mercredi 30 novembre 2016

Lecture : Glendon Swarthout - Le tireur

Originalement publié en 1975 sous le titre "The Shootist", ce western avait été traduit par France-Marie Watkins pour le compte des éditions Gallimard la même année sous le titre "Une gâchette". Il aura fallu attendre 2012 pour que Gallmeister publie une nouvelle traduction de Laura Derajinski sous le titre "Le tireur". 
L'histoire est simple : as du révolver, John Bernard Books est atteint d'un cancer incurable et il se sait condamné. Dès que la nouvelle se propage, tout le monde rapplique pour profiter de son chant du cygne. Mais en tueur professionnel qu'il est, on comprend bien que Books compte quitter le monde par la grande porte.

Soulignons tout de suite l'excellente initiative des éditions Gallmeister d'avoir remis à disposition dans cette nouvelle édition un petit roman qui fait mouche, merveille d'efficacité et de concision, un concentré de brio narratif et de personnages plus grands que l'ouest américain tout entier. J'exagère ? Oui, et alors ? Ce bouquin est un chef d’œuvre. Ni plus, ni moins. La mort y rode dès les premières pages, d'une façon symbolique, elle hante chaque page et déboule pleins fers à la fin du livre, alors que l'on s'y attend, que l'on sait depuis un bon moment comment tout cela va finir... Mais on n'arrive pas à refermer ce livre pour autant. La structure narrative est d'une efficacité absolue. Le personnage principal de ce vieux mercenaire as de la gâchette que l'on sait aux portes de la mort est l'un des plus grands personnages de fiction américaine que j'ai pu lire.  Et le cadre est à l'unisson, au changement de siècle, à l'aube du XXème siècle, les allégories sont nombreuses, cachées sous la poussière des crinolines des filles légères au saloon et dans les bottes crottées des cow-boys.
Glendon Swarthout a écrit ici un bouquin vraiment fantastique, une perle qu'il faut absolument lire même si on est réfractaire au genre western. Car le récit, les métaphores qu'il renferme, le ton âpre et sec : tout concourt à alimenter ce roman de mille facettes qui en font une fiction crépusculaire d'une richesse incroyable. En moins de 200 pages, on se fait embarquer auprès d'un anti héros de première classe auquel on s'attache presque illico... alors qu'on devrait le détester. 
Tout est millimétré, les scènes de duels au révolver sont d'une précision chirurgicale. D'ailleurs ce bouquin a été adapté au cinéma par Don Siegel avec John Wayne dans le rôle phare ("Le dernier des géants").
L'écriture parait simple, la construction de l'histoire est d'une banalité effarante... et pourtant la mayonnaise prend à 200%. Rien n'est plus compliqué que de réussir à faire simple. Swarthout signe là sa pépite et prouve qu'il est un grand auteur inspiré et brillant. Un bouquin que je relirai à coup sûr ! 

Extrait : "Ça doit faire longtemps que vous n’avez pas regardé un calendrier, Books. On est en 1901. Les jours anciens sont morts et enterrés et vous ne le savez même pas. Vous pensez que cette ville est juste un endroit comme les autres où faire régner une terreur de tous les enfers. Un enfer, c’en est un. Bien sûr qu’on encore des saloons, des filles et des tables de jeu, mais on a aussi l’eau courante, le gaz, l’électricité et une salle d’opéra, on aura un tramway électrique d’ici l’année prochaine et on parle même de paver les rues. On a tué le dernier crotale dans El Paso Street il y a deux ans, dans un terrain vague."


