
lectures, écritures, avis, combats perdus d'avance et instantanés périmés, morts-nés et autres occlusions de conscience en attendant la suite.
samedi 30 novembre 2019
Journapalm 112

vendredi 29 novembre 2019
Journapalm 111

jeudi 28 novembre 2019
Se souvenir d'hier pour s'aider aujourd'hui

Sauf qu’à la différence des maisons, j’essaye d’écrire des livres.
En 2016 la publication de « Brûler à Black Rock » a représenté un achèvement après deux ans de boulot (de l’écriture
du plan au point final de l’ultime relecture). Récemment, j’ai retrouvé des brouillons d’histoire
datant de 2011 et 2012, des amorces de ce que deviendra « Brûler à Black
Rock » plus tard. Et je me suis souvenu en relisant ces manuscrits de ces
débuts d’histoires qui, selon comme on se place, ne verront jamais le jour ou l’ont
vu de façon différente. Mais ces hésitations et ces abandons ont contribué à la
satisfaction ressentie à la publication de « Brûler à Black Rock »
malgré les imperfections de celui-ci.
Je n’ai pas éprouvé autant de difficultés les deux
années suivantes en enchaînant deux autres romans.
Pourtant, après une année d’écriture,
de correction et de publication de nouvelles (« Cirque de masque et d’échasses »)
j’ai décidé de revenir au roman et choisi un thème parmi cinq autres dans la
liste des projets d’écriture en cours. Mais c’est compliqué.
Je me suis expliqué récemment sur le premier jet avorté après 84 pages écrites entre fin août et mi-octobre. J’ai alors rédigé un plan pour m'aider et me redonner un peu d’assurance. Et je suis reparti sur un second manuscrit qui a, lui aussi, commencé à dériver après dix ou douze pages. La semaine dernière dans le TER de retour du bureau, j’ai stoppé ce nouveau manuscrit après une trentaine de pages. Quand on ne prend pas de plaisir, à quoi bon continuer ? Dans les minutes qui ont suivi, valse d’hésitations et d’interrogations ; que faire ? Envisageant un instant de mettre une croix définitive sur ce projet et de repartir sur un autre roman totalement différent (anticipation) j’ai finalement opté pour la dernière chance. Je suis trop attaché à ces personnages pour les abandonner comme ça, sur le bord d’une route désaffectée. Alors, dans les 24 heures qui ont suivi, construction d’un tout nouveau plan avec bouleversement des fondations du récit. J'ai opéré un changement drastique. Suppression de toute la première partie sur laquelle je séchais depuis fin août et qui plombait mes tentatives infructueuses. Changement du point de vue narratif et des ressorts de l’intrigue, profonde modification de l'angle d'attaque, remplacement des fils narratifs pauvres par d’autres que je pense bien plus nerveux pour apporter une coloration différente au récit.

Je me suis expliqué récemment sur le premier jet avorté après 84 pages écrites entre fin août et mi-octobre. J’ai alors rédigé un plan pour m'aider et me redonner un peu d’assurance. Et je suis reparti sur un second manuscrit qui a, lui aussi, commencé à dériver après dix ou douze pages. La semaine dernière dans le TER de retour du bureau, j’ai stoppé ce nouveau manuscrit après une trentaine de pages. Quand on ne prend pas de plaisir, à quoi bon continuer ? Dans les minutes qui ont suivi, valse d’hésitations et d’interrogations ; que faire ? Envisageant un instant de mettre une croix définitive sur ce projet et de repartir sur un autre roman totalement différent (anticipation) j’ai finalement opté pour la dernière chance. Je suis trop attaché à ces personnages pour les abandonner comme ça, sur le bord d’une route désaffectée. Alors, dans les 24 heures qui ont suivi, construction d’un tout nouveau plan avec bouleversement des fondations du récit. J'ai opéré un changement drastique. Suppression de toute la première partie sur laquelle je séchais depuis fin août et qui plombait mes tentatives infructueuses. Changement du point de vue narratif et des ressorts de l’intrigue, profonde modification de l'angle d'attaque, remplacement des fils narratifs pauvres par d’autres que je pense bien plus nerveux pour apporter une coloration différente au récit.
Je suis donc reparti depuis le lundi 26 novembre
sur une troisième mouture du manuscrit, mais cette fois bien différente. Un nouveau premier jet que j’espère
être le bon. Il n’y en aura pas d’autres de toute façon, là ça passe ou ça
casse... à suivre !
Libellés :
Roman,
SoRichard,
Technique d'écriture
Journapalm 110

