jeudi 22 septembre 2016

L'encre noire de Giono

Dans une avalanche d'inepties et de glorification absurde, Internet permet tout de même de retrouver quelques perles. 
Aujourd'hui je vous propose un court extrait sonore de Jean Giono qui évoque son processus d'écriture et en particulier l'attrait de l'écriture à l'encre noire, très noire... Entendre la voix ensoleillée de l'auteur reste toujours l'assurance de passer un bon moment.


mercredi 21 septembre 2016

L'influence de William

La littérature est une histoire de transmission. Souvent nous lisons parce qu'enfants nous avons vu nos parents lire. Et l'on écrit toujours parce qu'un jour, un ou plusieurs auteurs nous ont donné envie d'essayer à notre tour. Je ne crois pas en l'existence d'une littérature déliée de toute antériorité, coupée d'une histoire qui lui soit intimement rattachée. La littérature que l'on écrit aujourd'hui est une conséquence de celle que l'on a lue hier. Et ainsi, par cycles successifs, nous entretenons cette formidable puissance du travail de l'évocation depuis des siècles. 
Il est impossible d'écouter un écrivain ne pas souligner l'influence qu'un prédécesseur a eu pour son oeuvre, et ce n'est pas quelque chose de nouveau. De même un lecteur procède souvent par rapprochements pour découvrir l'univers d'un auteur aux thèmes, au style, à la musique similaire à un autre qu'il a apprécié.
Il y a environ une dizaine d'années j'ai découvert William Saroyan. Auteur américain d'origine arménienne qui a écrit de nombreuses pièces, nouvelles et des romans que quelques critiques et blogs consacrés à la littérature US rattachent au mouvement qui inspira la Beat Generation. Bon, en l'occurrence, on peut tout de même se demander ce qui n'a PAS inspiré Burroughs, Kerouac et Ginsberg tant ces beatniks des lettres semblent avoir condensé et cristallisé des milliers d'influences. 
Mais qu'importe, au début des années 2000 j'ai donc lu plusieurs romans de Saroyan publiés entre 1934 ("L'audacieux jeune homme au trapèze volant") et le milieu des années 40 ("Une comédie humaine", "Folie dans la famille" et "Echapée en roue libre"). J'y ai découvert un romancier à l'écriture douce amère, sensible et drôle, jamais tragique même dans les moments les plus poignants d'une fiction largement inspirée de sa vie de fils d'immigrants arméniens qui a été témoin de la grande dépression de 1930 et de la seconde guerre mondiale.
Je suis justement en train de lire un court roman de Saroyan, plus tardif (1957) au titre révélateur de "Papa tu es fou" et dont je parlerai très bientôt ici. En attendant je ne résiste pas au plaisir d'en extraire une citation pour poser le ton du livre et qui permet aussi de constater en une seule phrase combien Saroyan peut se rapprocher d'auteurs comme Brautigan, Fante et Bukowski.
"Je me suis levé de table et je me suis mis à danser la gigue : Papa a éclaté de rire, et j'aime l'entendre rire comme ça - comme un type qui écrit, qui a faim et qui est complètement fou."

mardi 20 septembre 2016

L'étonnant Monsieur Dubois

Ce pourrait être le titre d'un roman ça : "L'étonnant Monsieur Dubois", non ? Et ce Monsieur Dubois, c'est Jean-Paul Dubois, journaliste et écrivain sexagénaire toulousain plutôt atypique. 
L'auteur enchaîne les romans depuis les années 80 dans une discrétion qui est devenue célèbre près du grand public après l'obtention du Prix Femina en 2004 pour "Une vie française".

