mercredi 5 octobre 2016

Lecture : Alfred Döblin - Berlin Alexanderplatz

"Berlin Alexanderplatz" est souvent considéré comme l'une des œuvres majeures de la littérature mondiale du début du vingtième siècle. Ecrit en 1928 par Alfred Döblin et publié l'année suivante, ce bouquin est une plongée dans le Berlin de l'entre deux guerres, violent et instable, terreau des horreurs totalitaires à venir, un décor populaire et des quartiers modestes qui n'est pas sans évoquer le mythique "Voyage au bout de la nuit" de Céline.
L'idée de base du bouquin est d'une affligeante banalité et peut se résumer, en gros, au postulat suivant : "Franz Biberkopf est libéré de prison où il vient de purger une peine de prison pour le meurtre de sa femme. Dehors, il se promet de devenir honnête". 

J'avais déjà essayé de lire ce roman il y a une quinzaine d'années. Mais j'avais lâché l'affaire à la page 100 (sur plus de six cents), dépassé par des longueurs terribles, si terribles qu'il faudrait inventer un mot avec dix occurrences de la lettre R à "terrible". Le propos ne décollait pas, j'avais trouvé ce rythme syncopé pour le moins pénible et assommant à suivre. L'histoire piétinait et mon enthousiasme baissait à vitesse grand V. Mais comme beaucoup, je n'aime pas rester sur un échec ; surtout face à un livre qui s'attire des éloges un peu partout où il est lu. 
Alors j'ai souhaité profiter de la réédition en poche trouvée d'occasion avec la nouvelle traduction d'Olivier Le Lay qui date de 2009 pour redonner une chance à ce livre totémique pour nombre de lecteurs. 
Mais je dois admettre avec un peu de tristesse que pour la deuxième fois, Alfred Döblin m'a vaincu. 
Cette fois je suis pourtant allé plus loin. Aux alentours de la page 200, soit le tiers du livre. Mais j'ai senti bien avant qu'une nouvelle fois je n'arriverai pas au bout. L'endurance m'a fait défaut et je n'ai pas trouvé les clés pour déchiffrer ce roman. 
Il y a pourtant une richesse inouïe dans le style de Döblin qui alterne les points de vue narratifs et - on le devine grâce à la traduction - qui utilise une langue riche, diversifiée et colorée. L'argot qui rappelle forcément certains passages d'un Céline (qui écrira "le Voyage" trois ans plus tard) y côtoie un style plus soutenu et alambiqué. 
Le gros point fort de l'auteur concerne sa capacité à développer des descriptions de lieux sordides, du quotidien des petites gens, et pour nous raconter les destins de ces personnages en prise avec un destin contrarié. On ne peut pas passer ces qualités sous silence, il s'agit là d'un exercice de haut vol qu'on ne peut qu'admirer. Le réalisme de Döblin est d'une puissance évocatrice qui n'a rien à envier aux auteurs français les plus acclamés de l'époque moderne.  Mais cela n'a pas été suffisant pour moi, je me suis ennuyé, vaincu par le rythme anarchique du récit, par sa teneur éclatée et peu ramassée (là ce n'est pas du Céline) et par ses longueurs, encore. La petite musique ne m'a pas parlé, et ce ne fut qu'à de très rares moments que je me suis évadé, avec cette délicieuse sensation de quitter le réel pour rejoindre l'univers que l'auteur dépeint. Ce que je recherche avant tout dans une lecture de fiction. Bref, encore un échec pour moi sur ce "Berlin Alexanderplatz" et je crois bien que cette fois c'était le dernier.

mardi 4 octobre 2016

Qui est en manque de quoi ?

