jeudi 8 février 2018

Se rappeler Janvier 2018...

Première branche de l'année 2018, Janvier est tombé.
Alors que nous fonçons tête basse dans les jambes raccourcies de Février, qu'en reste t-il ?  Trois événements majeurs en ce qui me concerne mais dont deux sont en rapport avec la lecture et l'écriture : 

1 - Plateforme : 
Ce roman de Michel Houellebecq paru en 2001 reste ma meilleure lecture de janvier. Sur le sujet polémique et casse-gueule du tourisme sexuel, l'écrivain voués aux gémonies comme aux célébrations s'en tire drôlement bien. Alors oui, il y a pas mal de scènes de cul explicites comme dirait l'autre mais pas gratuites car le plus souvent suivies ou précédées par des réflexions sur la place de l'homme dans la société moderne. Le thème du rôle du sexe dans l'émancipation individuelle revient souvent dans le cycle informel des trois premiers romans de l'auteur qui forme un tout cohérent et vraiment réussi. On est très loin des ouvrages qui vendent du cul pour du cul, le propos va plus loin, après il faut avoir l'estomac bien accroché et ne pas être en dépression en lisant cet ouvrage. Mais c'est justement parce que Houellebecq ne s'arrête pas à la surface des choses que ses romans sont réussis. Je passe à dessein sur les extraits qui ont provoqué les réactions scandalisées de certains professionnels de l'indignation, cette vertu moderne qui pollue le quotidien de nos société névrosées bourgeoises. 

Extrait : Jusqu'au bout je resterai un enfant de l'Europe, du souci et de la honte ; je n'ai aucun message d'espérance à délivrer. Pour l'Occident je n'éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l'égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est devenu simplement impossible de vivre ; et, de plus, nous continuons à l'exporter.

2 - Parenthèses : 
Je suis toujours lancé dans l'écriture du premier jet de ce nouveau roman provisoirement baptisé "Parenthèses". Le rythme d'écriture n'est pas exceptionnel, la faute à une activité professionnelle chargée, et à la reprise d'une activité sportive chargée elle aussi. Les journées ne faisant que vingt-quatre heures et malgré des nuits étriquées en sommeil, je ne parviens pas à concilier trois vies en une seule, à mon grand désarroi. Ce qui explique aussi la faible fréquence de mise à jour de ce blog. 
Entre le 3 janvier le 3 février, j'ai néanmoins réussi à écrire 6 chapitres pour un total de 160 pages. Je suis pour l'instant partagé sur le résultat mais il faut conserver à l'esprit que ce premier jet n'est qu'un brouillon destiné à éprouver les idées initiales et la construction du récit, ainsi que les personnages imaginés. Ce n'est qu'en se confrontant à l'histoire et en faisant cohabiter les individus de son imaginaire que l'on se rend compte à quel point les choses tiennent ou au contraire où est ce qu'il va falloir procéder à des adaptations. 
Ce premier jet devrait donc m'occuper encore jusqu'à fin mars ou début avril, pour arriver à un total d'environ 500 pages dont la plupart seront expurgées lors de l'écriture du deuxième jet qui démarrera ensuite. 

jeudi 18 janvier 2018

L'extrait du... 18 janvier

Je ne pouvais décemment pas passer sous silence le complot honteux des haineux de tous bords qui, sous couvert de valeurs républicaines, ont tout fait pour que Gallimard ne republie pas les pamphlets de Céline. Un amoureux de la littérature aurait pu penser que Céline méritait d'être republié dans son intégralité. En effet, seul un obtus lobotomisé peut encore aujourd'hui réfuter que Céline restera un auteur à l'intérêt littéraire plus grand que, disons, soixante quinze pour cent de la littérature contemporaine. 
Non ? Vous voulez vraiment que l'on pratique une analyse de texte comparative entre un Voyage au bout de la nuit et les textes de cette poignée des sempiternels mêmes auteurs parisiens qui s'écoutent parler sur les plateaux de télévision ? Ce même amoureux de la littérature aurait même compris et approuvé que Gallimard accompagne ces republications d'un guide ou d'un manuel en guise d'avertissement sur la portée antisémite de ces textes. Comme cela avait été fait pour la récente republication de Mein Kampf. Faut croire que Céline était plus méchant encore que Hitler puisque non, on n'aura rien. Juste à se contenter des pamphlets en version PDF que l'on peut trouver après une simple recherche Google. C'est triste. Un tel déni de liberté d'expression continue d'apporter la preuve qu'en France au XXIème siècle, au cas où on ne le saurait pas encore, on se retrouve encore inféodé à des pratiques de régimes totalitaires. Le plus drôle dans l'histoire étant que ce sont ces mêmes tristes sires (pour rester poli) qui interdisent qui se gargarisent de véhiculer des idées progressistes et de faire barrage à l'obscurantisme. Franchement, ça en est tordant !