Il est étonnant Jean-Paul Dubois. Très différent du discours habituel des gens de lettres, il ne nourrit aucune dévotion sacrée à l'égard de la littérature; mieux, il considère l'écriture comme un travail, plutôt pénible, dont il aime se tenir à distance, ne s'y consacrant que trente jours par an. Car ce stakhanoviste intermittent de la plume a pris l'habitude d'écrire selon une méthode tout à fait inédite. Ainsi il raconte écrire "seulement" du 1er au 31 mars, à raison de 15 heures et 8 pages quotidiennes. Trente jours à 8 pages égalent 240 pages et cela donne un roman qui se vend en général très bien. Et le reste du temps, cet auteur à l'accent de violette le passe à réparer tout un tas de trucs et à faire ce qu'il aime, regarder le rugby, passer la tondeuse à gazon, bricoler... J'avoue que je suis fasciné par une telle démarche, admiratif de son abnégation (car pour rester 15 heures par jour le cul vissé sur une chaise à produire un roman, il en faut) mais aussi un peu étonné par la distance qu'il parvient à mettre entre l'acte d'écrire et son quotidien les onze autres mois. Gageons qu'il a trouvé une recette du bonheur et il suffit de l'entendre parler pour penser que c'est le cas.

Et alors que son nouveau roman intitulé "La Succession" (éditions de l'Olivier) vient de sortir, voilà un petit documentaire qui permet de découvrir ou de redécouvrir l'auteur de "Kennedy et moi" et des chroniques américaines "L'Amérique m'inquiète" et "Jusque-là tout allait bien en Amérique".

lundi 19 septembre 2016

Parenthèse de goudron

Cette semaine, je vais avoir le temps de penser à mes prochains écrits, loin de toute préoccupation matérielle. De façon pragmatique, et pour tout dire, j'ai quelques décisions à prendre sur un point névralgique de l'intrigue de "MANX" et il va falloir choisir car l'écriture va bientôt démarrer. 
Ce samedi donc, vers 10h du matin, l'ivresse des grands fonds sur goudron va me rattraper du côté de Millau. Une nouvelle édition de la mythique épreuve des 100 km va avoir lieu. Et pour la cinquième fois après 2010, 2011, 2012 et 2015, je vais m'aligner au départ.

Cette année j'irai à Millau dans le même état d'esprit qu'en 2015, sans aucune velléité chronométrique et loin de toute préoccupation de performance. Après avoir peu à peu - et presque malgré moi - recherché une certaine performance entre 2010 et 2014, avoir retrouvé le chemin de l'écriture depuis deux ans me permet une approche plus décontractée de la course à pied en compétition, hédoniste. La discipline de l'ultra endurance se prête particulièrement à la contemplation et au zen, deux qualités que l'âge aidant, je me plais à essayer de cultiver. Cette année, comme en 2015, le but de cette quête de l'inutile sera d'aller au bout de l'aventure sans casse. A l'inverse de l'an dernier, j'aurais en revanche un suiveur vélo, ce qui rend tout de suite les choses plus faciles. Je compte bien profiter de ces heures à fouler le goudron aveyronnais pour me souvenir du passé et surtout pour envisager le futur, dans une conjonction des temps que ce genre de course de la patience sait transcender comme nulle autre. 

vendredi 16 septembre 2016

Sélection Prix Femina 2016

Après la première sélection du Goncourt, le jury du Prix Femina vient d'annoncer sa première sélection. Le prix sera attribué le 25 Octobre prochain, une semaine avant le Goncourt, de quoi faire en sorte qu'il n'y ait pas de cumul des mandats, ce serait ballot
En attendant la seconde sélection le 4 Octobre puis la troisième sélection le 14 Octobre qui se chargeront de réduire la liste des prétendants, voici les nominés pour le prix du Femina Français : 

  • Sophie Avon, Le vent se lève (Mercure de France)
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal, (Gallimard)
  • Catherine Cusset, L'autre qu'on adorait (Gallimard)
  • Chloé Delaume, Les sorcières de la République (Seuil)
  • Négar Djavadi, Désorientale (Liana Levi)
  • Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
  • Hélène Gestern, L'odeur de la forêt (Arléa)
  • Frédéric Gros, Possédées (Albin Michel)
  • Serge Joncour, Repose-toi sur moi (Flammarion)
  • Luc Lang, Au commencement du septième jour (Stock)
  • Marcus Malte, Le garçon (Zulma)
  • Laurent Mauvignier, Continuer (Minuit)
  • Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
  • Leila Slimani, Chanson douce (Gallimard)
  • Florence Seyvos, La sainte famille (L'Olivier)
  • Thierry Vila, Le cri (Grasset)
  • Eric Vuillard, 14 juillet (Actes Sud)