En ce début de mois d'octobre, les jurys de chaque grand prix littéraire d'automne sont en ébullition. Bientôt ils vont publier à tour de rôle leurs secondes listes de postulants au graal du chiffre de vente. 
Plus de 560 romans sont parus en cette rentrée littéraire et pourtant ce sont presque toujours les mêmes titres qui reviennent dans les sélections des prix les plus courus (Renaudot, Goncourt, Médicis, Fémina, Interallié, de l'Académie Française, de Flore). Pire, le jury du Renaudot a annoncé hier sa seconde liste en bousculant complètement sa liste précédente et en s'empressant d'y ajouter le "Petit Pays" de Gaël Faye qu'ils avaient vraisemblablement oublié - ben oui, il était déjà cité dans cinq autres sélections de prix, c'était ballot ! 
La stat qui décoiffe : 15 auteurs sont cités entre 3 et 6 fois dans les sélections des 7 prix majeurs ! Ce n'est plus de la sélection, c'est du gavage industriel.

Alors, qui est en manque de quoi ? Le roman français est-il à ce point en manque de talents, qu'il semble impossible de ne pas choisir toujours les mêmes ? Les mêmes qui font aussi le tour des médias, émissions de radio et de télévision, articles de journaux ? Ou bien les membres des jury sont-ils en manque de culot et surtout d'indépendance ? A ce point asservis à la politique commerciale des grandes maisons d'édition et de leurs services de matraquage, lobbying forcené et autres blougi-boulga publicitaire ? Que l'on ne s'y trompe pas, et j'encourage tous les lecteurs à ne pas tomber dans le panneau des duperies qui affluent en cette période de vendanges où l'attrape touriste est légion derrière le lustre des vitrines des grandes maisons de Saint-Germain-des-Prés. 

Un prix n'est jamais là que pour légitimer un jury à l'aune d'un marché juteux que se disputent les hyènes. Alors débonnaire lecteur, passe donc ton chemin et intéresse-toi plutôt aux sans grades dont les bouquins sont remisés dans les rayonnages seulement quelques jours après leur sortie. Ceux qui ne sont pas nouveaux, les anciens, ceux dont personne n'a parlé parce que ce n'était pas tendance... Et parce que là la littérature n'a pas de problème d'âge. 
Ou si vraiment tu en veux de la nouveauté et du tendance, intéresse-toi au testament de Jim Harrison, "Le vieux Saltimbanque" (titre politiquement correct que je suppose on a forcé le vieux Jim à accepter pour mieux vendre). 
Parce que la littérature n'a pas de frontière ni de pays. Et parce ce que Big Jim est mort il y a six mois déjà. RIP Jim ! 

lundi 3 octobre 2016

Ecrire à la main

Avec le progrès technologique et la miniaturisation des composants qui parait sans fin, n'importe qui ou presque peut maintenant s'offrir un support informatique pour écrire. C'est plutôt une bonne nouvelle. Et d'ailleurs le net déborde de blogs tenus par des auteurs du quotidien qui tapent frénétiquement de leurs doigts sur les claviers d'ordinateurs portables ou de tablettes, de smart phones et de tout autre dérivé à la con. Il parait même que certains écrivent des bouquins sur leurs téléphones pendant les trajets de métro pour aller au boulot. S'éclater la rétine sur un si petit écran et obliger ses doigts à un tel exercice d'assouplissements et de gymnastique me parait d'un inconfort total. Quand j'écris un texto (ne me parlez pas de SMS ou d'un autre acronyme bidon) c'est que j'y suis contraint et rédiger deux lignes sur le clavier virtuel de mon téléphone s'apparente à un calvaire.

En 2015, j'ai écrit le premier jet de "Brûler à Black Rock" sur deux cahiers de 160 pages ZAP book achetés dans une papeterie. 
Leurs avantages : 
- un encombrement réduit qui me permettait de les emporter tous les jours dans mon petit sac à dos et d'écrire dans le train pour les trajets bureau domicile.
- des feuilles vierges sans ligne ni carreaux qui ont tendance à me brider
Leurs inconvénients : 
- le format réduit c'est bien mais ça oblige à écrire sur des petites feuilles qui donnent une vision étriquée du premier jet.
- la manipulation peu pratique lors de la relecture et de la réécriture avec une tranche épaisse et rigide qui bride l'utilisation.