"La grande prétention au bonheur, voilà l'énorme imposture ! C'est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l'existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois... C'est avec des gens heureux qu'on fait les meilleurs damnés." 
Louis Ferdinand Celine, Mea Culpa (1936)

Voilà. C'est un court extrait de Mea Culpa, publié en 1936. Il n'est fait référence dans cet extrait ni aux juifs (ce pamphlet-là n'en parle pas d'ailleurs) ni au communisme (ce qui est l'objet de ce même pamphlet). Il ne s'agit pas non plus du plus bel extrait de l'oeuvre de Céline. Mais c'est simplement pour dire que l'on peut encore en France au XXIème siècle avoir envie de lire cette littérature là, malgré les idées qu'elle colporte. Parce que la littérature est au-dessus des hommes, qu'il s'agisse de ceux qui l'écrivent ou de ceux qui la lisent, et bien entendu bien davantage encore au-dessus de ceux qui la critiquent sans même la lire.


jeudi 11 janvier 2018

L'extrait du... 11 Janvier

L'extrait du jour provient du roman "Délicieuses pourritures" de l'écrivain américaine Joyce Carol Oates qui va fêter en juin 2018 ses 80 ans. Il s'agit de l'unique livre que j'ai lu d'elle, à ce jour. Graphomane acharnée, elle a ,depuis son premier livre en 1964, écrit près de 200 bouquins ! Sa production est telle que son éditeur américain n'a pas le temps de tout publier. Plusieurs fois pressentie pour le Nobel de littérature, les Suédois ne l'ont encore jamais honorée. Peut être justement à cause de cette abondante oeuvre gothique, sombre et singulière ? Venant de lire les extraits de son journal qu'elle a consentie à publier, je suis intrigué par cette femme dotée d'une psyché singulière. Anorexique, obsédée par l'écriture, sans enfant, mariée au même homme pendant des décennies, elle détonne dans le paysage littéraire contemporain.  

"Andre Harrow était verbeux, tyrannique. Il était gentil et condescendant. Il ne cessait de nous interrompre tout en nous exhortant à « dire ce que nous pensions, si ne voulions pas que quelqu’un le fasse à notre place ». Lorsqu’il parlait, il s’animait et transpirait ; il essuyait son visage empourpré et son nez, d’un revers brusque de la main ; il dégageait une franche odeur de transpiration masculine, comme un cheval surmené.
À la différence de nos autres professeurs qui pendant les cours restaient assis ou plantés derrière leur pupitre, M. Harrow bondissait sur ses pieds chaque fois qu’une idée lui venait. Il marchait de long en large en faisant de grands gestes, parlait avec animation, le visage luisant. Ses yeux cherchaient les nôtres.
À Catamount, on pensait qu’Andre Harrow savait « tout ». C’est-à-dire, tout ce qui valait la peine d’être su. Les aphorismes de Nietzsche, déclamés staccato : « Ce qui est fait par amour se fait toujours par-delà le bien et le mal » ; « Il n’y a pas de phénomènes moraux, seulement une interprétation morale des phénomènes ». Il récitait des poèmes de Blake, Shelley, Whitman, Yeats et Lawrence avec une telle ferveur que l’on comprenait que la poésie valait que l’on meure pour elle. Pourtant M. Harrow n’était pas lui-même poète, semblait-il. Nous nous demandions pourquoi.)
M. Harrow s’habillait décontracté, mais avec une certaine recherche. Il portait des jeans avec des blazers bleus en cachemire, des pantalon kaki avec de beaux pulls tricoté main. Il portait des tee-shirts noirs qui épousaient son torse étroit bien musclé ; il portait une ceinture de cuir ornée d’une boucle d’argent proéminente qui attirait l’attention sur sa taille presque anormalement fine. Il portait des joggeurs, des chaussures de marche. Par temps chaud, des sandales. Les jours même à peine ensoleillés, des lunettes d’un noir tropical, comme si la lumière lui blessait les yeux.
Son humour pouvait être cruel (il citait certains de nos vers pour souligner leur faiblesse) mais il n’était jamais méchant. Si nous essuyions une larme, si nous nous mordions les lèvres pour ne pas pleurer, nous étions aussi flattées.
Il s’intéresse à moi. Il pense à moi. Je compte pour lui."

