lundi 8 janvier 2018

L'extrait du... 8 Janvier

Le double extrait du jour est tiré du livre "Contes d'Odessa" qui recense plusieurs textes écrits dans l'entre deux guerres par l'auteur russe Isaac Babel. Disponible en multiples versions de poche (je possède et je me replonge régulièrement dans celle d'Actes Sud mais ce livre est également disponible dans l'excellente collection L'imaginaire Gallimard).

"J’étais un petit garçon menteur. Cela venait de mes lectures. Mon imagination était toujours surexcitée. Je lisais pendant les cours, aux récréations, le long du chemin en rentrant à la maison, je lisais la nuit, sous la table, caché par la nappe qui pendait jusqu’à terre. Quand j’étais plongé dans un livre, je laissais passer sans y prendre garde toutes les affaires importantes de ce monde, comme de faire l’école buissonnière pour courir au port, d’apprendre à jouer au billard dans les cafés de la rue Grecque, ou de nager à Langeron. Je n’avais pas de camarades. Qui aurait eu envie de se lier avec un garçon comme moi ?"
(...)
"En fait, ce qu'il y a, c'est qu'à Odessa, tout jeune homme, tant qu'il n'est pas marié, veut être mousse sur un vaisseau au long cours. Et que pour notre malheur, nous nous obstinons à nous marier avec un entêtement extraordinaire." 
Isaac Babel, "Contes d'Odessa".

mardi 2 janvier 2018

2018 dans le domaine public

Au-delà des salutations de tradition en ces journées de chapelure grise sur les toitures des cités endormies, j'aime me souvenir qu'à chaque changement d'année civile, des grappes de disparus se rappellent à nous. 
Je veux parler des artistes qui viennent enrichir la monumentale bibliothèque imaginaire mais aux pages bien réelles de ces auteurs dont l'anniversaire de la mort intervenue voici quelques décennies leur permettent de "tomber dans le domaine public" (quelle vilaine expression). 
Marcel Aymé
Mais les auteurs ne sont pas les seuls concernés par cette mesure d'ouverture de leurs productions aux organes visuels et intellectuels de quelques humanoïdes qui ne sont eux pas encore tout à fait morts. 
Et en 2018, outre Marcel Aymé et Tristan Bernard qui se rappellent ainsi à notre bon souvenir, il est intéressant / amusant / étonnant (rayer la mention inutile) de constater que des personnalités telles que Henry Ford, Winston Churchill, Edward Hopper, René Magritte, John Coltrane ou Che Guevara rejoignent à leur tour cette tour de Babel de la culture mondiale ouverte à tous.

Je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter Marcel Aymé dont les livres et les scénarios de films ont accompagné nombre d'entre nous. Je me souviens encore avec émotion de ma lecture de "La Jument Verte" alors que j'étais encore enfant, sur les conseils toujours avisés de ma mère. 
Je vous invite cependant à cliquer sur ce lien Wikipedia afin de parcourir la liste des personnalités qui passent dans le domaine public en 2018. Nul doute que pour certains, nous en entendrons parler bientôt. Pour les autres, ce serait l'occasion de les découvrir...

Et en bonus, un extrait de "La Jument verte" de Marcel Aymé (édition Folio) : 
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.

samedi 30 décembre 2017

L'extrait du... 30 décembre

"Nous sommes seuls responsables de la morosité de nos existences. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie est pâle ? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l'entourage insupportable, c'est un verdict : vous ne vous supportez pas ! Prendre alors ses dispositions".

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard).

Et pour aller plus loin, je vous invite à visionner ce reportage narrant cette étonnante expérience d'un exil de six mois dans une cabane au bord du Baïkal : https://www.youtube.com/watch?v=9-CxXrRieCM&t=6s


lundi 11 décembre 2017

Parentheses... C'est parti

On peut dire que ça cogite pour le prochain roman, "Parenthèses" (titre de travail) dont j'ai attaqué depuis une grosse semaine les préparatifs. Je ne me presse pas mais les idées abondent. Après une grosse semaine, me voilà donc avec une trame complète de l'histoire, c'est un premier synopsis de 13 000 signes qui sert de résumé de toute l'intrigue vue à travers les yeux du narrateur. J'ai également travaillé sur 10 personnages qui vont peupler ce roman mais que je dois encore approfondir en réécrivant les résumés de leur histoire personnelle et de leur rôle tout au long de la narration. Ce qui va faire bouger les lignes du synopsis qui va s'étoffer pour arriver à une deuxième version. C'est l'objectif de la prochaine semaine.