Avachi sur le sol irrégulier, il sent le contact froid des pavés disjoints sur sa peau meurtrie. Depuis quarante-huit heures, son dos est un champ de labours, son corps la palette de trois artistes de la déglingue. Il ne s’intéresse plus à ses hématomes, il attend juste qu’on lui dise que c’est terminé. Alors, chaque fois que la porte de sa geôle s’ouvre et que derrière ses paupières enflées il devine la silhouette d’un des tortionnaires, il espère. C'est tout ce qu'il lui reste.
mercredi 27 novembre 2019
Journapalm 109

Quand il a basculé de la position allongée à la position assise, ses pieds ont tapé dans une substance poilue et vaguement huileuse. Son esprit embrumé par les somnifères avalés la veille a fait le reste. Il a pensé à un rat arrivé là avec les inondations des derniers jours. Aussitôt il a hurlé. Paniquée, sa femme a allumé. « Tu es fou ou quoi ? Arrête de tyranniser ce pauvre chat ! »
mardi 26 novembre 2019
Journapalm 108

Il n’attend qu’une chose : le mercredi. Quand il part de chez lui en courant, enjambe les herbes hautes, saute les massifs de genêts, et se précipite au cimetière. Là, il déambule dans le silence des tombes apaisant. Le contact des stèles sous sa main le rassure. Le médecin dit à ses parents de ne pas s’inquiéter, qu’il se sent bien avec les morts, que ça lui passera…
lundi 25 novembre 2019
L'extrait du... 25 novembre

J’ai ouvert les yeux. Ta respiration disait que tu
dormais profondément. Je t’ai couverte d’un bras et je suis passé de
l’Argentine à une maison où j’avais autrefois vécu à Palo Alto. Pas de neige à
Palo Alto. Mais j’avais une chambre et deux fenêtres qui donnaient sur
l’autoroute de Bayshore. Le réfrigérateur se trouvait près du lit. Quand
j’étais déshydraté au milieu de la nuit, tout ce que j’avais à faire pour étancher
ma soif c’était tendre le bras pour ouvrir la porte. La lumière à l’intérieur
indiquait le chemin d’une bouteille d’eau fraîche. Une plaque chauffante
jouxtait le lavabo à la salle de bain. Quand je me rasais, la casserole d’eau
bouillait sur la spirale électrique à côté du bocal de café en grains.
Ce matin il y a de la neige partout. Nous en
faisons état. Tu me dis que tu n’as pas bien dormi. Je réponds que moi non
plus. Tu as passé une nuit épouvantable. « Moi aussi. ». Nous sommes
extraordinairement calmes et tendres comme si chacun devinait l’état d’esprit
délabré de l’autre. Comme si nous savions ce que l’autre pensait. Ce n’est pas
le cas, bien sûr. Ce n’est jamais le cas. Qu’importe. C’est la tendresse qui
compte pour moi. Voilà le don ce matin qui m’émeut et me tient. Comme chaque
matin.
J’étais assis sur mon lit un matin, habillé, rasé
de frais, à boire du café, remettant à plus tard ce que j’avais décidé de
faire. Finalement j’ai composé le numéro de Jim Houston à Santa Cruz. Et je lui
ai demandé 75 $. Il a dit qu’il ne les avait pas. Sa femme était partie au
Mexique une semaine. Il ne les avait vraiment pas. Il était serré ce mois-là. «
Pas de problème, j’ai dit. Je comprends. »
Et c’était vrai. Nous avons bavardé encore un peu,
avant de raccrocher. Il ne les avait pas.
J’ai terminé le café, plus ou moins au moment où
l’avion quittait la piste vers le soleil couchant. Je me suis tourné sur mon
siège pour jeter un dernier regard aux lumières de Buenos Aires. J’ai fermé les
yeux pour le long voyage du retour."
Raymond Carver - La vitesse foudroyante du passé
(L'Olivier, trad.Emmanuel Moses)
Journapalm 107