Comme pour le Goncourt, beaucoup des éditeurs majeurs squattent la place mais soulignons la présence de l'éditeur Zulma qui propose toujours des livres intéressants sous une maquette réussie. Je fais donc de "Le garçon" de Marcus Malte mon favori. Je précise que c'est un avis totalement, non, affreusement subjectif vu que je n'ai lu aucun titre de cette sélection. Bon d'accord j'avoue que le nouveau Joncour m'attire beaucoup, pour en avoir lu les premières pages... Mais il faut bien supporter les challengers et Zulma n'a pas la reconnaissance du grand public comme peuvent l'avoir les poids lourds de l'édition... Alors à choisir, autant choisir "le petit"... La suite dès le 4 Octobre en espérant que le Zulma échappe à la coupure de la 2ème liste.

jeudi 15 septembre 2016

SUR écrire

Je suis récemment tombé sur l'émission "La grande librairie" du 16 Octobre 2008. 
Pendant cette émission a été diffusé un reportage sur la visite de François Busnel chez John Le Carré, auteur poids lourd du thriller d'espionnage. 
Je ne suis pas fan de l'auteur mais je m'intéresse énormément aux procédés de création littéraire et en particulier au travail des manuscrits. Et ce que j'ai vu à la 24ème minute de cette émission m'a scotché. Je vous colle le lien direct, c'est impressionnant et cela souligne l'importance de la réécriture et du travail du manuscrit.

Le marronnier du Goncourt

"Et c'est reparti... encore du saucisson !"
Boby Lapointe est mort en 1972 et le prix Goncourt lui a survécu. Même s'il ne faut voir aucune relation de cause à effet entre ces deux faits. Le prix a 113 ans, ça nous rajeunit pas ça madame. 

En Septembre c'est le mois des vendanges et de l'établissement de la première liste de sélection pour le prix Goncourt. 
C'est bien le prix Goncourt, ça fait de la pub pour Drouant, ça flatte les égos du jury et ça fait vendre les journaux. Sans compter que ça te file un coup de boost dans les ventes, quelque chose de velu. En ces temps de misérabilisme perpétuel où l'on nous vend de la dépression en fuseaux horaires non-stop, ça ne mange pas de pain.
Petit graphique pour rappel de l'intérêt des prix littéraires pour les éditeurs : 

Bon alors, et cette liste ? Et bien la voilà : 

Natacha Appanah - Tropique de la violence (Gallimard)
Metin Arditi - L’enfant qui mesurait le monde (Grasset)
Magyd Cherfi - Ma part de Gaulois (Actes Sud)
Catherine Cusset - L’Autre qu’on adorait (Gallimard)
Jean-Baptiste Del Amo - Règne animal (Gallimard)
Jean-Paul Dubois - La Succession (L’Olivier)
Gaël Faye - Petit Pays (Grasset)
Frédéric Gros - Les Possédées (Albin Michel)
Ivan Jablonka - Laëtitia ou la fin des hommes (Seuil)
Régis Jauffret - Cannibales (Seuil)
Luc Lang - Au commencement du septième jour (Stock)
Laurent Mauvignier - Continuer (Minuit)
Yasmina Reza - Babylone (Flammarion)
Leila Slimani - Chanson Douce (Gallimard)
Romain Slocombe - L’affaire Léon Sadorski (R. Laffont)
Karine Tuil - L'Insouciance (Gallimard)