Pour "MANX" j'ai décidé de m'aérer l'esprit et de passer sur des feuilles volantes blanches classiques, une ramette de papier de 500 feuilles posée sur mon bureau, une boite de stylos Paper Mate Flair M (excellent) et vogue ! 
Certains trouvent qu'écrire à la main est une perte de temps, surtout avec les progrès des ordinateurs portables et des traitements de texte tels que Scrivener que j'ai adopté. Pas pour moi ! Ecrire doit rester un plaisir avant tout et rien ne vaut le papier et le stylo, surtout pour un premier jet qui constitue le brouillon du roman que l'on souhaite écrire. Ce serait comme de dresser les plans d'une cabane directement avec un logiciel spécialisé. Il me manquerait une dose d'improvisation et de contact avec la matière, la sensualité du contact de la peau contre la page. Quand on n'est plus connecté à rien, sans écran, sans artifice entre sa conscience et sa main, en liaison directe, organique et vraiment libre. On aura bien le temps de tapoter ensuite quand il s'agira de faire le deuxième jet. D'ailleurs je vais bientôt investir dans un nouvel ordinateur portable...

dimanche 2 octobre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 4

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (3)

Si ce n'est pas encore de la procrastination, ça s'en rapproche... Une semaine mollement remplie sur le front de ce nouveau roman.
Il faut dire que tout était presque prêt pour se lancer dans l'écriture : à peine quelques corrections à apporter au plan et surtout effectuer quelques recherches sur plusieurs domaines que je souhaite aborder dans cette histoire. 

Mon cahier de notes s'est donc étoffé de plusieurs nouvelles pages de notes diverses sur les lieux et les décors qui vont être visités par les personnages de ce roman.
Cette semaine a été également pour moi l'occasion de réfléchir à deux ou trois façons points de vue différents, je n'étais pas encore vraiment décidé sur celui à retenir pour raconter l'histoire. Je crois que maintenant c'est bon, j'ai enfin choisi le point de vue interne, qui changera ainsi de "Brûler à Black Rock" où le point de vue omniscient commençait à me peser. 
J'ai également revu le plan provisoire et retiré deux scènes pour tomber à 26 scènes au lieu des 28 initiales. Quatrième version du plan, je suis mûr pour me lancer dans l'écriture du premier jet.

Phase 4 - Le premier jet
Bon, autant prévenir tout de suite : elle va être longue cette phase ! Quelques semaines au programme pour écrire la première version du roman. Tout n'est pas encore tout à fait en place dans ma tête (et sur le plan) mais il est illusoire d'attendre d'avoir tout planifié et tout prévu pour se lancer dans l'écriture. Ce premier jet est une sorte de brouillon. On doit écrire rapidement et noter tout ce qui ne va pas sans revenir en arrière ni trop réfléchir. Ce doit être le plus naturel possible. J'ai choisi d'écrire à la main, et maintenant je n'ai plus d'excuse pour reculer : j'ai une ramette de papier blanc, une boite entière de Paper Mate Flair M encre noire et mon cahier avec les personnages, le plan et mes notes. En ces premiers jours d'Octobre, il faut donc se lancer. Instaurer une nouvelle routine, une nouvelle habitude (lever aux aurores?) et se couper (un peu) du monde quelques temps. 