dimanche 24 novembre 2019
Journapalm 106

samedi 23 novembre 2019
Journapalm 105

Lorsqu'il reçut un zéro en maths la veille des vacances de Noël, il comprit qu’il poursuivait un rêve insensé. Son père disait qu'un zéro en maths, c’est rédhibitoire (il utilisait toujours des mots savants). Aussi Maxime pleura-t-il un peu puis chercha un autre métier.
vendredi 22 novembre 2019
Journapalm 104

Comme toujours, il prit soin pour retrouver son chemin de jeter des cailloux blanc derrière lui. Mais pendant qu’il faisait ses courses, un couple de corneille fondit sur ceux-ci et les emporta dans un coin du ciel.
Depuis il marche vers l'inconnu, hagard, et parle à voix haute d’oiseaux noirs en employant des mots mystérieux. Certains individus le suivent, croyant qu’il s’agit d’un nouveau messie.
jeudi 21 novembre 2019
Journapalm 103

Les lendemains suivant le brasier, il a aperçu des gargouilles descendre de leur perchoir et venir se rafraîchir le museau dans la Seine. Certaines ne sont plus remontées, préférant le plancher des vaches à l’odeur de suie. Il le sait, elles se confient à lui.
mercredi 20 novembre 2019
L'extrait du... 20 novembre

l'éternité d'une vie qui ne veut pas finir quand bien même l'ennui la lance comme une douleur têtue. Elle ne voit personne sinon les commerçants à qui elle adresse des mots sans dents (...) Il est à peu près certain qu'elle n'a ni mari ni enfant. Très peu d'argent. Quelques plaisirs: ses cigarettes donc, le café, le vin qu'elle a mauvais, mais qui est là pour l'entendre ? Je ne m'explique pas comment elle tient. Elle tient parce qu'elle est encore en vie, c'est tout. (...) Elle est le cauchemar de nos jours derniers. Nous projeter en elle incite à presser le pas, la frayeur chasse l'empathie. Et moi aussi je passe. Je passe sans savoir quoi faire, sinon l'écrire."
Arnaud Cathrine - J'entends des regards que vous croyez muets (Verticales)
Journapalm 102

mardi 19 novembre 2019
Journapalm 101

Devenu adulte, il gardait cette habitude d’établir des listes de tâches à réaliser.
Un jour de grand soleil il partit voir l’océan. Il se baigna toute la journée, pataugeant dans les vagues comme un enfant. Et au moment où le soleil se coucha, il resta prostré sur la plage, oubliant qu’il devait rentrer. On le retrouva mort d’hypothermie au petit matin dans le sable.
lundi 18 novembre 2019
Journapalm 100