Alors, est-ce que cette première sélection a bénéficié de l'arrivée de Virginie Despentes dans le jury ? S'agit-il d'une sélection plus rock & roll ? Je tombe le masque tout de suite : je n'en ai lu aucun. Mais à mes questions précédentes et pour suivre un minimum l'actualité littéraire, je constate qu'il n'y a pas de révolution dans les palais... Les éditeurs qui trustent les premiers rôles sont là -Gallimard x5 - l'underground et la littérature dissidente ou à minima alternative n'est pas encore prête d'entrer dans la sélection. Et puis ce sont toujours les mêmes bouquins dont on nous parle depuis deux mois, ceux qu'on voit dans les journaux, dans la lobotoboîte (communément appelée télévision), bref, la même publicité pour les mêmes lessives. 
Après, il peut être amusant de prendre les paris. Voilà ,je me lance, juste pour le fun comme disent les djeuns. Je mise un pièce sur "Règne Animal" de Del Amo; je n'ai pas lu son bouquin mais je l'ai feuilleté et bon sang, il y a de la puissance dans les lignes que j'ai parcourues. Et puis il est toulousain, et ça compte... "Ô Toulouse !
On a commencé avec Boby Lapointe, on peut bien finir avec Nougaro.

mercredi 14 septembre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 2

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui va se proposer de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (1)


Phase 3 - La conception

Après avoir passé quelques semaines/mois/années (rayer la mention inutile) à incuber (Phase 1) puis quelques jours à prospecter (Phase 2), il faut maintenant se pencher un peu plus sur la préparation en tant que telle de ce futur roman. Les deux phases précédentes ont permis de récolter des idées de personnages, d'intrigues, un sujet... Mais tout cela n'est encore qu'un tas de petits trucs informes, mal foutus, vagues et sans liens les uns avec les autres.

Alors comme je l'ai déjà indiqué pour les phases 1 et 2 : il n'y a pas de solution miracle; il faut expérimenter. Voilà ce que je fais pour "MANX" et qui s'inspire en grande partie de ce proposent des méthodes documentées mais dont j'ai trouvé une excellente synthèse sur le site de Kanatanash. Il y a de nombreux sites qui proposent des méthodes, pour la plupart inspirées de théories apprises dans les ateliers de creative writing américains.
L'idée est d'aller du plus large au plus précis comme si on se rapprochait avec une loupe. Et surtout de ne pas hésiter à se promener d'une étape à une autre, car à chaque fois que l'on passe d'une étape à la suivante, de nouvelles idées se font jour et peuvent nécessiter de revenir à l'étape précédente pour faire une mise à jour. Il faut réussir à suivre la méthode sans que cela bride l'imaginaire et la liberté de faire ce que l'on veut. C'est bien là le plus important. Une méthode c'est bien à partir du moment où on sait s'en défaire.



> étape 1 : une histoire en une phrase

La théorie : Il s'agit d'écrire une phrase qui résume l'histoire que l'on souhaite écrire. Une seule phrase pour expliquer ce que l'on va raconter pendant des centaines de pages. 

Mon avis : C'est raide mais c'est très bien. Cela permet d'aller à l'essentiel et de se mettre au clair avec soi-même. C'est une sorte de contrat moral : voilà ce que je souhaite raconter. 
Pour "Manx", il m'a fallu... 3 minutes.


> étape 2 : une histoire en un paragraphe 

La théorie : Transformer la phrase de l'étape précédente en un paragraphe en introduisant des éléments perturbateurs entre chaque phrase. En gros : qu'est ce qu'il va se passer pour faire foirer l'histoire et la rendre intéressante ? Conflits entre personnages, événements extérieurs, etc... Il faut trouver des grains de sable pour bâtir une intrigue principale qui tienne la route. 
Un chevalier qui sauve une princesse c'est marrant deux minutes mais s'il lui arrive des tuiles au milieu qui l'obligent à revoir son but, ou la façon de l'atteindre, c'est mieux. 

Mon avis : Etape hyper importante : c'est là que mon imagination commence à partir dans des zones complètement farfelues et suggère plein de pistes foireuses ou non mais indispensables pour trouver un fil conducteur. et mettre en place ces fameux écueils qui vont rythmer l'histoire. Quand on prend un peu de recul, c'est ce paragraphe là qu'on va raconter à un futur lecteur pour lui donner envie de lire son livre quand il sera terminé.  
Pour "Manx", il m'a fallu... 15 minutes.