mardi 29 novembre 2016

Lecture : Thomas Pynchon - L'homme qui apprenait lentement

Thomas Pynchon a une réputation. Mystérieuse et secrète, comme l'est sa vie aux yeux des journalistes qui ne cessent de traquer un auteur qui souhaite simplement qu'on lui foute la paix. Peu de photos depuis les années cinquante, une méfiance à l'encontre des reporters : Thomas Pynchon a adopté la seule ligne de conduite qui me semble tolérable pour un auteur. Celle de fermer sa gueule et de ne s'exprimer que par son œuvre. C'est d'autant plus appréciable qu'il s'agit de Pynchon, un auteur qui s'est taillé une réputation de très grand homme des lettres modernes et conscrit de Jim Harrison, année 1937.
Bon, autant le dire tout de go, "L'homme qui apprenait lentement" n'est certainement pas le bouquin avec lequel faire connaissance avec Pynchon. C'est pourtant ce que j'ai fait et c'est une erreur. Enfin, il faut l'espérer. 
Recueil de cinq nouvelles dites "de jeunesse" et écrites à la fin des années 50, cette édition est d'ailleurs précédée d'une note de Pynchon écrite à posteriori et pas vraiment tendre avec ces textes. Il faut avouer que ces nouvelles sont verbeuses et plutôt ennuyantes même si quelques éclairs m'ont fait comprendre que je passais certainement à côté de quelques allusions ou/et thèmes que l'auteur prendra plaisir à développer par la suite - à en croire les aficionados de Pynchon. Quelques étincelles de forme et une voix sont en effet bien présentes et donnent envie de découvrir plus profondément cet auteur secret et reclus qui jouit d'une réputation énorme auprès d'un cercle d'amateurs éclairés. A suivre donc avec une future plongée dans l'un de ses romans. Je suis en effet curieux de voir ce que ce style enlevé et riche peut donner sur un récit au long cours. 

dimanche 27 novembre 2016

Corrections en cours... Je profite que le premier jet de "Manx" soit terminé et au repos pour préparer un prochain livre. Recueil de textes très courts (une demi à une page chacun) écrits entre 2004 et 2012, poésie contemporaine et nouvelles ultra courtes... Sortie prévue avant la fin de l'année au format papier et ebook ! 

vendredi 25 novembre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 12

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (10&11)


Phase 4 - Le premier jet (semaine 8)
Vous savez quoi ? C'est la fin de la phase 4 ! Et le pire c'est que j'ai tenu mon objectif de boucler ce premier jet en 8 semaines. J'aurais même pu être plus productif sans les deux longs week-end de toussaint et du 11 novembre pendant lesquels je n'ai pas fichu grand chose. Mais qu'importe, voilà, il est là ce premier jet ! Foi de stormtrooper ! 
Ce manuscrit atteint les 151 feuilles recto verso soit 302 pages de 1600 signes en moyenne, pour un total avoisinant les 500 000 signes. En 50 jours c'est pas si mal mais il faut relativiser : ce n'est qu'un premier jet. Car maintenant les choses sérieuses vont commencer ! Le premier jet c'est rien, ça n'est jamais qu'un brouillon, et quand on a fait ça... ben on n'a (presque) rien fait.

Phase 5 - Laissez reposer la pâte 
Et c'est donc le début de la phase 5. Celle-là, c'est super facile. Il faut attendre et ne rien faire. Le manuscrit est posé sur mon bureau, dans une pochette fermée et il va rester en l'état pendant plusieurs semaines, environ un mois. L'objectif maintenant c'est d'oublier ce que l'on vient d'écrire afin de préparer la prochaine phase qui sera celle de la relecture.  Bon, dans la réalité c'est un peu différent, 48 heures après avoir terminé le premier jet, je commence déjà à réfléchir au schéma narratif qui coince, aux personnages qu'il faut retravailler, aux scènes bancales. Je prends quelques notes rapides sur mon carnet qui ne me quitte jamais mais dans l'idée, il faut que je laisse reposer la pâte. Cela tombe bien : j'ai un recueil de textes très courts écrits entre 2004 et 2014 que je suis en train de corriger et que je voudrais publier pour fin décembre... De quoi m'occuper en attendant la phase 6.