Après quatorze fois, il cessa de frapper le crâne de sa mère
contre le sol de la cuisine. Quatorze, comme son âge. Et depuis tout ce temps, elle
oubliait encore qu’il était allergique au gluten !
dimanche 17 novembre 2019
Lecture : Pierre Bergounioux - Lundi
En parallèle de son imposant travail de carnets autobiographiques édités chez Verdier, Pierre Bergounioux publie régulièrement de petits livres hautement recommandables.
Dans "Lundi" publié en 2019 chez Galilée, Bergounioux convoque les souvenirs d'enfance liés à cette journée particulière du lundi. Ce jour mal aimé qui marque la fin du week-end et le retour à l'école, au travail. Puisant dans la force tellurique de sa Corrèze natale et primordiale, Bergounioux se rappelle de ces lundis dont il ne comprenait pas le sens, le rôle, de ces lundis consacrés aux révisions d'algèbre.
Court récit de moins de 60 pages, "Lundi" est une réflexion personnelle et intime qui offre à la littérature son champ le plus nécessaire : celui de se soustraire au monde pour mieux le comprendre. Ou du moins, de se mettre en situation de. Car finalement, à quoi bon le lundi ?
Extrait :
« La physionomie du premier jour de la semaine intensifiait ou laissait à nu la nature profonde de l’endroit, l’exiguïté d’une sous-préfecture lointaine, dans une région rurale déshéritée »
« Dans mon souvenir et, peut-être, dans la réalité, (les lundis) ont la teinte mauve, funèbre des matins d’octobre puis atone, blanchâtre de la mi-journée. »
Dans "Lundi" publié en 2019 chez Galilée, Bergounioux convoque les souvenirs d'enfance liés à cette journée particulière du lundi. Ce jour mal aimé qui marque la fin du week-end et le retour à l'école, au travail. Puisant dans la force tellurique de sa Corrèze natale et primordiale, Bergounioux se rappelle de ces lundis dont il ne comprenait pas le sens, le rôle, de ces lundis consacrés aux révisions d'algèbre.
Court récit de moins de 60 pages, "Lundi" est une réflexion personnelle et intime qui offre à la littérature son champ le plus nécessaire : celui de se soustraire au monde pour mieux le comprendre. Ou du moins, de se mettre en situation de. Car finalement, à quoi bon le lundi ?
Extrait :
« La physionomie du premier jour de la semaine intensifiait ou laissait à nu la nature profonde de l’endroit, l’exiguïté d’une sous-préfecture lointaine, dans une région rurale déshéritée »
« Dans mon souvenir et, peut-être, dans la réalité, (les lundis) ont la teinte mauve, funèbre des matins d’octobre puis atone, blanchâtre de la mi-journée. »
(Galilée, 56 pages/11€)
Journapalm 099

Après de nombreux examens et la proposition d’un traitement, le spécialiste l’a reçue en consultation. Le grand médecin du grand hôpital l’a regardée par-dessus ses lunettes rectangulaires : « est-ce que vous avez des questions ? ». Elle a haussé les épaules et demandé « vous savez vous, où passent les mouches, en hiver ? »
samedi 16 novembre 2019
Journapalm 098