> étape 3 :  le but des personnages

La théorie : L'étape 2 a permis de réfléchir à des conflits, des obstacles et donc à imaginer des protagonistes amis et ennemis des personnages que l'on avait déjà en tête. Tout naturellement de nouveaux personnages se font jour. Il faut leur trouver leurs caractéristiques fondamentales. A ce stade, il ne s'agit pas de savoir s'ils sont bruns ou s'ils parlent avec style mais plutôt quel est leur intérêt dans l'histoire qu'on va raconter et le rôle qu'ils vont y jouer. Dans quelles situations sont-ils au début de l'histoire et à la fin du récit : comment évoluent-ils, qu'apprennent-ils ? 

Mon avis : Là, on commence à se faire quelques nœuds au cerveau. Mais cette étape est pour moi déterminante car j'attache beaucoup d'importance aux personnages. Après tout ils constituent le socle primordial d'une bonne histoire. Sans personnages complexes, ambigus, riches, il n'y a pas d'histoire. C'est facile à dire mais difficile à faire.
Pour "Manx", j'ai actuellement 7 personnages et il m'a fallu... 2 heures.


> étape 4 : une histoire en une page 

La théorie : L'étape 2 nous a donné un paragraphe avec deux ou trois événements clés qui vont faire basculer le récit dans une direction importante. Il s'agit maintenant de développer ce paragraphe pour en faire un synopsis qui va creuser l'intrigue. En le détaillant, ce paragraphe se transforme en une page de 4 paragraphes. Chaque paragraphe se termine sur un écueil (éléments perturbateurs) sauf le dernier qui se termine sur la fin de l'histoire. 

Mon avis : On continue de se creuser les méninges et de nouvelles pistes apparaissent. En cherchant à rendre son histoire cohérente et intéressante, on amplifie les conflits, on découvre des histoires secondaires, des intrigues mêlées. On peut même déjà identifier des blocages et on change son fusil d'épaule pour que les fondations soient solides. C'est ce qu'il m'est arrivé pas plus tard que la semaine dernière. Alors que mon paragraphe de l'étape 2 avait une chouette gueule, je me suis rendu compte en le développant ici que ça ne tenait pas la route. Quel temps gagné de s'en rendre compte ici plutôt que dans 2 mois après plusieurs dizaines de pages écrites ! 
Pour "Manx", il m'a fallu... 1 heure. 


> étape 5 : l'histoire des personnages  
La théorie : L'étape 3 nous a donné quelques pistes de base pour les personnages les plus importants de l'histoire, il faut maintenant envisager l'histoire vue à travers les yeux de chacun d'entre eux pour renforcer les intrigues secondaires. Le principe est de rédiger un synopsis d'une page pour chaque personnage. 

Mon avis : Hyper important pour moi afin de commencer à réfléchir à la question du point de vue narratif des scènes futures qu'il faudra écrire. Cette étape permet de commencer à se mettre dans la peau de tous les personnages de l'histoire. On peut utiliser cette étape pour améliorer ces derniers en les épaississant davantage. 
Pour "Manx", il m'a fallu... 2 heures.


> étape 6 : LE synopsis 

La théorie : Il faut ici développer l'histoire qui tient sur une page depuis l'étape 4. Donc penser aux enchaînements entre les parties et les définir : que se passe t-il au début, au milieu et à la fin de l'histoire. Quels événements majeurs (les écueils dont on parle depuis le début) permettent d'articuler ces différentes parties les unes aux autres.  Où est-ce que ça pêche encore ? Quels choix doit-on faire pour s'engager dans une voie plutôt qu'une autre. Là, il faut se mettre d'accord.

Mon avis : C'est perturbant pour le cerveau parce qu'il faut revoir tout ce que l'on a fait avant, découvrir qu'une piste n'est pas la meilleure, revoir les étapes précédentes en conséquence, découvrir de nouveaux trous dans le gruyère et recommencer. Mais pour moi c'est une étape fondamentale pour avoir la structure du récit dans ses grandes lignes. 
Pour "Manx", il m'a fallu... 2 heures.