vendredi 30 septembre 2016

Lecture : Hubert Selby JR - Waiting Period

Comme souvent, c'est une adaptation ciné qui a fait connaître le romancier à l'origine du bouquin. Le romancier c'est Hubert Selby JR. Le bouquin en question c'était "Last exit to brooklyn", écrit en 1964. Un ouvrage coup de poing qui a valu à son auteur célébrité et haine des ricains bien pensants.
Hubert Selby n'a pas énormément produit durant sa carrière : 7 romans en 38 ans dont le dernier écrit à 73 ans, deux ans avant sa mort. En 2002 est sorti "Waiting Period", ce dernier roman, une oeuvre dans la lignée de ses productions précédentes : désespérée et énergique. 
Le pitch de départ est décapant : le narrateur qui souhaite se suicider achète une arme mais le délai pour la recevoir le pousse à revoir ses plans. Son désespoir chronique se mue alors en une vengeance folle qui va le pousser à assassiner ceux qu'il désigne comme les oppresseurs. 

Ce roman est un long monologue qui décrit les pensées et les actions de ce narrateur rempli de haine et de bile noire, dans un style violent et toxique. L'écriture alterne les passages de phrases longues et structurées et les phrases très courtes séparées par des points de suspension qui évoquent le style de Céline. Soulignons par ailleurs la lumineuse traduction de Claro qui participe à l'ambiance poisseuse du récit. Le lecteur se sent mal à l'aise en même temps que l'auteur s'enfonce dans un malaise grouillant et atrabile. Peut-être que ce bouquin aurait gagné à être amputé de quelques redites pour être vraiment brillant mais qu'importe, on ne peut pas rester insensible à cette lecture dérangeante et brute de décoffrage qui dénonce les travers de notre société et la bêtise violente de l'homme. Une histoire comme un crochet à l'estomac, bien éloignée de la littérature française qui se regarde le nombril. 

jeudi 29 septembre 2016

Lecture : Didier Van Cauwelaert - L'évangile de Jimmy

Didier... Cloner le Christ, est-ce vraiment sérieux ? 
Il faut avouer que l'idée de base à ce roman est plutôt séduisante : à partir du suaire de Turin dont les plus acharnés défenseurs soutiennent qu'il servit à envelopper le corps du Christ, des scientifiques ont recueilli des échantillons d'ADN qu'ils ont ensuite utilisés pour cloner JC. Le clone donc, s'appelle Jimmy, il a 32 ans (forcément...), occupe ses journées à réparer des piscines dans le Connecticut et ne sait rien de son origine. 

Là, j'avoue, c'est excitant et c'est d'ailleurs sur cet unique pitch que j'ai acheté ce bouquin (bon c'est vrai je l'ai payé cinquante centimes ce qui pour un grand format en excellent état ne m'exposait pas à un grand risque d'amertume sur du pognon foutu en l'air). Je n'avais non plus jamais lu de bouquin de Van Cauwelaert, auteur récompensé du Goncourt en 1994 qui lui a apporté un succès médiatique de premier plan. Bon c'est vrai, obtenir un prix n'est pas gage de qualité puisque nous avons tous des sensibilités différentes. Les auteurs que je préfère n'ont d'ailleurs jamais raflé les prix ni squatté les plateaux de télévision. 
Cette trop longue introduction étant faite, parlons un peu de ce bouquin de science-fiction. Ben oui, l'intelligentsia franchouillarde ne supporte pas la SF qu'elle placardise à grands coups d'opinions toutes faites, estimant qu'il s'agit de sous littérature mais il n'empêche que ce bouquin, c'est de la SF.