« Fiston, la vraie vie se trouve dehors, dans les forêts et sur les collines. Le monde des écrans n’augmente aucune autre réalité que le compte bancaire des GAFA ! »
Un matin de mai, lors d’une randonnée dans leur Vermont natal, son père lui vantait son engagement écologiste et pacifiste. Apercevant un tilleul majestueux sur un socle d'herbes grasses, James quitta le chemin pour s’allonger sous l’arbre.
Soudain, une graine de tilleul et sa bractée tombèrent vers lui avec un mouvement de spirale. James eut alors une révélation. Plus tard il piloterait des hélicoptères de combat.
vendredi 15 novembre 2019
Lecture : Courir au clair de lune avec un chien volé
Callan Wink cumule les qualités de pêcheur et d’écrivain.
Lorsqu’on ajoute qu’il vit dans le Montana, on pense à tout de suite à Jim
Harrison et Thomas McGuane. La sortie de son livre « Courir au clair de lune avec un chien volé » en poche s’est d’ailleurs accompagné d’une mention
commerciale vantant cette comparaison : « Héros cabossés et grands espaces : le fils spirituel de Jim
Harrison est né. » Verdict Télérama. J’ai toujours un peu de mal avec
ces bandeaux et ces mentions visant à attirer l’œil du potentiel acheteur. C’est
la même chose avec un quatrième de couverture citant l’avis d’un chroniqueur, d’une
rédaction ou d’un journaliste sur le bouquin que l’on tient dans ses mains. Je
n’ai rien à cirer de leur avis et je ne veux pas qu’on me force la main quand
je me promène en librairie pour choisir des bouquins.
En l’occurrence, outre le fait d’être un excellent
titre, « Courir au clair de lune avec un chien volé » n’a pas volé la
mention élogieuse de Télérama. Et pourtant je suis intraitable quand il s’agit
de comparer un auteur à Big Jim. Mais il faut reconnaître que dans ce recueil
de nouvelles Callan Wink déploie une large palette de talents qui appelle à de
grandes promesses. Personnages intéressants, histoires de l’ouest moderne à la
fois fortes et sauvages, destins brisés dans leur élan, ou comment écrire de
belles intrigues avec trois fois rien. En un seul recueil de nouvelles, le jeune
Callan Wink (35 ans) réussit l’exploit de se positionner en héritier évident d’une
tradition littéraire des grands espaces et des grands destins que nous avons plus de difficultés à créer en Europe (exception faite de la littérature des pays de l'Est). Il va maintenant falloir assurer la suite, car on l’attend
au tournant.
Extrait :
"Peu après l’aube, elle vit depuis sa véranda six vautours qui, portés par un courant ascendant, les ailes déployées, planaient en décrivant des cercles. Les corbeaux et les corneilles aussi étaient venus. Elle les entendait, un vol noir qui piquait vers la ravine, sombre comme du marc de café répandu sur l’herbe sèche. Elle songea qu’elle aurait peut-être dû recouvrir la carcasse de terre, mais c’était sans doute mieux comme ça. Des funérailles bouddhistes – elle avait entendu dire que c’était ainsi que le Tibétains procédaient.
La veille encore, le spectacle des oiseaux dévorant son bœuf l’aurait anéantie, mais aujourd’hui, les choses se présentaient mieux. Un projet, c’était ce dont les gens avaient réellement besoin pour aller de l’avant."
La veille encore, le spectacle des oiseaux dévorant son bœuf l’aurait anéantie, mais aujourd’hui, les choses se présentaient mieux. Un projet, c’était ce dont les gens avaient réellement besoin pour aller de l’avant."
(Albin Michel / Traduit par Michel Lederer)
Journapalm 097