A suivre...

jeudi 24 novembre 2016

L'humeur du... 24 Novembre

En France, on n'a pas de pétrole mais il parait qu'on a des idées. Ouais enfin, je suis pas bien sûr pour le coup. En France, on a des écrivains qui passent leur vie à la télévision et à la radio. Cherchez pas, ce sont toujours les mêmes. Et cherchez pas non plus, ce ne sont pas ceux qui font preuve du plus d'imagination dans leurs récits. En cette période post rentrée littéraire avec dans son sillage une pluie de prix tous plus abscons les uns que les autres, cette triste réalité est d'autant plus évidente. Heureusement tout cela est derrière nous et nous voilà tranquilles jusqu'à janvier où la seconde rentrée littéraire va nous remettre un coup de massue derrière la tête. Avec la valse des mêmes poncifs et toujours les mêmes auteurs qui vont revenir hanter l'espace médiatique à baver les mêmes paroles, à éjaculer des platitudes qui nous emmerdent. 
Depuis quelques années pourtant ont émergé une nouvelle vague d'écrivains du prime time. Après la platitude et l'enfer de l'autofiction (quelles purges!) et du règne du MOI pendant lequel ces tristes sires nous ont conté par le menu leur quotidien de petits bourgeois malheureux trop occupés à se regarder le nombril pour créer, voilà venus les scribouillards de l'exofiction.
En France, on n'a pas de pétrole, mais on créé des néologismes à tout va. Surtout pour masquer la réalité des choses. Exofiction, késako ? L'exofiction, c'est le truc à la mode, c'est à l'écriture ce que le biopic est au cinéma : un livre inspiré de la vie d'un personnage qui a réellement existé. L'auteur glisse quelques éléments inventés, juste ce qu'il faut pour ne pas parler de biographie. Une bonne publicité par-dessus, on surfe sur la vague du potin, de la télé réalité puisqu'on utilise les mêmes schémas de caniveau et hop emballez c'est pesé. Depuis deux ans la tendance s'accentue et les libraires croulent sous cette production qui bénéficie de la complicité des journalistes bien pensants et bien dans le moule. 
Faut dire que ça vend un bouquin qui va nous dire des trucs vrais et croustillants sur la vie - pêle mêle - d'Elvis, de Napoléon, de Senna, d'Edgar Hoover, de Kadhafi, de Poutine, de Salinger, de Jim Morrison, de Kurt Cobain, de Van Gogh... Ben ouais. Et si en plus on donne un prix littéraire alors c'est le jackpot : bandeau rouge à la con pire qu'une guirlande sur un sapin de noël et les éditeurs se frottent les mains en comptant les euros. 

Ouais. Et la fiction dans tout ça ? La vraie fiction ? Celle qui consiste à inventer un personnage, une histoire, un cadre, des relations, des paysages ? Celle qui fait rêver le lecteur sur le seul contrat passé avec l'auteur de partager pendant quelques centaines de pages un univers créé de l'agrégation de mille choses différentes qu'un cerveau humain a converti en une histoire inventée ? Ah ben c'est sûr que là c'est autrement plus compliqué. Que c'est plus compliqué à vendre surtout. Parce que vendre ma bonne dame, y'a que ça qui compte aujourd'hui. Et que les plus courts chemins pour y arriver sont les meilleurs.

En France on n'a pas de pétrole, mais bientôt on n'aura plus de littérature de fiction non plus.

mercredi 23 novembre 2016

Lecture : Richard Brautigan - Un privé à Babylone

J'ai rencontré Brautigan avec ce livre. C'était il y a longtemps, au début des années 2000 et j'ai eu cette sorte de choc en refermant le bouquin que j'avais à l'époque lu d'une traite. Deux cent quarante pages totalement barrées mais poétiques aussi, parce que le n'importe quoi ça ne tient pas toujours la route bien longtemps. Et puis il y avait ça dans ce bouquin : "Elle m'a fait un geste du regard. C'était un geste bleu". Voilà, ces deux phrases m'ont totalement décalqué à l'époque, et ce sont elles qui m'ont fait aimer Brautigan. La suite, ça a été la lecture compulsive et effrénée de toute sa production republiée en poche chez 10/18.
Brautigan, c'est une source d'inspiration pour moi. C'est lui qui m'a totalement décomplexé sur l'écriture de textes très courts, de quelques lignes seulement et qui m'a permis de retrouver le chemin de l'écriture après quelques années où je n'avais plus le goût d'écrire. Pour cela je lui vouerai une reconnaissance éternelle (au moins). Aussi je serai sûrement un peu orienté quand je parlerai de mes lectures de Brautigan, je ne suis pas objectif, vous voilà prévenus. J'ai eu envie ces jours-ci de relire une nouvelle fois ce bouquin...