Au cours de la troisième semaine, il sera temps de s'attaquer au découpage de ce synopsis en chapitres et scènes équilibrées. 
La quatrième semaine sera consacrée à des recherches que je dois mener, notamment une biographie imaginaire que je dois écrire dans les grandes lignes pour les besoins de l'histoire.
La cinquième semaine permettra de reprendre les fiches de personnages et des les affiner encore pour bien avoir en tête les caractères des 10 personnages de ce récit avant de se mettre au travail de rédaction. 
Enfin, aux alentours du 10 janvier, il sera temps de se lancer dans l'écriture proprement dite d'un premier jet. Une première pierre pour un long chemin qui devrait m'occuper la majeure partie de l'année 2018.

Et pour ceux qui se poseraient la question, après les Etats Unis dans "Brûler à Black Rock" et l'Ecosse dans "Des chardons dans la garrigue", il ne sera pas question de quitter le territoire dans ce nouveau roman. 

dimanche 3 décembre 2017

Préparer 2018

Décembre. Une année de plus, bientôt, rejoindra le compost du temps. 

Après trois nouvelles écrites depuis l'été et la publication de "Des chardons dans la garrigue", il est temps de se remettre à l'ouvrage. 
De longue haleine. De quoi occuper les longues soirées d'hiver. Et aussi celle du printemps et de l'été. De l'automne aussi, à coup sûr. Bref, du long, du roman. 
Parce que la réalité est le plus souvent insupportable, et qu'il faut la transformer et l'égayer comme on le peut...

écrire un roman. 
tuer un éléphant.
surfer l'océan.

Au travail donc... 2018 montre déjà les crocs derrière les portes.

jeudi 30 novembre 2017

L'extrait du... 30 Novembre

Extrait de Richard Brautigan 
dans le recueil "Journal Japonais"


Lorsque s’éveillent les rêves
La vie s’achève.
Alors s’envolent les rêves.
S’envole la vie.


mercredi 22 novembre 2017

L'extrait du... 22 Novembre

Charles Bukowksi - Piégé ( in L'amour est un chien de l'enfer (Grasset)

un chien blessé
heurté par une voiture et qui se traîne
vers le trottoir
hurlant à la
mort
et devant tant de sang
qui coule de sa bouche et de son cul
vous frissonez.

je n'en crois pas mes yeux mais
je continue à rouler
comme si j'allais descendre le chercher
pour m'en occuper
m'occuper de ce chien agonisant sur Arcadia
sur un trottoir
alors que son sang s'infiltrerait
de partout, mouillant ma chemise,
mon pantalon, mon caleçon,
mes chaussettes, mes chaus-
sures. mais c'est juste
une velléité.
qui plus est, je songe au numéro 2
dans la première course
et j'essaie de deviner ce que ça donnerait
combiné avec le 9
dans la deuxième. c'est une journée
à me rapporter
140 $
du coup j'abandonne à sa solitude
ce chien agonisant
quasiment en face
du centre commercial
où les dames chic
s'amusent à marchander
tandis que le premier flocon
de neige tombe sur
la Sierra Madre.

samedi 18 novembre 2017

Knut, Ukyo & Ulysse

Je viens de terminer la correction de deux nouvelle écrites cet été et cet automne, juste après avoir publié "Des chardons dans la garrigue".

- La première, intitulée "Knut homme échasses", reprend le personnage de Knut  le coureur qui apparaissait dans le roman "Brûler à Black Rock". L'histoire se déroule à Boulder, dans le Colorado. La nouvelle fait 40000 signes. 