Le cœur gonflé d’excitation, il prend sa pelle et se met à creuser… Jusqu’à taper sur un objet ovale et contondant. Qui une fois dégagé, lui révèle un détecteur de métaux, avec accroché au bout, le squelette d’un humain.
jeudi 14 novembre 2019
Lecture : Tempête pour les morts et les vivants
Le Bukowski nouveau est arrivé. Un peu en avance sur le troisième jeudi de Novembre qui est réservé au Beaujolais nouveau, toujours avec ses notes de fruits rouges mais jamais les mêmes. Pour le Bukowski c'est malgré tout un miracle (commercial, comme ne manqueront pas de le préciser les esprits chafouins) compte tenu du fait que mort, un écrivain écrit moins. L'américain amateur de bibine et de femmes est mort depuis un quart de siècle et nous livre un recueil de poèmes depuis l'au-delà. C'est bien sûr une vision approximative des choses. Jusqu'à preuve du contraire, dans l'au-delà on ne fait plus rien. En revanche les ayant droits et les éditeurs continuent d'exploiter le filon du commerce d'un auteur qui ne laisse pas indifférent. Génie maudit pour les uns, alcoolique dénué de talent pour les autres, Buk a toujours divisé les amateurs de littérature. Faussement insensible à sa légende, souvent copié, il a toujours renvoyé dos à dos fans et détracteurs lors de déclarations abruptes et teintées d'alcool. Promenant un regard jamais dupe sur le grand écart social que son succès lui a permis, restant un homme qui se considérait poète avant toute chose. Peu à l'aise avec sa propre image publique, estimant que la place d'un auteur se trouve derrière sa machine à écrire et non derrière une caméra, il a néanmoins assuré une partie de son succès en Europe grâce à son passage mouvementé sur le plateau d'Apostrophes en septembre 1978.
Personnage ambigu, Bukowski n'a toutefois jamais dévié d'une certaine idée de la littérature, considérant la poésie comme sa forme la plus pure. Je l'ai découvert peu après sa mort, au milieu des années 90 en lisant le double recueil "L'amour est un chien de l'enfer" publié aux Cahiers Rouges chez Grasset. Depuis j'ai lu tous les bouquins de l'auteur publiés en France.
Le nom de Bukowski est ressorti dans le rayon Actualités des éditions du Diable Vauvert en 2017 à l'occasion de la publication de l'ouvrage "Sur l'écriture". Bouquin hautement recommandable pour tout amateur de l'auteur comme pour tout amateur d'écriture, ce recueil offrait des textes - inédits pour la plupart - de Bukowski concernant l'art de l'écriture.
Deux ans plus tard, le Diable Vauvert remet le couvert avec un bouquin de poèmes qui marquera peut-être la fin des publications posthumes inédites de Buk.
Reprenant certains textes déjà parus mais une majorité d'inédits récupérés dans des revues confidentielles, ce bouquin bien que parfois inégal reste à lire. On peut se poser des questions sur certains choix de traduction lorsqu'on a accès aux versions originales des textes. Le style de Buk semble en effet parfois transformé par la traduction en des lignes un peu trop littéraires, menaçant de leur faire perdre leur impact naturel. Traduire, est-ce nécessairement trahir ? C'est un exercice difficile, et mon propos n'est pas de jeter l'opprobre sur le travail souvent ingrat des traducteurs. Mais de fait, je n'ai pas retrouvé de poème puissant et définitif comme c'est le cas dans des publications anciennes de l'auteur. Ou bien me suis je trop habitué après avoir trop lu Buk. Je crois plutôt qu'on ne peut / doit pas lire de la poésie en un bloc monolithique comme on le fait avec la littérature. C'est encore plus vrai avec Bukowski. Pour conserver leur impact, ses textes doivent être lus en picorant un jour ou deux puis en lisant autre chose et en y revenant plus tard.
Mais qu'importe, le Bukowski nouveau est arrivé, c'est parfois un peu folklorique mais ça permet de passer un bon moment avec un auteur qu'on aime lire. Et c'est bien meilleur que le Beaujolais nouveau. Et puis avec Buk tout le monde trouve toujours un texte ou deux qui font mouche. Comme ça...