"Un privé à Babylone", traduit par Marc Chénetier, c'est le polar dynamité par Brautigan. L'explosion du genre, avec les codes inversés ou satellisés. Le narrateur est un raté mais un raté chez Brautigan ça reste poétique et un peu mélancolique aussi. Décalé, assurément. Un privé qui n'a pas un sou d'avance et qui au début du bouquin est obligé d'aller emprunter une arme et des balles à de vieilles connaissances parce qu'il a rendez-vous avec un client et que, tout de même, ça ne fait pas sérieux un détective désarmé. Et bien vite on apprend que ce privé là préfère rêver de Babylone plutôt que d'enquêter. Une métaphore sur ce que l'auteur pensait de la vie et sur la puissance de la rêverie ? 
La suite c'est comme toujours avec Brautigan une histoire qui part dans des directions totalement imprévisibles et des personnages échappés d'un univers à mi-chemin de celui des films des frères Coen et d'un Bukowski propre sur lui. Un truc inclassable, un style météorique et qui souffle sans cesse le chaud et le froid. Et posées sur une écriture parfois minimaliste des métaphores qui font mouche, des inspirations enlevées qui changent tout : "Un chauffeur avec un cou gros comme un troupeau de buffles."
Parfois il en fait un peu trop et parfois on sent que c'est la facilité qui prend les commandes mais cela ne dure jamais bien longtemps, il y a toujours au détour d'une page un mot, une expression, une métaphore qui vous saisit et qui vous retourne pour de bon. Un truc qui vous remet dans le droit chemin et vous rappelle que vous êtes chez Brautigan et qu'ici, la déco n'est pas la même que chez les autres. Quant aux personnages... "Elle était assise tout près de moi et son haleine ne sentait pas du tout la bière. Quand je pense qu’après avoir fini les six bières elle était tout de suite remontée en voiture sans aller aux toilettes : à se demander où la bière avait bien pu foutre le camp.
 
Brautigan a longtemps été un auteur incompris et du reste, je ne suis pas sûr qu'il soit mieux compris depuis qu'il est mort. Quand je vois que certains le réduisent à quantité négligeable ou auteur de divertissement, je me sens un peu triste. Célébré par les hippies, adoubé par les nihilistes, reconnu par la génération beat, il n'était sûrement de nulle part et d'aucun mouvement car il ne rentrait dans aucune case. Et c'est justement ce qui en faisait tout le charme. Il était une météore qui n'a pas vraiment trouvé une place où il se sente chez lui et cette mélancolie d'un paradis perdu qu'il cherchait entre les interstices de la vie se ressent dans tous ses livres. Après tout, n'a t-il pas écrit : "Nous avons tous une place dans l'histoire. La mienne c'est les nuages"... Alors si vous vous sentez de taille à lire un morceau de nuage un de ces quatre, essayez donc un Brautigan, n'importe lequel. Faudrait que ce soit remboursé par la sécu. 

Extrait : 
"J'ai trouvé mon copain de la morgue au fond, dans la salle d'autopsie, en train de contempler les seins morts d'un cadavre de dame allongé sur une table. Il était complètement absorbé dans la contemplation de ses nichons. 
Elle était belle, mais elle était morte."