Voilà. Après deux semaines, j'en suis donc là. Il me reste maintenant deux étapes qui vont prendre plusieurs jours : les fiches détaillées de personnages et le plan des différentes scènes de l'histoire. De quoi m'occuper jusqu'à la fin du mois en même temps que je mène quelques recherches relatives à l'une des intrigues secondaires, que j'enquête sur un décor, des habitudes de vie, un lieu... 

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite... 

 

mardi 13 septembre 2016

Lecture : Richard Ford - Week-end dans le Michigan

Richard... Tu m'agaces.
Certes je ne te connais pas. Et c'est à peine si je te reconnaîtrai si d'aventure je te croisai au bas de la rue. Cette perspective a certes peu de chances de se produire : tu as 72 ans et aux dernières nouvelles, tu vis dans le Maine. 

Richard... J'aurai aimé aimer tes livres.
En plus tu as poussé la pudeur à ne pas faire crouler les étals des librairies sous ta production : huit romans entre 1976 et 2014 c'est ce qui s'appelle une production raisonnée. Et même si on y ajoute trois recueils de nouvelles, tout cela reste très sage. Ton aîné et collègue Cormac McCarthy, qu'ici en France on catalogue aussi dans le mouvement du "Dirty Realism" (et qui comme toi a décroché le Pullitzer de Littérature) en a publié treize sur une période similaire. 

Richard... Canada ou Michigan, et après ? 
J'ai découvert ton univers dans "Canada" dont j'ai aimé le démarrage et l'idée, il faut dire que tu sais y faire pour installer une ambiance et embarquer ton lecteur dès les premières pages. Tu as bien failli m'avoir à nouveau avec "Week-end à Michigan" d'ailleurs... Mais là le soufflé est retombé après un peu plus de 150 pages. Et quand il en reste 340, ça fait un paquet de feuilles à tourner. Alors j'avais déjà détecté ta propension à prendre des chemins de traverse à la lecture de "Canada". Mais pour aller dans le Michigan, tu as mis du temps. Un foutu temps... Trop de temps ! Richard, tu sais écrire. J'aimerai avoir le quart de la moitié du dixième de ton talent mais bon sang, que de longueurs !

Bon. Faut que je te fasse une confidence. C'était pas forcément le bon moment pour moi de lire "Week-end dans le Michigan". Faut avoir des sourires plein l'estomac avant de se plonger dans ces 500 pages. Et surtout pas des papillons de nuit dans la tête. Parce que les confidences et les états d'âme de ton héros journaliste sportif qui a perdu son petit garçon après une maladie, ça m'a pas arrangé. Il est pas drôle ton bouquin, et c'est ton choix, ça on peut pas dire. Mais franchement, tu aurais pu nous virer 300 pages et en faire un truc ramassé autrement plus puissant. Alors sans rancune Richard, et peut-être à une prochaine.

lundi 12 septembre 2016

Parcours de lecteur (2)

Cet article fait suite à celui du 4 septembre : Parcours de lecteur (1)

Révolution 0.5
L'année 1989 marque le véritable lancement de ma bibliophilie. J'ai notamment le souvenir d'avoir été malade  quelques jours et d'avoir du rester au lit. Rien de grave, mais l'ennui me pousse alors à jeter un regard un peu plus attentif à ce livre que mon père me propose ; "La peste" de Camus. Je me régale du style riche et de l'écriture puissante de Camus, je me sens soudain adulte et considéré en tant que tel par l'auteur en éprouvant cette délicieuse impression que Camus a écrit ce bouquin pour moi. Longtemps il restera avec "Le vieil homme et la mer" d'Hemingway l'un des deux bouquins fondateurs. 