- La seconde, "Ukyo Ulysse Express" a pour cadre une île des Cyclades et s'intéresse à la rencontre de deux hommes que tout oppose. Je me suis efforcé de l'écrire au présent en guise d'exercice pour un prochain roman. Cette nouvelle fait 80000 signes (contre 100000 pour la première version).

Je vais maintenant commencer à travailler sur les préparatifs de mon prochain roman. Et certainement écrire une autre nouvelle dans le même temps.


jeudi 16 novembre 2017

L'extrait du... 16 Novembre

La relecture de tous les bouquins de John Fante que je viens d'entreprendre me plonge dans un état de ravissement indescriptible.
Bukowski avait bien raison. Tout y est...


"Tu lis tout le temps, il m'a dit. T'as jamais essayé d'écrire un livre?"
Ca a fait tilt. Dès cet instant, j'ai voulu devenir écrivain.

"J'en écris un en ce moment même", j'ai dit.
Il a voulu savoir quel genre de livre.
"Ma prose n'est pas à vendre, j'ai répondu. J'écris pour la postérité.
- J'ignorais ça, il a fait. T'écris quoi? Des nouvelles? Ou de la fiction pure?
- Les deux. J'suis ambidextre.
- Oh! J'ignorais ça aussi."


John Fante - La route de Los Angeles

jeudi 2 novembre 2017

Le retour de John

De retour d'un périple dans l'ouest américain qui s'est achevé à Los Angeles, j'ai décidé de me replonger dans la lecture de John Fante. J'ai peuplé les heures imbéciles passées dans le Boeing 777 à l'aller comme au retour à tenter de conserver mon enthousiasme en lisant "Les frères Karamazov" de ce bon vieux Fédor. Mais une fois de retour sur le sol français, j'ai vu avec émotion les 2 premiers volumes de l'intégrale des romans de Fante qui m'attendaient sur ma table de nuit. Et comme les choses sont parfois bien faites, le premier roman du premier tome de cette intégrale en trois volumes de chez Bourgois démarre avec "La route de Los Angeles". 
Relire (je devrais plutôt dire re-relire) John Fante reste un plaisir sans cesse renouvelé dont je ne me lasse pas. C'est la quatrième fois en vingt ans que je lis ce premier roman que pourtant l'auteur n'a publié que quelques années avant sa mort, au milieu des années 80. Aujourd'hui, je ne peux qu'admettre la réalité : sans John Fante, jamais je ne me serais remis à écrire. Et jamais je n'aurais autant aimé lire. 
Je ne saurais que vous encourager à vous plonger dans l'oeuvre de John Fante, très souvent et injustement saluée par la critique bobo branchouille que pour "Mon chien stupide" qui reste certes un roman sympathique mais qui n'a pas la verve ni l'emphase dramatique, ni même la rage - en un mot le caractère - de ce premier roman ou du formidable "Demande à la poussière". Mais qu'importe. Soyons magnanime. Tout est bon chez Fante. La preuve avec un extrait de "La route de Los Angeles" traduit par le toujours inspiré et incontournable Brice Matthieussent. 
Il s'agit de l'extrait d'une lettre que le narrateur, Arturo Bandini, laisse à sa mère à la fin du roman pour expliquer son départ de la maison où il vit seul avec sa génitrice et sa sœur. 

" Chère femme qui m'a donné la vie,
les vexations et les perturbations insupportables de cette soirée se sont subséquemment résolues en un état qui me précipite, moi, Arturo Bandini, vers une décision aussi gargantuesque que pantagruélique. 
Je vous en informe donc en termes décisifs. Ergo, je vous quitte sur l'heure, ainsi que votre charmante fille (ma soeur bien-aimée Mona) pour partir à la recherche des fabuleux usufruits de ma carrière naissante dans la plus profonde des solitudes. En d'autres termes, ce soir je pars pour la métropole orientale - notre Los Angeles, la cité des anges... Bien que sans le sou, je vous somme en termes catégoriques de mettre un terme à votre anxiété cérébrale relative à mon destin, car il repose véritablement entre les mains des dieux immortels. Au fil des ans, j'ai fait une lamentable découverte: vivre avec vous et Mona est totalement délétère et incompatible avec le but élevé et magnanime de l'Art "