mardi 22 novembre 2016

Lecture : Jim Harrison - Un bon jour pour mourir

Ceux qui ont l'habitude de traîner ici savent que je nourris une tendresse particulière envers Jim Harrison. Je prends par conséquent toujours un certain plaisir à lire ou à relire un de ses livres, d'autant plus depuis sa mort le 26 mars dernier. En effet avec sa disparition, le robinet s'est tari - si je puis dire. Je me garde d'ailleurs son ultime livre "Le vieux saltimbanque" pour dans quelques temps, et nul doute que je le lirai avec une certaine émotion en me disant que ça y est, il n'y en aura plus après celui-ci. 
J'essaye de lire/relire Harrison dans un ordre à peu près chronologique de parution originale. Après le très bon "Nord-Michigan" publié en 1976 et que j'ai lu le mois dernier, voici "Un bon jour pour mourir" publié en 1973 (traduit par Sara Oudin chez 10/18).
Ce roman court énumère bien sûr les thèmes chers à l'auteur : amitié, alcool, pêche, sexe et grands espaces. Il les malaxe et les mélange en un amas de chair littéraire jeté sur la route d'un "road-movie book" qui m'a un peu pesé sur l'estomac. Ben ouais. Je ne me suis pas passionné pour l'histoire de ce trio branquignol qui s'embarque sur une route dans le but d'aller faire péter un barrage aux abords du Grand Canyon. 
Pourquoi tout cela, on s'en fiche et je trouve que c'est très bien comme ça. Harrison n'est pas là pour faire le moralisateur ou expliquer l'alchimie des âmes en perdition qui se retrouvent, s'accrochent les unes aux autres quand elles se reconnaissent, se consument mutuellement jusqu'à cesser de briller. Et c'est inexplicable, il faut juste le raconter quand on en a le talent, ou le lire quand on le peut.
J'ai pourtant trouvé le propos un peu répétitif, ce qui est le genre même de ce type de bouquin et qui d'habitude ne me dérange pas. Pour tout dire j'ignore au fond pourquoi je n'ai pas accroché; peut-être que c'est la relation entre ces deux hommes et cette femme qui n'a pas explosé comme je l'aurais souhaité, qui n'a pas produit l'étincelle que j'attendais. Trop d'introspection, pas assez de folklore rock and roll ? Pas assez de grandiloquence, pas assez de foutraque et un peu trop de somnifères peut être. Parfois on passe à côté d'un livre sans trop savoir comment on a fait, comme lorsqu'on loupe une sauce alors qu'on avait tous les bons ingrédients pour réussir comme d'habitude. J'en serai donc pour une relecture dans quelques mois.

Extrait : "En observant les autres dans la douce torpeur provoquée par le whisky, je réalisais à quel point mon attachement à la vie était faible. Je n'étais pas impliqué, même en tant que simple observateur, et encore moins en tant que pèlerin. Disons que je n'étais ni dans les tribunes pour voir le match, ni sur le terrain pour jouer. J'étais plutôt dans les sous-sols, observant avec indifférence la structure de base tout entière. Mes amis n'existaient plus, ma femme non plus. Je n'avais ni Etat, ni patrie, ni gouverneur, ni président. C'est ce qu'on appelle être nihiliste, mais je trouve que c'est un mot beaucoup trop fort pour désigner le vide."

lundi 21 novembre 2016

MANX : Journal de bord - Semaines 10 et 11

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (8&9)