Révolution 1.0
Je ne suis toutefois pas un intellectuel et je ne l'ai jamais été. Pas davantage en 1989 qu'aujourd'hui. Alors pendant l'été de mes 15 ans je me laisse aspirer par la découverte de ce que les amateurs d'étiquette qui sévissent en France appellent "les littératures de l'imaginaire".
Les auteurs américains de science fiction, de fantasy et de science fantasy se mettent peu à peu à inonder les rayonnages de ma bibliothèque. Affamé de découvertes, je me mets à picorer ça et là avec toute la frénésie du béotien en état de manque. La collection "J'ai Lu SF" constitue ma première source d'approvisionnement, et je récupère dans le grenier familial des éditions des années 70 ayant appartenu à mon père. Je lis le cycle du A de Van Vogt et je découvre les Robots d'Isaac Asimov, ce qui constitue une véritable révélation. J'écris des nouvelles de science fiction, je me sens "proche" de ces auteurs et avec le recul, je me rends compte que je me mets à imiter le style d'Asimov, ce qui n'est pas une très bonne idée d'un point de vue littéraire. 
Car si l'on ne peut pas reprocher à Asimov l'immensité de son imaginaire et l'approche scientifique de ses intrigues, ses personnages sont tout de même très maladroitement construits. Mais qu'importe, à cette époque, je me régale et je lis tout ce que je trouve qui porte le nom d'Asimov sur la couverture. Le cycle des robots y passe en entier et puis je découvre Fondation, nouvelle révélation et excitation maximale lorsque dans la seconde partie du cycle de Fondation, on retrouve les robots. La cohérence de l'univers d'Asimov m’apparaît en même temps que je me mets à envier ces auteurs dont le métier consiste à inventer ces mondes, à les dépeindre et à les faire se croiser dans plusieurs livres à priori indépendants. 

Toujours dans la collection "J'ai lu SF" je découvre l'immense Jack Vance et les quatre romans de son célèbre cycle de Tschaï dont les couvertures sont signées Caza et que je vais relire plusieurs fois. Poussant la porte d'autres collections pour lire du Vance par ailleurs, je me mets à arpenter le catalogue des "Pocket SF" en commençant par son autre cycle ultra célèbre de cinq romans de "La geste des princes démons".  
L'été  suivant les éditions "Pocket SF" ainsi découvertes me permettent de tomber sur l'univers de Michael Moorcock dont je vais lire presque tout en presque rien de temps. Et ce malgré la maquette discutable de leurs bouquins aux couleurs roses sur fond gris métal : le cycle d'Hawkmoon (7 tomes), le cycle d'Elric (9 tomes) que j'alterne avec la lecture de Corum (6 tomes). La richesse de la Science Fiction va occuper mes lectures pendant plusieurs années de façon exclusive.
Plusieurs auteurs vont notamment m'accompagner pendant les trois années de lycée à Béziers où matin et soir je dois m'astreindre à une bonne heure de bus, soit deux heures de lecture cinq jours par semaine en plus des lectures du soir dans le lit... Et puis d'explorations en explorations je découvre LA collection de SF dont je vais lire et collectionner le plus de livres : "Présence du Futur" de Denoël qui existe depuis 1954 et qui propose des centaines de titres. 
Grâce à elle je découvre les bouquins de Philip K.Dick, Roger Zelazny, Fredric Brown, Ray Bradbury, Richard Matheson, Lovecraft, Stefan Wul... Des sommités du genre. Et puis je tente la SF du bloc de l'Est (Stanislas Lem, Arcadi et Boris Strougatski), des auteurs moins connus... Je me régale d'alterner les collections et les thèmes, les nouveautés (le cyberpunk) avec les grands classiques (Silverberg, Poul Anderson, Arthur C.Clarke...) sans oublier de revenir fréquemment à mes auteurs favoris (Vance, Asimov, Clifford D.Simak...)
Après avoir lu et accumulé des centaines de romans de SF, les années 90 sont déjà bien entamées, j'ai presque 20 ans et à cet âge, forcément, on s'intéresse un peu plus aux filles et un peu moins aux bouquins... Sans compter qu'après plusieurs années de régime SF, j'ai l'impression d'avoir tout lu et je me suis lassé. Je ne sais pas encore qu'il me faudra un long moment avant ma prochaine révolution de lecteur...  

(à suivre)