Extrait :
"Comme ça
une des plus belles blondes du grand écran
des seins incroyables des hanches des jambes une taille
la totale,
dans cet accident de voiture
sa tête s’est détachée de son
corps -
comme ça -
il y avait sa tête qui roulait sur le côté de
la route,
avec du rouge à lèvres, les sourcils épilés, la
poudre à bronzer,
un bandana dans les cheveux, elle a roulé sur le
côté
comme un ballon de plage
et le corps resté assis dans la voiture
avec ces seins ces hanches ces jambes cette taille,
la totale,
et puis à la chambre mortuaire ils ont rassemblé les morceaux,
recousu la tête
sur le corps,
seigneur, a dit le type avec le fil,
quel gâchis.
puis il est sorti, s’est payé un hamburger, des frites et deux tasses de café,
noir."
Personnage ambigu, Bukowski n'a toutefois jamais dévié d'une certaine idée de la littérature, considérant la poésie comme sa forme la plus pure. Je l'ai découvert peu après sa mort, au milieu des années 90 en lisant le double recueil "L'amour est un chien de l'enfer" publié aux Cahiers Rouges chez Grasset. Depuis j'ai lu tous les bouquins de l'auteur publiés en France.
Le nom de Bukowski est ressorti dans le rayon Actualités des éditions du Diable Vauvert en 2017 à l'occasion de la publication de l'ouvrage "Sur l'écriture". Bouquin hautement recommandable pour tout amateur de l'auteur comme pour tout amateur d'écriture, ce recueil offrait des textes - inédits pour la plupart - de Bukowski concernant l'art de l'écriture.
Deux ans plus tard, le Diable Vauvert remet le couvert avec un bouquin de poèmes qui marquera peut-être la fin des publications posthumes inédites de Buk.
Reprenant certains textes déjà parus mais une majorité d'inédits récupérés dans des revues confidentielles, ce bouquin bien que parfois inégal reste à lire. On peut se poser des questions sur certains choix de traduction lorsqu'on a accès aux versions originales des textes. Le style de Buk semble en effet parfois transformé par la traduction en des lignes un peu trop littéraires, menaçant de leur faire perdre leur impact naturel. Traduire, est-ce nécessairement trahir ? C'est un exercice difficile, et mon propos n'est pas de jeter l'opprobre sur le travail souvent ingrat des traducteurs. Mais de fait, je n'ai pas retrouvé de poème puissant et définitif comme c'est le cas dans des publications anciennes de l'auteur. Ou bien me suis je trop habitué après avoir trop lu Buk. Je crois plutôt qu'on ne peut / doit pas lire de la poésie en un bloc monolithique comme on le fait avec la littérature. C'est encore plus vrai avec Bukowski. Pour conserver leur impact, ses textes doivent être lus en picorant un jour ou deux puis en lisant autre chose et en y revenant plus tard.
Mais qu'importe, le Bukowski nouveau est arrivé, c'est parfois un peu folklorique mais ça permet de passer un bon moment avec un auteur qu'on aime lire. Et c'est bien meilleur que le Beaujolais nouveau. Et puis avec Buk tout le monde trouve toujours un texte ou deux qui font mouche. Comme ça...
Extrait :
"Comme ça
une des plus belles blondes du grand écran
des seins incroyables des hanches des jambes une taille
la totale,
dans cet accident de voiture
sa tête s’est détachée de son
corps -
comme ça -
il y avait sa tête qui roulait sur le côté de
la route,
avec du rouge à lèvres, les sourcils épilés, la
poudre à bronzer,
un bandana dans les cheveux, elle a roulé sur le
côté
comme un ballon de plage
et le corps resté assis dans la voiture
avec ces seins ces hanches ces jambes cette taille,
la totale,
et puis à la chambre mortuaire ils ont rassemblé les morceaux,
recousu la tête
sur le corps,
seigneur, a dit le type avec le fil,
quel gâchis.
puis il est sorti, s’est payé un hamburger, des frites et deux tasses de café,
noir."
Charles Bukowski - Tempête pour les morts et les vivants
(Diable Vauvert - trad. Romain Monnery)
Journapalm 096