Phase 4 - Le premier jet (semaines 6 et 7)
Elles ont été un peu compliquées ces deux semaines. Peut-être parce qu'inconsciemment je sentais que je m'approchais de la fin du premier jet. Plus sûrement parce que j'ai passé cinq jours à Toulouse en famille à penser à autre chose qu'à écrire. L'efficacité et le rendement en ont pris un sacré coup dans les ridelles! Cette mini coupure m'a été dommageable dans la mesure où elle m'a interrompu alors que je m'approchais du dénouement de l'histoire. J'ai l'impression d'avoir perdu le fil des choses. Bon, d'un autre côté ce n'est pas non plus très grave, il ne s'agit que du brouillon d'une première version, alors...
Bref, voilà une image qui résume très bien l'état de la route que j'essaye de bâtir entre mes idées et le roman que j'espère boucler en 2017... Et en plus c'est typiquement le genre de paysages de certaines scènes écrites cette semaine.
En bouclant cette septième semaine passée sur le premier jet, j'ai presque terminé l'avant dernier chapitre de l'histoire, qui est également le dernier véritable "chapitre" de celle-ci, car celui avec lequel j'ai prévu de clore le roman sera court et fera office d'épilogue. C'est d'ailleurs à ce jour l'unique chose, avec le début, que je suis certain de garder quasiment en l'état dans la version finale. C'est étonnant d'ailleurs, comment les romans se construisent dans ma tête entre l'idée initiale et le résultat final plusieurs mois/années après. En général j'ai une situation de début, puis rapidement une situation de fin et un personnage ou deux. La suite vient après, il faut trouver le cheminement le plus intéressant et le plus amusant à écrire entre ce début et cette fin. Et c'est toujours comme cela que ça fonctionne.
Je vais donc boucler, ces derniers chapitres durant la semaine, et atteindre mon objectif qui était d'arriver à un premier jet écrit en huit semaines. Je ferai un premier bilan à chaud à l'issue de cette première étape certes importante mais encore bien en amont de la construction du récit final. 

A suivre...

vendredi 18 novembre 2016

Lecture : Larry McMurtry - La dernière séance

La dernière séance... Dans notre inconscient, et pour quelques années encore - le temps que les jeunes générations aux crocs acérés nous aient gentiment poussés dehors - ce titre évoque l'émission diffusée le mardi soir après le journal dans les années 1980. Mais c'est bien du roman éponyme mais baptisé "The Last Picture Show" en VO qu'il s'agit.
Notamment romancier et scénariste, mais ayant aussi commis quelques essais, Larry McMurtry est un auteur né en 1936 au Texas et prolifique (plus de 30 romans et une quinzaine d'essais). Il est connu du très grand public pour avoir cosigné avec Diana Ossana le scénario du film "Le secret de Brokeback Mountain". 

Son roman "La dernière séance" traduit par Simone Hilling est publié chez l'excellent éditeur Gallmeister dont je vantais récemment la pertinence du catalogue. 
L'histoire : Nous sommes au tout début des années 50 (1951 exactement) dans un petit patelin du Texas où tout le monde se connait et où la jeunesse s'ennuie ferme en imaginant à quoi ressemblera sa vie d'adulte. Les forages de pétrole qui appartiennent à certains, soudain riches, permettent à d'autres de gagner de quoi mettre de l'essence dans la voiture pour sortir la copine et l'emmener au cinéma le samedi soir. Dans ce paysage peu spectaculaire où démarre leurs vies, ces gamins se posent des questions. Vont-ils quitter le pays ou vont-ils devoir rester ici et rejoindre la cohorte de leurs parents, ces êtres qu'ils voient grisâtres et coincés entre rêves évanouis et quotidien misérable ?

Quel bouquin franchement réussi ! Je suis entré dans ce roman sans prendre de gants, accompagné par l'écriture classique et efficace de McMurtry bien secondée par une traduction qui évite les écueils de termes trop modernes pour décrire une campagne texane de 1951. Ce qui arrive parfois et qui dote certains livres de comportement étranges, comme s'exprimant d'une voix pâteuse. Ce n'est pas le cas ici, le ton est plaisant et l'évocation de cette jeunesse en questionnement jamais avare d'images simples mais efficaces. On sent que l'auteur ne cherche pas à en faire des tonnes, il raconte une histoire simple, sans chichi, sans longueur vraiment pénible (320 pages). Les personnages sont très réussis et pour tous ceux qui se souviennent encore d'avoir eu dix-sept ans, ils nous parlent. Et c'est bien la plus grande réussite de ce roman : il se passe au Texas en 1951 mais il pourrait très bien se dérouler n'importe où dans le monde à n'importe quelle période. La fin de l'enfance et la sortie de l'adolescence sont des moments universels de grands bouleversements que Larry McMurtry sait raconter avec efficacité et sans chercher à en faire trop. C'est tout à son honneur. Un grand bouquin que je relirai certainement. 

Extrait (source = site officiel de l'éditeur):