J'ai lu ici et là plusieurs critiques ponctuant leur avis sur ce bouquin en disant qu'il s'agissait du meilleur bouquin de Van Cauwelaert. Voilà qui ne m'incite pas à retenter ma chance tout de suite car autant le dire, je me suis plutôt emmerdé à la lecture de ces 400+ pages. C'est long comme un jour sans pain (béni bien sûr, mouarf ah ah!) c'est rempli de pages qui ne servent à rien, bourrées de redites, accumulation de paragraphes mous du bide. Le personnage principal est geignard et pleurnicheur au début du bouquin parce qu'il a perdu l'amour de sa vie, mais je n'ai ressenti aucune empathie pour lui. Et par la suite, il réagit de façon étrange, qui ne cadre pas du tout avec l'idée qu'on se fait de lui. Mais le pire reste à venir : les messages que l'auteur ne cesse de faire passer dès qu'il en a l'occasion sont lourds et pénibles. Parce que cette histoire là, elle aurait pu être déjantée et acerbe, acide et violente. Dans les mains d'un auteur dérangé juste ce qu'il faut, ça aurait pu donner un truc saignant à souhait. Mais Didier Van Cauwelaert nous parle de multiples sujets avec des morceaux de complots dedans, de la religion bien sûr, des secrets d'état, de la propagande électorale, des manipulations génétiques mais le ton qu'il adopte reste le cul entre deux chaises et n'atteint pas sa cible. Critique sociale du dimanche matin, étude sociologique qui ne dépasse pas le zinc du PMU du coin... Et puis il y a l'écriture... un style blanc et commun. Des phrases toutes faites, des scènes dépourvues d'originalité dans le fond comme dans la forme. Après 150 pages, je l'avoue, je suis passé en mode "lecture rapide".  Et lorsque j'ai refermé ce bouquin, j'ai ressenti un soulagement presque violent, et quasiment proportionnel à l'espoir que je nourrissais en l'ouvrant.

mercredi 28 septembre 2016

America forever

On a beau dire, on a beau faire... On a certes toutes les raisons de la haïr cette Amérique impérialiste et libérale à outrance, amnésique de tout et responsable de tant de guerres à la con... Mais quand même, les écrivains américains, c'est quelque chose! Hier soir, après avoir refermé les pénibles et interminables 400 et quelques pages de "L'évangile de Jimmy" de Didier Van Cauwelaert (petite chronique à venir bientôt) il m'a fallu un seul paragraphe de Hubert Selby JR pour frétiller comme une anguille. Je me suis plongé dans le dernier roman qu'il a écrit avant de mourir, "Waiting Period" avec une joie extatique et décomplexée. Comme son écriture en quelque sorte. Et bon sang, lire des lignes vivantes et furieuses, hantées et sans chichi, qu'est ce que ça fait du bien ! 


mardi 27 septembre 2016

Des chiffres en trompe l’œil ?

Lorsque nous nous confrontons à la lecture d'un article, quelle est cette présence intérieure qui débarque et, souvent, brouille le message que tentent de déchiffrer nos yeux ? 
Sur un article trouvé sur le site du SLF (syndicat de la librairie), je lis cet article sur la santé des ventes de livre en France. Après huit mois de vente en 2016, le constat semble réjouissant puisque le chiffre moyen des libraires progresse de 1,9% par rapport à 2015. Un instant cette chose à l'intérieur de ma tête me souffle que c'est une bonne nouvelle, que les gens qui vivent à l'intérieur de cette zone géographique communément appelée France ont enfin décidé d'éteindre leurs téléviseurs saturés de propagande libérale qui regorgent de publicités à la con pour se mettre à lire ! 
Sauf que l'article indique que l'été a été morose et que c'est en fait le changement des programmes scolaires qui a tiré le secteur vers le haut en renouvelant les livres scolaires dans les établissements. Et qu'à contrario, les budgets alloués aux bibliothèques ne cessent de baisser. Forcément, c'est le double effet : d'un côté la décérébration massive et la propagande à travers l'écran et d'un autre côté, surtout ne pas donner la possibilité aux gens de se cultiver ou d'apprendre par eux-mêmes en allant dans une bibliothèque. C'est pourtant là que les révolutions devraient toutes commencer. Rien ne libère plus qu'un livre. 
J'ai toutefois décidé de bâillonner mon pessimisme congénital et le cynisme qui accompagne mon irréfutable vieillissement en me satisfaisant de voir qu'en 2015 la librairie indépendante a progressé de 2,7%. Mouais... Triste constat pour un pays qui fut celui des lumières non ? Enfin, peut-être que ça aussi on va l'effacer des nouveaux manuels scolaires... 