Il descend à l’aéroport.
Là il marche jusqu’à l’aérogare, sa valise derrière lui comme un petit chien à roulettes. Sur les écrans, il déchiffre les destinations des prochains vols. C’est le voyage qui compte, pas la destination. Alors chaque samedi il reste là un moment avant de rentrer chez lui.
mercredi 13 novembre 2019
L'extrait du... 13 novembre

William Carlos Williams - Le printemps et le reste (UNES / Trad. Valérie Rouzeau)
Journapalm 095

Il se révéla si doué que bientôt les voitures ralentirent puis s’arrêtèrent pour le regarder. Un bouchon s'était formé et les conducteurs admiraient sa dextérité. Et à présent qu’il avait la voie libre pour traverser, il n’en fit rien. Il venait de trouver sa voie.
mardi 12 novembre 2019
Journapalm 094

Depuis l’enfance il est atteint
de collectionnite aigüe. Ses étagères débordent, son garage ne désemplit pas,
son bureau est envahi, du sol au plafond, de toutes sortes d’objets hétéroclites.
Et depuis que son épouse excédée l’a quitté, il s’est même mis à collectionner
les femmes.
Mais de tout ce qu’il accumule depuis quarante ans, le plus remarquable constitue sans nul doute sa collection de désillusions.
Mais de tout ce qu’il accumule depuis quarante ans, le plus remarquable constitue sans nul doute sa collection de désillusions.
lundi 11 novembre 2019
Journapalm 093

dimanche 10 novembre 2019
Journapalm 092

Plus tard dans la nuit, quand il est sorti se débarrasser des bras de la fille dans la Volga, il a glissé et est tombé à l’eau. C’est là que les flics l’ont attrapé. L’eau ne lui causait décidément que des ennuis…
samedi 9 novembre 2019
Journapalm 091

Bientôt il se met à trottiner puis à courir. La lune détrempe le ciel et guide ses pas dans une palette laiteuse. Il court hors de la ville, grimpe sur une falaise puis s’immobilise au-dessus du monde avant de pousser six longs hurlements. Alors les immeubles et les maisons s’éveillent. Sa mission terminée, le loup-garou regagne sa mansarde.
vendredi 8 novembre 2019
Journapalm 090

- Ben je… Enfin…
- Attendez, vous n’allez pas me dire que vous les avez écrasés volontairement ?
- Mais c’était des clowns monsieur le juge ! Depuis l’enfance, j’ai toujours détesté les clowns. Ils me font peur. Et en plus ils étaient armés. J’ai paniqué ! »
Le juge hoche la tête. Peut-il punir ce chauffard qui a débarrassé la ville d’un violent gang de braqueurs de banques qui échappe à la police depuis dix-huit mois ?
jeudi 7 novembre 2019
L'extrait du... 7 novembre

Mais plus il buvait, plus il devenait difficile de rester dans de tels endroits, et il était contraint de partir, en proie aux affres d’un enfant qui pleure, ou d’un chat perdu, ému parfois jusque aux larmes par la beauté d’une fleur ou d’un arbre couvert de bourgeons."
Hubert Selby JR - Chanson de la neige silencieuse
(trad.Marc Gibot / Editions L'olivier)
(trad.Marc Gibot / Editions L'olivier)
Journapalm 089

En-dessous de lui, des filles cheveux au vent enchainent les raids éclairs sur leurs skis dans des panaches d’eau. Alors le vieil homme les siffle bruyamment puis repart, soulagé de constater qu’il n’est pas encore mort.
mercredi 6 novembre 2019
Journapalm 088

Marcel lui,
continue de conduire son tracteur. Il fait partie des rebelles recherchés par
les autorités. Ses fusils et ses chiens de chasse l’accompagnent durant ses
tournées d’inspection. Au fond ces migrants syriens planqués en campagne sont une aubaine. Ça l’occupe
et ça l'entretient pour la chasse au sanglier.
mardi 5 novembre 2019
Journapalm 087

lundi 4 novembre 2019
Journapalm 086

dimanche 3 novembre 2019
Journapalm 085

Lui il préférait le ciel bleu et le soleil qui chauffe doucement la peau sur une terrasse de la côte d’azur.
Et une femme plus jeune.
Alors il lui a payé un séjour dans un phare au large de la Bretagne, exactement comme elle voulait. Et il n’est jamais retourné la chercher.
samedi 2 novembre 2019
Journapalm 084

Lorsque ça a été son tour, il a avancé jusqu’au comptoir, et il a donné son nom. Pas assez fort, alors la dame en blouse lui a fait répéter puis elle a dit à son tour : « Monsieur Lhôpital ? » Et il a acquiescé sous les quolibets des retraités hilares qui ont trouvé ça très amusant.
vendredi 1 novembre 2019
Journapalm 083

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