mais aussi de ce qui a fait la force et qui fait la faiblesse de la France. La tragédie du monde est replacée à plus petite échelle dans ce bar de village, avec tous les personnages du vaste monde et leurs caractères singuliers. De façon formelle, l'auteur utilise pour ses chapitres des phrases issues de Saint Augustin.

Si elle ne révolutionne rien, la façon avec laquelle Jérôme Ferrari alterne la progression de l'intrigue et de ses personnages avec des réflexions plus générales est bien maîtrisée et ne fait pas dans le superflu. Certes, ses phrases sont parfois longues mais ce n'est jamais gênant. Leur musicalité, leur richesse aussi, est un atout incontestable de ce bouquin franchement réussi. La plus grande réussite de l'auteur est d'être parvenu à concilier une certaine ambition littéraire avec une accessibilité jamais prise en défaut. "Le sermon sur la chute de Rome" n'est pas un livre élitiste, c'est bien un roman littéraire mais populaire, dans le bon sens du terme. Rien à voir avec les romans populaires qui ne sont pas littéraires. Les premiers sont rares, les seconds sont en tête des ventes. Celui-ci a réussi à concilier les deux. 

Quatrième de couverture : Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de Connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d'irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l'âme humaine à se corrompre.

Extrait : Quand on l'extirpa du ventre de sa mère, Marcel demeura immobile et silencieux pendant de longues secondes avant de pousser brièvement un faible cri et il fallait s'approcher de ses lèvres pour sentir la chaleur d'une respiration minuscule qui ne laissait sur les miroirs aucune trace de condensation. Ses parents le firent baptiser sur l'heure. Ils s'assirent près de son berceau en posant sur lui un regard plein de nostalgie, comme s'ils l'avaient déjà perdu, et c'est ainsi qu'ils le regardèrent pendant toute son enfance.

Jérôme Ferrari - Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), 
208 pages, 19 €

dimanche 1 octobre 2017

Des chardons électroniques

Il faut vivre avec son temps. Après la version EPUB publiée en même temps que la version papier de "Des chardons dans la garrigue", je viens de convertir le petit dernier au format Kindle et il est entré dans la bibliothèque Amazon ce dimanche, dans la foulée. Pour ceux qui lisent sur Kobo, j'ai également effectué la transformation dans le format de la liseuse de la Fnac. Il sera donc disponible sur le site Kobo d'ici quarante huit heures. Tous les liens directs vers les sites concernés sont disponibles dans la page Ecritures.

Après ces ultimes publications, je m'apprête à prendre quelques jours de vacances la deuxième quinzaine d'Octobre. L'occasion de faire le deuil de cette année d'écriture et des treize mois de travail qu'aura pris "Des chardons dans la garrigue". Il sera ensuite temps de commencer à préparer sérieusement le prochain roman. D'ici là, je vais terminer le premier jet d'une longue nouvelle (code : "Ulysse") dont j'écrirai le deuxième jet en novembre avant de me lancer dans ce nouveau roman.