lundi 26 septembre 2016

Lecture : William Saroyan - Papa tu es fou

Dans "Papa, tu es fou", William Saroyan nous donne deux leçons: 
- nul besoin d'écrire des pavés de 500 ou 600 pages pour être efficace. 
- aimez la vie car elle est absurde et il faut rire, aimer et écrire pour en profiter.
Avec 140 pages seulement, l'auteur américain d'origine arménienne nous embarque dans un récit tendre et émouvant, léger et passionné sur l'art de l'écriture ainsi que sur les rapports père-fils.

Le narrateur est garçon de 10 ans qui reçoit en cadeau de la part de son écrivain de père le dernier roman que celui-ci vient d'écrire. Mais pas seulement. Car un livre c'est bien davantage qu'un simple objet... 
« Je me suis levé de table et je me suis mis à danser la gigue : Papa a éclaté de rire, et j’aime l’entendre rire comme ça – comme un type qui écrit, qui a faim et qui est complètement fou. »

Le papa de ce roman est un rêveur, écrivain poète et désargenté qui aime la vie et l'écriture plus que tout. Il n'a de cesse au cours de ce roman que de transmettre ces passions à son fils. Passé maître dans l'art de sublimer chaque moment d'une vie somme toute modeste, ce papa est un prestidigitateur de l'instant. Dans une moindre mesure et sans la portée dramatique de la guerre, il me fait penser au personnage que joue Roberto Benigni dans son film "La vie est belle". Insouciance et jeu pour charmer son fils et l'emporter loin de tout quotidien.

Ecrit il y a bientôt 60 ans, ce roman n'a pas pris une ride et se lit avec une délectation doublé d'un sentiment d'apaisement. Pour tous ceux qui n'ont jamais lu Saroyan, voilà une excellente façon d'y remédier.

vendredi 23 septembre 2016

MANX : Journal de bord - Semaine 3

Cet article fait partie de la série "MANX: Journal de bord" qui se propose de suivre de façon hebdomadaire l'écriture de mon nouveau roman depuis les premières prises de notes jusqu'à l'impression du livre dans... plusieurs mois :)  Article précédent : Journal de bord (2)

Phase 3 - La conception (suite)
Au programme de la semaine qui vient de s'écouler, la suite (et fin) de cette ultime phase de la conception.

> étape 7 : Fiches détaillées de personnages

La théorie : Le principe est relativement simple : en travaillant sur des personnages de fiction qui sont donc inventés, il faut prendre garde à conserver la cohérence tout au long du récit. Si au début de l'histoire, on présente Robert comme un égoïste radin au corps malingre et maladif, il ne peut pas subitement devenir jovial, grassouillet et inviter des potes chez lui deux jours plus tard (ou bien par calcul mais c'est une autre histoire).

Mon avis : Là aussi il faut réussir à noter des choses qui semblent importantes mais ne pas figer un personnage dans un archétype. J'ai la conviction que les personnages auxquels nous pensons pendant la conception du roman vont évoluer et imposer d'eux-mêmes leurs caractères et leurs caractéristiques. Se donner de grandes lignes donc, mais ne pas se fermer de portes non plus, cette fiche ne doit donc pas être figée, elle restera à portée de main pendant l'écriture du premier jet et complétée dès qu'une nouvelle idée surgira. 