Joyce Carol Oates, Délicieuses pourritures (Philippe Rey)

mardi 9 janvier 2018

Entre parenthèses...

C'est donc parti. 
Je me suis lancé une nouvelle fois dans la grande aventure de l'écriture au long cours. Commencer un nouveau roman, c'est toujours impressionnant et on a chaque fois l'impression qu'on n'y arrivera tout simplement pas. On a beau avoir pris des notes pendant des mois auparavant, avoir passé des semaines à préparer le sujet, dressé des plans, rédigé des fiches de personnages, préparé un découpage de l'histoire... au moment de prendre le stylo et de commencer à écrire le premier jet, on se sent fébrile. Il parait que ça fait ça à tous les auteurs, même les bons qui ont de la bouteille. Et j'avoue que cette frousse, cette tension permanente est très plaisante à vivre. Pour tout dire, on se sent frémir d'une étincelle qui fait se sentir vivant et il s'agit là d'une sensation franchement irremplaçable. 

Ce projet, baptisé temporairement Parenthèses, est donc officiellement lancé depuis le 4 janvier et le démarrage du premier jet. Le premier chapitre est terminé depuis le 8 janvier, je me suis lancé dans le deuxième chapitre ce matin à 4h30. Et comme j'en ai pris l'habitude, ce premier jet qui sera destiné à la poubelle (façon de parler) sera écrit entièrement à la main. Je vais suivre le plan prévu en vingt-deux chapitres et voir où cela me mène, sans me limiter en taille ou en modifications imprévues, c'est le principe du premier jet. Et tout ce qui en fait le charme. Trouver des voix, se laisser surprendre par des personnages aux réactions nouvelles et poser les fondations du deuxième jet qui suivra au printemps.

lundi 8 janvier 2018

L'extrait du... 8 Janvier

Le double extrait du jour est tiré du livre "Contes d'Odessa" qui recense plusieurs textes écrits dans l'entre deux guerres par l'auteur russe Isaac Babel. Disponible en multiples versions de poche (je possède et je me replonge régulièrement dans celle d'Actes Sud mais ce livre est également disponible dans l'excellente collection L'imaginaire Gallimard).

"J’étais un petit garçon menteur. Cela venait de mes lectures. Mon imagination était toujours surexcitée. Je lisais pendant les cours, aux récréations, le long du chemin en rentrant à la maison, je lisais la nuit, sous la table, caché par la nappe qui pendait jusqu’à terre. Quand j’étais plongé dans un livre, je laissais passer sans y prendre garde toutes les affaires importantes de ce monde, comme de faire l’école buissonnière pour courir au port, d’apprendre à jouer au billard dans les cafés de la rue Grecque, ou de nager à Langeron. Je n’avais pas de camarades. Qui aurait eu envie de se lier avec un garçon comme moi ?"
(...)
"En fait, ce qu'il y a, c'est qu'à Odessa, tout jeune homme, tant qu'il n'est pas marié, veut être mousse sur un vaisseau au long cours. Et que pour notre malheur, nous nous obstinons à nous marier avec un entêtement extraordinaire." 
Isaac Babel, "Contes d'Odessa".

mardi 2 janvier 2018

2018 dans le domaine public

Au-delà des salutations de tradition en ces journées de chapelure grise sur les toitures des cités endormies, j'aime me souvenir qu'à chaque changement d'année civile, des grappes de disparus se rappellent à nous. 
Je veux parler des artistes qui viennent enrichir la monumentale bibliothèque imaginaire mais aux pages bien réelles de ces auteurs dont l'anniversaire de la mort intervenue voici quelques décennies leur permettent de "tomber dans le domaine public" (quelle vilaine expression). 
Marcel Aymé
Mais les auteurs ne sont pas les seuls concernés par cette mesure d'ouverture de leurs productions aux organes visuels et intellectuels de quelques humanoïdes qui ne sont eux pas encore tout à fait morts. 
Et en 2018, outre Marcel Aymé et Tristan Bernard qui se rappellent ainsi à notre bon souvenir, il est intéressant / amusant / étonnant (rayer la mention inutile) de constater que des personnalités telles que Henry Ford, Winston Churchill, Edward Hopper, René Magritte, John Coltrane ou Che Guevara rejoignent à leur tour cette tour de Babel de la culture mondiale ouverte à tous.

Je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter Marcel Aymé dont les livres et les scénarios de films ont accompagné nombre d'entre nous. Je me souviens encore avec émotion de ma lecture de "La Jument Verte" alors que j'étais encore enfant, sur les conseils toujours avisés de ma mère. 
Je vous invite cependant à cliquer sur ce lien Wikipedia afin de parcourir la liste des personnalités qui passent dans le domaine public en 2018. Nul doute que pour certains, nous en entendrons parler bientôt. Pour les autres, ce serait l'occasion de les découvrir...

Et en bonus, un extrait de "La Jument verte" de Marcel Aymé (édition Folio) : 
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.

samedi 30 décembre 2017

L'extrait du... 30 décembre

"Nous sommes seuls responsables de la morosité de nos existences. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie est pâle ? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l'entourage insupportable, c'est un verdict : vous ne vous supportez pas ! Prendre alors ses dispositions".

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard).

Et pour aller plus loin, je vous invite à visionner ce reportage narrant cette étonnante expérience d'un exil de six mois dans une cabane au bord du Baïkal : https://www.youtube.com/watch?v=9-CxXrRieCM&t=6s


lundi 11 décembre 2017

Parentheses... C'est parti

On peut dire que ça cogite pour le prochain roman, "Parenthèses" (titre de travail) dont j'ai attaqué depuis une grosse semaine les préparatifs. Je ne me presse pas mais les idées abondent. Après une grosse semaine, me voilà donc avec une trame complète de l'histoire, c'est un premier synopsis de 13 000 signes qui sert de résumé de toute l'intrigue vue à travers les yeux du narrateur. J'ai également travaillé sur 10 personnages qui vont peupler ce roman mais que je dois encore approfondir en réécrivant les résumés de leur histoire personnelle et de leur rôle tout au long de la narration. Ce qui va faire bouger les lignes du synopsis qui va s'étoffer pour arriver à une deuxième version. C'est l'objectif de la prochaine semaine.

Au cours de la troisième semaine, il sera temps de s'attaquer au découpage de ce synopsis en chapitres et scènes équilibrées. 
La quatrième semaine sera consacrée à des recherches que je dois mener, notamment une biographie imaginaire que je dois écrire dans les grandes lignes pour les besoins de l'histoire.
La cinquième semaine permettra de reprendre les fiches de personnages et des les affiner encore pour bien avoir en tête les caractères des 10 personnages de ce récit avant de se mettre au travail de rédaction. 
Enfin, aux alentours du 10 janvier, il sera temps de se lancer dans l'écriture proprement dite d'un premier jet. Une première pierre pour un long chemin qui devrait m'occuper la majeure partie de l'année 2018.

Et pour ceux qui se poseraient la question, après les Etats Unis dans "Brûler à Black Rock" et l'Ecosse dans "Des chardons dans la garrigue", il ne sera pas question de quitter le territoire dans ce nouveau roman. 

dimanche 3 décembre 2017

Préparer 2018

Décembre. Une année de plus, bientôt, rejoindra le compost du temps. 

Après trois nouvelles écrites depuis l'été et la publication de "Des chardons dans la garrigue", il est temps de se remettre à l'ouvrage. 
De longue haleine. De quoi occuper les longues soirées d'hiver. Et aussi celle du printemps et de l'été. De l'automne aussi, à coup sûr. Bref, du long, du roman. 
Parce que la réalité est le plus souvent insupportable, et qu'il faut la transformer et l'égayer comme on le peut...

écrire un roman. 
tuer un éléphant.
surfer l'océan.

Au travail donc... 2018 montre déjà les crocs derrière les portes.

jeudi 30 novembre 2017

L'extrait du... 30 Novembre

Extrait de Richard Brautigan 
dans le recueil "Journal Japonais" : 


Lorsque s’éveillent les rêves
La vie s’achève.
Alors s’envolent les rêves.
S’envole la vie.