Mon outil : Il s'agit d'une fiche de 2 pages que j'ai définie il y a bientôt deux ans alors que je travaillais sur les personnages de mon roman précédent, "Brûler à Black Rock". 
Sur cette fiche je note tout ce qui va définir mon personnage, en classant par catégorie pour m'y retrouver : 
- Etat Civil : Date et lieu de naissance, Nationalité
- Physique : Aspect général, visage, corps, démarche, signes particuliers
- Caractère : Caractère général, forces, faiblesses, orientation sexuelle, politique, religieuse
- Psychologie : Habitudes, Tics, Intérêts, Langage
- Santé : Régime alimentaire, Sommeil, Alcool, Tabac, Traitement, Historique médical notable
- Quotidien : Profession, Habitation, Amis, Famille, Particularité
- Rôle dans l'histoire : Motivation, Besoin, Conflits, Situation initiale, Situation finale
- Biographie résumée depuis la naissance
Encore une fois, pas de règle dans le marbre, on fait comme on le sent du moment que l'on parvient à enfanter des personnages crédibles. Pour "MANX", cette semaine j'ai rédigé 7 fiches car j'ai 7 personnages qui vont jouer un rôle dans l'histoire. 

> étape 8 : Le plan
La théorie : C'est là que les choses se corsent et qu'il faut savoir jusqu'où on souhaite aller dans la préparation du roman. Le principe de cette étape, c'est de prendre son synopsis de 4 pages rédigé pendant l'étape 6 et de le découper en scènes indépendantes pour marquer la progression du récit en petits bouts indépendants (scènes, chapitres...)

Mon avis : Cette ultime étape avant l'écriture du premier jet est la plus compliquée mais c'est aussi la plus utile pour moi. Certains auteurs s'en passent et restent avec les grandes lignes de leur synopsis en tête. Ils aiment se surprendre pendant l'écriture et se laisser des portes ouvertes. Je pense que c'est la bonne attitude. Trop préparer, aller jusqu'à décrire ce qu'il se passe dans chaque scène présente le risque de ne plus prendre de plaisir pendant l'écriture. Néanmoins j'ai besoin de cette formalisation de l'enchainement des scènes pour savoir où je vais. Même si pendant l'écriture du premier jet je m'en éloignerai plus ou moins.
Cette semaine c'est sur cette partie que j'ai passé le plus de temps, plusieurs jours à supprimer des scènes, à me demander ce qu'il manquait, à en rajouter, à les modifier... 


Mon outil : J'ai formalisé sur un fichier excel 28 scènes qui me semblent importantes dans la progression des intrigues que je souhaite nouer dans "MANX". Pour chaque scène, le fichier excel contient plusieurs informations : 
- Numéro de la scène
- Point de vue de la scène (qui raconte?)
- Localisation géographique
- Période couverte (quand et combien de temps)
- Personnages impliqués
- Résumé de la scène (2 ou 3 lignes)
- Des notes sur ce que je veux faire passer (ton, anecdote, fil important pour l'intrigue X...)
- Suspense ou Conflit à maintenir pendant la scène (ça c'est nouveau, c'est pour combattre ma tendance à mettre des scènes qui ne font pas avancer le récit)

> Et maintenant ? 
Je ne suis pas encore tout à fait satisfait de ce plan. Néanmoins l'expérience de "Brûler à Black Rock" il y a un an et demi, pendant laquelle j'ai établi 18 versions successives du plan me pousse à relativiser. Je ne veux pas perdre trop de temps sur cette étape pour "MANX" et j'estime que la version 1 de ce plan est déjà plutôt intéressante. Suffisante en tous les cas pour passer à la phase d'écriture sans trop attendre. Je pense passer la semaine prochaine à finaliser ce plan, à en faire donc une version 2 plus aboutie en me focalisant sur les quelques personnages pour lesquels la situation finale n'est pas encore tout à fait satisfaisante à mon goût. MAIS je sais où je veux aller et les grandes étapes du récit qui vont m'y mener. Rien de pire que d'industrialiser un processus créatif, alors je veux me mettre à écrire rapidement. Cela va faire plus de 4 mois complets que je n'ai pas écrit, que je ne fais que corriger, réécrire "Brûler à Black Rock" et un recueil de textes courts que je publierai pour Noël. J'espère donc pouvoir me lancer dans l'écriture d'ici 2 semaines...

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite !